L'évolution structurelle de la société

Notre société est constituée d'organisations sociales dans lesquelles nous sommes impliqués personnellement : nos familles ; les écoles ; les entreprises ; les associations ; etc. Ces organisations sont très souvent de structure pyramidale, or cette structure nous est préjudiciable car qu'elle induit inévitablement une hiérarchisation des places et des personnes. Les critères de hiérarchie peuvent être une autorité qui s'impose (dans la famille par exemple), les notes à l'école, les performances professionnelles dans l'entreprise, les résultats sportifs dans un club, etc.

Dans une organisation sociale de structure pyramidale, les places du haut sont survalorisées et assorties de privilèges, tandis que celles du bas sont dévalorisées et défavorisées. C'est pourquoi cela peut donner envie d'en gravir les échelons. Le fait qu'il y ait structurellement moins de places à l'échelon supérieur que de prétendants à y monter, crée une compétition sociale. D'autant plus que les organisations pyramidales valorisent ceux qui savent s'affirmer, se vendre, être forts. La valorisation est symbolique par le discours tout autant que financière. Nous sommes donc encouragés socialement à nous mettre en rivalité avec les autres. Cette influence sociale est en synergie avec, pour certains d'entre nous, un conditionnement éducatif. Nos parents ont pu nous encourager à la rivalité pour s'assurer de notre ascension dans la société. Ils ont pu nous transmettre ce que nous appelons une "posture relationnelle de rivalité" qui leur a été transmise par leurs propres parents, etc. Nous sommes les héritiers d'une transmission transgénérationnelle, mais nous avons le droit de ne pas tout prendre de cet héritage. La première chose à faire pour rompre cette transmission, c'est d'en prendre conscience.

De fait du développement planétaire des transports, des communications et de l'économie, la communauté humaine se trouve maintenant prise dans une immense méta-structure pyramidale. Elle nous est invisible car nous sommes pris à l'intérieur. C'est l'argent qui hiérarchise les places et les personnes dans cette méta-structure sociétale. Les plus riches étant souvent admirés tandis que les plus pauvres sont plaints dans le meilleur des cas ou rendus responsables de leur situation dans le pire des cas.

La structure pyramidale (des organisations sociales et de la société) est rarement remise en cause, malgré qu'elle soit incompatible avec nos exigences de sens, de justice et de paix. Actuellement, 1% de la population détient presque la moitié de la richesse mondiale 1. Des intérêts privés s'accaparent les ressources naturelles ainsi que les recherches scientifiques et techniques en vue de maximiser leur enrichissement, ils ont aussi les moyens de faire pression sur les pouvoirs politiques.

Cette méta-structure a pu advenir parce qu'une grande majorité de la population est entrée dans la compétition sociale, sur-valorisant l'argent, recherchant elle aussi la rentabilité financière maximum par tous les moyens. Nous avons donc participé à notre insu à la dynamique sociétale qui a contribué à faire advenir cette immense méta-structure. Qui dit "dynamique sociétale" dit évolution. Si nous continuons sur la voie actuelle, les inégalités vont continuer à se creuser et il y aura de plus en plus de personnes qui basculeront dans la pauvreté. Ce processus a déjà commencé en France et dans les pays occidentaux. Schématiquement, cela revient à resserrer le haut de la méta-structure sociétale tout en augmentant sa base. En extrapolant nous arriverons à une nouvelle méta-structure que nous appelons le « chapeau de Merlin ».

1 "50,1% de la richesse mondiale aux mains de 1% de la population" - L'express.fr (17/11//2017)

Nous pouvons éviter ce scénario en nous déconditionnant de la rivalité, en nous reconnectant avec nos quatre exigences fondamentales de sens, de justice, de paix et d'amour2, présentes en nous très tôt. Elles sont observables chez les enfants à partir du moment où ils commencent à maîtriser le langage. Dès ce jeune âge ils cherchent à comprendre ce qui se passe autour d'eux. Ils posent des questions, souvent très pertinentes, qui sont malheureusement souvent perçues par l'adulte comme de l'impertinence. Un enfant se faisant régulièrement rabrouer lorsqu'il pose des questions, peut renoncer à vouloir comprendre ce qui se passe autour de lui. Il peut aussi se départir de son exigence de justice s'il est témoin d'injustices tout en constatant que les adultes s'en accommodent. Pour finir, il peut se détourner de son exigence de paix s'il vit dans un environnement tendu dans lequel il y a de nombreuses disputes. Il est plus rare qu'il renonce à son exigence d'amour. C'est même souvent par amour pour ses parents et pour obtenir leur amour, qu'il peut se soumettre à un mode éducatif de rivalité. Un enfant ayant renoncé à ses trois premières exigences fondamentales, avance dans la vie avec l'idée que aimer l'autre c'est lui céder. Il attend en retour que l'autre lui cède en preuve d'amour, ce qui justifie parfois à ses yeux d'insister, de passer en force, de prendre une posture relationnelle de rivalité.

Nous avons tous été des enfants, nous avons pu perdre de vue nos exigences fondamentales si elles ont été trop mises à mal par ce que nous avons vécu. Cependant, il n'est jamais trop tard pour leur redonner toute leur place dans notre esprit et dans notre cœur.

Notre recentrage sur nos exigences fondamentales nous permet de nous déconditionner de la posture de rivalité. Lorsque notre exigence d'amour se reconnecte à nos trois autres exigences (de sens, de justice et de paix), nous n'avons plus envie de passer en force contre les autres. Cela nous permet de nous ancrer dans ce que nous appelons la posture d'apparentement. C'est une disposition à s'accorder avec les autres d'égal à égal, avec empathie et bienveillance au-delà des différences. Cet ancrage nous permet de nous détendre immédiatement et en se généralisant, il peut modifier le fonctionnement des organisations pyramidales dans lesquelles nous sommes impliqués. La modification massive des organisations sociales qui constituent la société impactera la méta-structure sociétale. Schématiquement, cela revient à repousser les bords de la méta-structure vers l'extérieur, en extrapolant nous arriverons à une méta-structure trapézoïdale.

2 Le mot amour est à entendre au sens large, il va du simple attachement aux autres en général, en tant qu'il fonde l'empathie, jusqu'à l'attachement amoureux qui se fixe souvent sur une personne en particulier.

Dans une organisation trapézoïdale, les écarts de revenus seront structurellement contenus dans des proportions raisonnables et la compétition sociale s'estompera. Il y aura plus de justice sociale, nous aurons moins peur et la violence diminuera. En veillant à ce que le pouvoir politique ne soit pas supplanté par des intérêts privés nous pourrons stabiliser la structure. Le pouvoir politique aura réellement les moyens financiers de mettre en œuvre le programme pour lequel il aura été élu ; donc les élections reprendront du sens.

Pour autant la structure trapézoïdale n'est pas totalement satisfaisante. Nous considérons qu'elle n'est qu'une première étape, sans doute la plus difficile à atteindre car elle nécessite que nous acceptions de changer nos représentations. La structure pyramidale n'est pas naturelle, elle n'est pas une fatalité non plus. Nous avons la chance de pouvoir choisir notre mode d'organisation et notre façon d'entrer en relation. Notre déconditionnement mental et relationnel, en se généralisant, nous permettra de nous diriger vers une structure de société compatible avec nos exigences de sens, de justice, de paix et d'amour. Nous en sommes assez loin... pour l'instant, les personnes étant dans l'apparentement doivent gérer des relations avec celles qui sont dans la rivalité. C'est ce que nous appelons le "mode relationnel discordant". Pour se protéger et ne pas trop en souffrir il y a quelques précautions à prendre. Nous donnons des conseils précis dans l'article concernant les modes relationnels. Quoi qu'il en soit, gérer ce type de relation n'est jamais agréable. Ce qui peut nous encourager c'est de savoir que nous sommes de plus en plus nombreux sur cette voie, ainsi que la visualisation de l'étape suivante.

Il existe une structure d'organisation compatible avec nos quatre exigences fondamentales. C'est une structure en forme de fleur, chaque pétale représentant une partie constituante de l'organisation, aucune partie n'étant survalorisée. Ce modèle provient de la permaculture 3. Il peut se décliner à toutes les échelles, depuis les plus petites organisations jusqu'à la société dans son ensemble.

3 Modélisation par deux Australiens, Bill MOLLISON et David HOLMGREN, au cours des années 70.

A l'échelle de la société, chaque secteur d'activité a la même valeur. Ce modèle  implique que nous acceptions l'idée de notre égale valeur symbolique et de notre interdépendance les uns envers les autres. L'égale valeur symbolique ne signifie pas l'absence de différences, simplement les différences ne sont pas (plus) prétexte à hiérarchiser les personnes.

Au cœur de ce modèle il y a l’Éthique et les trois principes fondamentaux de la permaculture qui sont : prendre soin de la nature ; prendre soin de l'humain ; partager les richesses. Les auteurs de ce modèle considèrent, tout comme nous, que c'est nous tous qui construisons notre société. Ils l'ont illustré par une flèche qui part du centre de la structure et qui traverse tous les secteurs d'activité. Cette flèche circulaire signifie que chacun de nous peut s'emparer des trois principes fondamentaux de la permaculture et modifier son comportement en conséquence, quelle que soit la place qu'il occupe dans la société : agriculteur ; policier ; entrepreneur ; avocat ; artisan ; artiste ; homme politique ; enseignant ; etc. Les auteurs parlent de « révolution douce ». L'expression peut surprendre, mais à la réflexion elle est pleine de sens. Il s'agit bien d'une révolution, d'un changement radical de paradigme ; pour autant cette transformation peut s'opérer sans passer en force contre quiconque.

Cessons simplement de vouloir nous adapter à une structure de société qui ne pourra jamais nous mener à plus de justice et plus de paix. Appuyons-nous sur nos exigences fondamentales de sens, de justice et de paix pour agir et faire des choix. Nous serons alors toujours plus nombreux à nous ancrer dans la posture d'apparentement, ce qui transformera les organisations sociales dans lesquelles nous sommes personnellement impliqués. Ces organisations étant les corps intermédiaires de la méta-structure, leur changement en se généralisant transformera la méta-structure pyramidale en structure trapézoïdale. A partir de là, la pression aura baissé, nous pourrons réellement agir collectivement pour nous diriger vers la structure permaculturelle.

Regardons ce qui se passe à l'échelle planétaire, il s'y développe un grand mouvement qui rassemble des personnes se considérant citoyennes du monde. Nous l'appelons « courant altruiste et bienveillant ». Les personnes qui le rejoignent sont issues d'horizons différents. Certaines y arrivent par le chemin de la méditation, d'autres par celui de la politique, d'autres par la religion et d'autres (comme nous les auteurs) par leur simple exigence de sens, de justice et de paix. Elles veulent que la communauté humaine fasse société sans délaisser personne.Elles veulent que le progrès scientifique et technique soit mis au service de l'invention d'un mode de vie qui préserve la nature et qui permettent à chacun d'accéder à ce que nous définissons comme le bien-être universel.

Vivre tous ensemble en paix sur la Terre est un objectif atteignable et ce n'est pas à nos seuls dirigeants d’œuvrer pour cela ; c'est notre affaire à chacun de nous. Cette part de responsabilité n'est pas si difficile à assumer, surtout quand elle est partagée avec d'autres qui l'acceptent aussi. Réjouissons-nous que le courant altruiste et bienveillant soit en train de se développer et continuons, avec détermination et sans relâche, à le renforcer.