L'évolution de la Société

Le mot société est à entendre au sens global de la Société humaine, c'est pourquoi il est écrit avec une majuscule. Nous, les humains, avons la capacité de nous penser en tant qu'espèce et de nous projeter dans le futur. Nous avons développé les transports et les communications à l'échelle planétaire, nous formons donc une communauté humaine de fait. La Société mondiale que nous avons créée est très hiérarchisée, pyramidale (structure que nous appelons la grande pyramide), l'argent y étant un critère majeur de hiérarchisation. Les plus riches ont accaparé (s'accaparent encore) les richesses financières et naturelles1, ils sont admirés ou vilipendés tandis que les plus pauvres sont plaints dans le meilleur des cas ou rendus responsables de leur situation.

1 "50,1% de la richesse mondiale aux mains de 1% de la population" - L'express.fr (17/11//2017)

Cette Société est elle-même constituée d'une multitude d'organisations sociales elles aussi de structure pyramidale.

La structure pyramidale s'est généralisée dans la majorité de nos organisations sociales malgré qu'elle nous soit préjudiciable. Dans une organisation pyramidale les places du haut sont survalorisées et assorties de privilèges, tandis que celles du bas sont dévalorisées et défavorisées. Cette inégalité peut donner envie d'en gravir les échelons. Le fait qu'il y ait structurellement moins de places à l'échelon supérieur que de prétendants à y monter crée une compétition sociale. Nous sommes donc encouragés socialement et doublement à cette compétition, par la structure pyramidale des organisations sociales et par la grande pyramide qui englobe la Société.

Il faut ajouter à cela un conditionnement éducatif malheureusement fréquent. Les parents ayant souvent peur pour l'avenir de leurs enfants ont pu (peuvent encore) les encourager à rivaliser avec les autres, à s'imposer. L'expression commune disant qu'il faudrait « armer nos enfants pour la vie » en témoigne.

La structure pyramidale des organisations sociales et de la Société est rarement remise en cause. Elle semble s'être imposée dans les esprits comme étant incontournable, comme un fait auquel nous devrions nous adapter. D'autant plus qu'elle peut paraître naturelle puisqu'il y a aussi chez les animaux des organisations pyramidales. Dans certains groupes d'animaux, le dominant qui est en haut de l'organisation a des privilèges, mais remarquons que c'est en contrepartie d'un service rendu au groupe, celui d'assurer sa sécurité. Et ce dominant, finira par être remplacé par un autre, qui émergera du groupe parce qu'il aura la capacité d'assurer mieux que lui cette fonction de sécurité pour le groupe. Chez nous les humains il y a aussi des organisations très hiérarchisées et pyramidales, qui fonctionnent très bien. C'est le cas des corporations destinées à des missions très spécifiques, comme par exemple une compagnie de sapeur-pompiers. La hiérarchisation est acceptée parce qu'elle est indispensable pour répondre au mieux à la mission et ça fonctionne bien parce qu'il y a un lien de confiance entre tous.

Malheureusement, ce n'est pas ce type d'organisations qui s'est généralisé dans la Société. Ce sont plutôt des organisations dans lesquelles les personnes étant en haut ne se préoccupent pas, ou pas suffisamment, des difficultés de celles qui sont en bas. Les 1% les plus riches et des PDG des très grandes entreprises agissent principalement pour leurs intérêts personnels et ceux des grands actionnaires. Même quand ils investissent dans des œuvres socialement utiles ils en retirent des bénéfices fiscaux, ainsi que des bénéfices narcissiques car ils médiatisent leurs actions (ce qui leur permet d'être admirés un peu plus). Ce n'est pas le cas de tous les PDG mais c'est très fréquent, ce qui explique la défiance de la base. Autre différence par rapport à ce qui se passe chez les animaux, les 1% les plus riches ont leur place assurée à vie et la transmettent à leurs enfants.

Cette grande pyramide est advenue parce qu'une majorité de la population est entrée dans la compétition sociale, sur-valorisant l'argent et recherchant elle aussi la rentabilité financière maximum par tous les moyens. C'était (c'est encore) indispensable pour ceux qui veulent suivre le rythme effréné d'une sur-consommation irraisonnée. La sur-consommation au moins cher est devenue la norme depuis plusieurs décennies et pour tous les achats, d'objets, de services et de loisirs. Elle a bénéficié (bénéficie encore) aux plus riches car les grands groupes d'intérêts privés s'enrichissent par le volume de leurs ventes et savent parfaitement réduire leurs coûts de production. Nous avons participé massivement et à notre insu à un processus d'aspiration de l'argent vers le haut de la grande pyramide. Ce processus est encore actif.

Tout cela peut être visualisé schématiquement : 

Non seulement l'écart des revenus entre les très riches et les très pauvres se creuse1, mais en plus ces grands groupes ont acquis de l'influence, ils ont créé des collusions d'intérêts avec des hommes politiques et ont réussi finalement à se hisser au dessus des pouvoirs politiques nationaux. Ils peuvent maintenant attaquer les États en justice si ces derniers prennent des décisions qui nuisent à leurs intérêts. Si cette dynamique persiste la structure pyramidale de la Société va s'aggraver. Les ultras-riches seront de plus en plus riches, une grande partie des classes moyennes s'appauvrira tandis que la partie restante subira le mécontentement voire les révoltes de la base. Quant pouvoirs politiques, ils auront à gérer cette situation. Selon les gouvernements ils viseront à la pérenniser s'ils sont en collusion d'intérêts avec les plus riches ou ils tenteront d'inverser cette dynamique pour introduire de la justice sociale. L'aggravation de la structure pyramidale peut être représentée schématiquement par un resserrement du haut de la grande pyramide et un élargissement de sa base. Nous appelons cette nouvelle structure le "chapeau de Merlin".

1 "50,1% de la richesse mondiale aux mains de 1% de la population" - L'express.fr (17/11//2017)

Que se passerait-il si nous, les citoyens, arrêtions massivement d'alimenter ce processus d'aspiration de l'argent vers les grands groupes d'intérêts privés ? Ils finiraient par en être amoindris. Ce changement serait progressif, puisqu'il serait la conséquence de notre changement de mentalité, qui prend forcément du temps. La vie économique pourrait ainsi se ré-organiser. Nos changements de comportements seraient aussi un message pour les gouvernements, sous forme d'avertissement ou de soutien selon qu'ils visent à pérenniser les injustices ou à les corriger. Nous pouvons être optimistes parce nous sommes tous porteurs de quatre exigences fondamentales nous permettant de favoriser un ré-équilibrage social.

Nous avons tous en nous une exigence de sens, de justice, de paix et d'amour2, que nous soyons en bas ou en haut de la grande pyramide. Ces exigences sont observables chez les enfants à partir du moment où ils commencent à maîtriser le langage. Dès ce jeune âge ils cherchent à comprendre ce qui se passe autour d'eux. Ils posent des questions très pertinentes, malheureusement souvent perçues par l'adulte comme de l'impertinence. Un enfant se faisant régulièrement rabrouer lorsqu'il pose des questions peut renoncer à vouloir comprendre ce qui se passe autour de lui. Il peut aussi se départir de son exigence de justice s'il est témoin d'injustices tout en constatant que les adultes s'en accommodent. Pour finir, il peut se détourner de son exigence de paix s'il vit dans un environnement tendu avec de nombreuses disputes. Il est plus rare qu'il renonce à son exigence d'amour. C'est même souvent par amour pour ses parents et pour obtenir leur amour qu'il peut se soumettre à un mode éducatif de rivalité. C'est ainsi qu'il sera conditionné dès son jeune âge à se mettre en rivalité avec les autres. C'est ce qui a conduit certaines personnes inconsciemment à entrer dans la compétition sociale. Le plus important est de prendre conscience qu'il n'est jamais trop tard pour nous reconnecter à nos quatre exigences fondamentales.

Les personnes renonçant à la rivalité et à la compétition sociale sont de plus en plus nombreuses et témoignent de leur expérience. Elles ne regrettent pas leur changement de vie, elles y gagnent même quelque chose qui n'a pas de prix, l'accès à la joie. La joie c'est l'émotion par excellence qui participe de ce qui nous rend heureux, elle est impossible à ressentir au détriment de quelqu'un, donc impossible à ressentir dans le cadre d'une relation de rivalité (dans laquelle il y a toujours un dominé), impossible à ressentir quand notre réussite sociale se fait au détriment d'autres personnes. De plus la joie est amplifiée lorsqu'elle est partagée. Vous comprenez pourquoi il y a de plus en plus de personnes qui ré-orientent leur vie pour la mettre en cohérence avec leurs exigences fondamentales.

Revenons à l'évolution, souhaitable, de cette grande pyramide. L'argent ne s'évaporant plus vers le haut pourrait être investi dans l'économie réelle au profit de tous ainsi que dans les aides sociales (il y aura toujours de personnes à aider à cause des accidents de la vie). L'argent circulant dans l'ensemble de la pyramide aurait pour conséquence, schématiquement, qu'elle s'aplatirait et que ses cotés s'écarteraient vers l'extérieur. En extrapolant nous arriverions à une nouvelle structure d'organisation.

1 "50,1% de la richesse mondiale aux mains de 1% de la population" - L'express.fr (17/11//2017)

2 Le mot amour est à entendre au sens large de l'amour d'autrui qui fonde l'empathie.

Dans une Société trapézoïdale, l'écart de revenu entre les plus riches et les plus pauvres est contenu dans une proportion raisonnable. En veillant à ce que les pouvoirs politiques ne soient pas supplantés par des intérêts privés, nous stabiliserions cette nouvelle structure. Nous pourrions y développer de la richesse non-financière, il y aurait moins de compétition sociale et moins de violence. Nous pourrions alors chercher plus sereinement comment continuer à améliorer notre Société.

Il existe un modèle d'organisation sociale compatible avec les idées de justice et de paix. Il a été inventé dans les années 70 par deux australiens. Il peut se décliner à toutes les échelles, le voici à l'échelle de la Société.

Là il n'y a pas de hiérarchisation !  Aucun domaine de compétence n'est sur-valorisé puisqu'ils ont tous une place équivalente. Cela implique qu'il n'y a pas de compétence sur-valorisée non plus. Les capacités intellectuelles et d'éloquence de certains individus ne valent pas plus que les capacités d'autres à construire quelque chose d'utile, de solide, de beau. Les personnes ne sont donc ni sur-valorisées ni dévalorisées. Les auteurs de ce modèle, que nous appelons la Fleur,  pensent que pour la faire advenir il est nécessaire que chacun s'empare de ce qu'ils ont placé au cœur, l'Éthique et les trois principes fondamentaux de la permaculture qui sont : prendre soin de la nature – prendre soin de l'humain – partager les richesses. Ils l'ont signifié par la flèche circulaire partant du milieu et traversant tous les domaines.

Nous pouvons tous nous emparer de ces trois principes fondamentaux (soin à la nature, aux humains et partage des richesses), quelle que soit notre place dans la Société, même si nous avons été conditionnés à la rivalité, il nous suffit de le désirer. C‘est possible parce que ce désir est en cohérence avec nos quatre exigences fondamentales citées plus haut (sens, justice, paix et amour).

Pour l'instant sommes loin, très loin de la Fleur, tellement loin que cela peut paraitre utopique. Mais l'utopie a une utilité, elle peut nous guider à tendre vers ce qui fait sens pour nous, elle nous montre le chemin. Nous n'atteindrons pas la Fleur demain (parce que nous partons de très loin), mais le simple fait d'emprunter ce chemin signifie que nous sommes en train de lâcher prise au niveau de la rivalité et de la compétition sociale. Ce premier pas fait diminuer immédiatement notre stress. Ce changement nous semble souhaitable d'un point de vue politique (pour plus de justice sociale) et aussi d'un point de vue écologique. Nous devons changer notre façon de concevoir la vie pour éviter la catastrophe écologique annoncée par les scientifiques du GIEC.

En mettant toute notre intelligence au service de ce changement, il n'y a pas de raison de ne pas y arriver. Nous pouvons inventer un mode de vie qui préserve les ressources naturelles, qui protège la bio-diversité ainsi que l'équilibre entre la production de gaz carbonique et sa régulation par la végétation. Tout cela peut paraître abstrait et lointain, mais il y a quelque chose de très concret que nous pouvons tous faire, tout de suite. C'est facile à mettre en œuvre et cela ne coute rien. C'est juste une révolution dans nos esprits : Ralentir. 

En ralentissant, nous réduisons de facto notre empreinte écologique, car c'est la futilité mais aussi l'accélération de l'activité humaine qui nous a mis face à l'urgence climatique.

Ralentir permet aussi de trouver (de retrouver) des plaisirs oubliés. Le plaisir de prendre le temps de goûter les choses, le plaisir de l'attente joyeuse pour profiter pleinement d'un événement, le plaisir d'avoir le temps de bien faire ce que nous entreprenons, etc.

Ralentir permet aussi de prendre du temps pour réfléchir, discuter et prendre des décisions permettant d'avancer sur le chemin menant à ce qui pourrait être notre 1ère étape, le Trapèze. Pour y arriver, il y a néanmoins 2 préalables. Le premier c'est qu'il faudrait que les discussions puissent se faire dans ce que nous appelons l'apparentement. L'apparentement est le contraire de la rivalité, c'est la disposition à s'accorder avec l'autre d'égal à égal avec empathie et bienveillance, quelles que soient les différences (d'âge, de sexe, de niveau d'étude, etc.). Le deuxième préalable c'est qu'il faudrait que les décisions soient prises par consentement. C'est un mode de prise de décision alternatif à l'unanimité (difficile à obtenir) et au vote (qui favorise les alliances et les rapports de force).  

La seule urgence, à nos yeux, est que chacun de nous entre dans la dynamique de changement, l'essentiel étant de commencer. Cela peut être en effectuant nos déplacements à pied ou à vélo dès que possible plutôt qu'en voiture – en privilégiant les circuits courts pour que l'argent circule en bas – en limitant notre usage du numérique pour diminuer notre impact environnemental – en organisant nos vacances de façon plus écologique et éthique – en plaçant notre argent dans des organismes socialement responsables – en œuvrant pour qu'une organisation pyramidale devienne moins pyramidale (voir mode opératoire dans le chapitre du livre intitulé « Sortir du piège des organisations pyramidales ») – en créant des entreprises coopératives qui partagent leurs bénéfices équitablement (les « SCOP »), etc. La liste n'est pas exhaustive ! … Vous saurez trouver ce par quoi vous pourrez entrer dans cette dynamique de changement. Réfléchissez-y, parlez-en avec d'autres personnes qui sont dans la même démarche que vous et vous verrez qu'une idée accessible à vos moyens et à votre situation apparaitra.

Nous, les citoyens, avons plus de pouvoir que nous le pensons. Regardons ce qui s'est passé avec la demande de bio qui s'est généralisée. Elle a été entendue par nos gouvernants, par tous les partis politiques ainsi que par les grands-groupes de l'agro-alimentaire. Ne soyons pas dupes, ils savent qu'ils doivent évoluer aussi sans quoi ils seraient en danger. C'est ça le poids de la demande et la demande c'est nous. Alors exigeons haut et fort non seulement du bio mais aussi des lois et des pratiques commerciales éthiques et écologiquement responsables qui permettront à tous de vivre dignement sans dépendre de la générosité des autres ni des aides sociales.

Le processus de transformation d'une société pyramidale en une société non-pyramidale est illustré dans le film Pourquoi j'ai pas mangé mon père (Jamel Debbouze). Nous  en donnons une lecture au regard de la grille de lecture présentée sur ce site. Voir la conférence intitulée "Sortir d'une société pyramidale".