L'évolution structurelle de la société

La société humaine est englobée dans une immense méta-structure pyramidale. Elle nous est invisible car nous sommes pris dedans. Elle est advenue au fil des décennies. La rentabilité financière qui était le critère d'évaluation de la santé des entreprises et devenue un objectif.  L'accaparement du progrès scientifique et technique a été un moyen d'enrichissement pour des intérêts privés. La multiplication des organisations pyramidales et leur développement à l'échelle internationale a donné une ampleur mondiale à ce processus. Ce fut la période de la financiarisation de l'économie. Ensuite la recherche exacerbée de rentabilité financière par les actionnaires s'est généralisée à l'ensemble des consommateurs qui ont voulu acheter toujours au moins cher, ce qui a provoqué un processus structurel d'aspiration de l'argent vers le haut de la pyramide. Le développement de l'informatique et d'internet a permis de faire du profit par de simples transactions virtuelles, ce fut l'entrée dans l'ère de l'« économie de la finance ». Les plus grosses organisations internationales représentant des intérêts privés sont maintenant au sommet de la méta-structure pyramidale. Elles initient des collusions d'intérêts avec les pouvoirs politiques et elles ont les moyens de faire pression sur eux si nécessaire. C'est pourquoi les gouvernements sont actuellement dans l'incapacité de corriger les règles économiques, quoi qu'ils en disent.

Le problème de la forme pyramidale, c'est qu'elle hiérarchise les places. Dans la méta-structure c'est l'argent qui hiérarchise les places. Dans les organisations qui constituent la société, c'est la performance qui les hiérarchise.  Les notes (à l'école), les résultats sportifs, les performances professionnelles, etc.. Les places du haut de la pyramide sont sur-valorisées par le discours et financièrement. Cela provoque chez de nombreuses personnes l'envie de monter dans la pyramide, mais il y a structurellement moins de places à l'échelon supérieur que de prétendants à y monter. Cela créé une compétition sociale qui induit une rivalité entre les individus.
Cette rivalité nous est familière, la structure pyramidale n'étant pratiquement jamais remise en cause. Savoir s'imposer peut nous sembler être une qualité, au point que nous pouvons parfois admirer ceux qui cultivent l'art du passage en force avec classe. Mais notre admiration nous rend vulnérables car elle permet à un homme instruit et parlant bien de nous manipuler facilement pour ses intérêts personnels. Intérêts qui sont la plupart du temps masqués : un appât du gain, une envie de pouvoir, une envie de reconnaissance narcissique, une jouissance personnelle.

Il ressort de tout cela que la forme pyramidale est incompatible avec les idées de justice et de paix. Heureusement, la structure d'une organisation n'est pas figée. La méta-structure est advenue et elle continue d'évoluer. La question qui se pose à nous maintenant, c'est de déterminer dans quel sens nous voulons qu'elle évolue.  

Si le processus d'aspiration de l'argent vers le haut n'est pas endigué, les inégalités de revenus continueront d'augmenter, faisant basculer de plus en plus de personnes dans la pauvreté. Schématiquement, cela revient à augmenter la base de la pyramide et à en rétrécir le haut. C'est ce qui risque de se passer si nous continuons à nous laisser emporter par le courant « individualiste et jouissif » qui domine actuellement. En extrapolant nous arriverons à une forme de société que nous appelons le « chapeau de Merlin » et qui entrainera une augmentation inexorable de la violence... C'est ce qui nous motive à diffuser notre analyse et à donner des clefs pour que ce scénario ne se produise pas.

Heureusement un autre scénario est possible. Il y a dans la société humaine un courant contraire qui se nourrit de la prise de conscience que notre bien-être personnel est interdépendant du bien-être de tous à l'échelle de la planète. Cela donne un nouveau sens à notre vie, un sens qui vient remplacer la recherche exacerbée de rentabilité financière et de consommation superflue. Ce courant « altruiste et bienveillant » prend de l'ampleur, il se nourrit de la diversité des humains, il se développe dans tous les pays, dans tous les domaines et à tous les niveaux. Schématiquement l'effet de ce courant est d'aplatir la pyramide et de l'élargir sur toute sa hauteur. En extrapolant cela revient à une société en forme de trapèze.

En veillant à ce que le pouvoir politique ne soit pas supplanté par des intérêts privés nous lui permettons de financer de véritables services publics et de réguler la vie économique. A nous d'élire des personnes qui sont vraiment dans cette démarche. Dans une société en trapèze, il y aurait moins de compétition sociale et l'intelligence collective pourrait nous faire tendre vers l'accès au bien-être pour tous à l'échelle de la planète. Il existe un modèle de société qui permet cela, il nous vient de la permaculture.


Dans ce modèle de société, chaque pétale représente un secteur d'activité dont aucun n'est survalorisé. L'idée de l'interdépendance est une pièce maitresse de ce modèle, interdépendance des secteurs d'activité, interdépendance des Hommes avec la Nature et interdépendance des Hommes entre eux. C'est pourquoi il y a 3 principes qui ont été placés au cœur de ce modèle : prendre soin de la Nature, prendre soin de l'Homme, partager les richesses. C'est l'adhésion massive à ces principes qui peut maintenir un tel modèle en place.

Le chemin qui permettrait d'arriver à ce modèle, est indiqué la flèche circulaire qui signifie que chacun peut d'ores et déjà s'emparer de ces principes fondamentaux et modifier son comportement en conséquence, quelle que soit la place qu'il occupe actuellement dans la société : agriculteur, enseignant, avocat, artiste, homme politique, etc. Les auteurs de ce modèle parlent de « révolution douce ». C'est ce processus qui nous permettra de transformer la pyramide en trapèze, ce qui nous semble n'être qu'une première étape.