3 modes relationnels

Nous pouvons être impliqués dans 3 Modes Relationnels (MR) différents. Ils sont déterminés par la posture relationnelle prise par chacun des interlocuteurs.

Nous avons identifié 2 postures relationnelles, la posture de rivalité et la posture d'apparentement. Pour chacune d'entre elles, le rapport au langage n'est pas le même. Dans la posture d'apparentement c'est ce que nous appelons le "rapport symbolique au langage" qui fonctionne. Dans la posture de rivalité, c'est le "langage au service de l'ego".

Le Mode Relationnel d'apparentement

Quand les 2 interlocuteurs d'une relation sont dans une posture d'apparentement, c'est le rapport symbolique au langage qui régule la relation. Le MR d'apparentement se caractérise par le fait que chacun a une place symbolique assurée et de même valeur. Chacun parle de sa place subjective, libre de parler y compris de ses difficultés car il y a de la place pour l'empathie dans ce MR. Les conditions sont remplies pour que la confiance s'installe, ce qui permet une relation détendue. C'est un MR ouvert qui permet de multiplier les interlocuteurs, l'intelligence collective se nourrissant des différences de chacun. Ce MR permet aussi qu'advienne de la joie. La joie, c'est l'émotion par excellence qui participe de ce qui nous rend heureux. Elle est impossible à ressentir au détriment de quelqu'un et elle est majorée quand elle est partagée.  

Le Mode Relationnel de rivalité

Quand les 2 interlocuteurs sont dans une posture de rivalité, le langage est au service de l'ego, donc la parole ne peut pas servir de point d'appui pour réguler la relation. Dans ce MR il n'y a que 2 places : dominant ou dominé, c'est donc toujours une relation tendue, voire violente. La violence peut s'embraser lorsque les 2 interlocuteurs veulent la place de dominant, d'autant plus qu'il peut y avoir chez les humains une jouissance à être agressif ou violent. Cette jouissance de l'agressivité et de la violence, qui n'existe pas dans le règne animal, se construit lors de nos premières expériences relationnelles. La bonne nouvelle c'est que, du fait qu'elle se construit, nous pouvons envisager qu'elle ne se construise pas ou plus. Nous pouvons envisager aussi de la déconstruire. Ce MR de rivalité est un MR fermé qui, lorsqu'il se décline à l'échelle collective, aboutit à 2 camps. La jouissance de l'agressivité est alors majorée par l'effet de groupe. Le risque d'embrasement de la violence est à son maximum.

Le Mode Relationnel discordant

Quand l'un des interlocuteurs est dans la posture d'apparentement et l'autre dans la posture de rivalité, ça conduit à un MR tendu, de part la posture de rivalité de l'un des interlocuteurs. Celui qui est dans le Rapport Symbolique au Langage voudrait pouvoir s'appuyer sur le sens de ce que l'autre dit, mais ça n'est pas possible parce que le sens ne tient pas. L'autre peut dire une chose et son contraire en fonction de la situation. D'autre part, le MR est déstabilisant parce l'autre est imprévisible dans ses réactions. Il utilise toutes les ficelles du langage pour tenter de passer en force. Il peut donc passer rapidement de la flatterie à la menace (plus ou moins explicite), il peut exprimer des doutes puis basculer dans des assertions sans appel, etc. Dans ce MR, le risque d'embrasement de la violence est moins important que dans le MR de rivalité parce que la jouissance de l'agressivité n'est que d'un coté.


Comment repérer que nous sommes face à quelqu'un qui est dans la rivalité ?

Il n'est pas toujours facile de repérer que notre interlocuteur est dans une posture de rivalité, car la rivalité est souvent masquée, voire inconsciente. L'observation de son rapport au langage peut nous y aider, lorsque nous voyons qu'il tente de nous intimider ou qu'il n'est pas fiable dans ce qu'il nous dit, ce sont des signes faciles à repérer. Il est plus difficile de repérer quand il joue sur nos sentiments car nous sommes pris dans nos affects. Il difficile aussi de repérer quand il nous donne des informations fausses ou partielles car sur le coup nous ne le savons pas. Néanmoins le non-verbal nous livre des signes qui peuvent nous alerter, par exemple quand il y a discordance entre ce qu'il nous dit et ce qu'il nous montre par son attitude. Autre signe qui trompe rarement, c'est notre propre ressenti. Lorsque nous nous épuisons à essayer de discuter avec l'autre pour clarifier ou apaiser la relation en vain et/ou lorsque nous n'osons pas lui parler par peur de sa réaction.

Comment gérer la relation face à un interlocuteur qui est dans la rivalité ?

La prudence s'impose car tout ce que nous disons peut se retourner contre nous. Il ne faut donc pas lui parler comme si nous étions dans le MR d'apparentement. Il est nécessaire de s'assurer avant tout de bonnes conditions de dialogue en reprenant l'autre sur la forme, par exemple en lui demandant de parler calmement, de nous écouter, etc. Le risque de manipulation étant toujours présent, il est prudent de différer notre réponse afin d'avoir le temps de prendre du recul, réfléchir, se renseigner. En général l'autre n'aime pas ça, son credo c'est l'immédiateté de la relation. Concernant la non-fiabilité de ce qu'il nous dit, il est utile de lui demander de nous confirmer ses dires par écrit... il n'aime pas non plus et peut nous reprocher de ne pas lui faire confiance. Enfin, nous pouvons aussi éventuellement soulever le problème de fond avec cette question : "est-ce que j'ai le droit de ne pas être d'accord avec toi ?" En faisant tout cela nous avons de grandes chances de mettre l'autre en colère, mais c'est pas grave, sa colère lui appartient. Nous avons juste à prendre du recul, respirer... et nous accrocher à l'idée que nous ne faisons rien de mal et que nous sommes légitimes à vouloir parler dans de bonnes conditions.

Parfois pour nous défendre nous pouvons être contraints de hausser le ton, voire de nous montrer agressifs. Mais à la grande différence de notre interlocuteur nous n'en retirons aucune jouissance et ça nous est même pénible. Au pire nous pouvons toujours interrompre la relation. Ça ne veut pas dire s'effacer, parce que nous le faisons en énonçant clairement que nous refusons de parler dans ces conditions. Si nous avons repéré que l'autre était dans une posture de rivalité de circonstances (et non pas dans un Positionnement Subjectif de rivalité), nous pouvons envisager de reprendre la discussion avec lui ultérieurement, dans un environnement plus propice à l'apparentement.