Les 2 schémas relationnels

Nous décrivons dans notre analyse deux schémas relationnels dont nous sommes tous porteurs. L'un permet l'émergence d'un bien commun grâce à la collaboration tandis que l'autre valorise la compétition sociale pour l'acquisition de biens personnels. Nous pouvons les observer dès le plus jeune âge, dès un an ou deux. Un enfant de cet âge peut très facilement prendre un jouet des mains d'un autre tout comme il peut aussi lui donner son propre doudou s'il pleure. Ces deux schémas relationnels sont fondés sur deux racines de la construction de soi, quand le bébé comprend qu'il est une personne parce qu'il se reconnaît dans le miroir et parce que ses parents lui parlent et parlent de lui.

Nous sommes donc des êtres complexes, porteurs de contradiction. Nous avons une tendance naturelle à l'égoïsme et au passage en force et une tendance naturelle à l'empathie et à la générosité, qui mènent chacune à un schéma relationnel différent. Nous pouvons basculer d'un schéma relationnel à l'autre en fonction des situations que nous vivons.

Lequel de ces 2 schémas relationnels voulons-nous favoriser en nous-mêmes et chez nos enfants ?  Notre réponse à cette question est souvent déterminée par la structure de la société dans laquelle nous vivons. Notre société a une  forme pyramidale, ce qui implique qu'il n'y a pas assez de places en haut pour tout le monde. Mais comme la vie y est matériellement plus facile nombreux sont ceux qui veulent monter dans la pyramide. Nombreux sont ceux aussi qui souhaitent la même chose à leurs enfants, car ils sont enclins à penser que c'est ainsi que leurs enfants seront plus heureux. L'éducation est donc souvent sous-tendue par ce désir d'ascension et elle est organisée en compétition scolaire, comme un préambule, voire une préparation à la compétition sociale qui suivra. Ça commence très tôt, le « jardin d'enfants » est devenu dans le langage courant « l'école maternelle » dans laquelle certains enfants sont déjà mis en échec scolaire. La compétition se poursuit ensuite jusqu'à la fin de notre vie. La peur de ne pas y arriver amène de nombreuses personnes à privilégier en elles et chez leurs enfants notre tendance naturelle à  l'égoïsme et au passage en force. Quant à notre tendance naturelle à l'empathie et à la générosité, elle s'exprime dans cette société pyramidale de façon plus circonscrite, car elle ne favorise pas l'ascension sociale. Elle est souvent réservée à nos proches, même si il y a régulièrement des élans généreux envers des inconnus. Nous sommes d'ailleurs sollicités très régulièrement. À chaque fois qu'il y a une catastrophe naturelle et aussi pour pallier aux conséquences d'un ordre économique et politique fondé sur l'égoïsme et le passage en force. Notre empathie et notre générosité tente de solutionner la pauvreté dans le monde et dans notre propre pays.

Nous montrons dans notre analyse, qu'il y a de plus en plus de personnes qui favorisent en elles leur tendance à l'empathie et à la générosité et qui modifient leur comportement en conséquence. C'est entre autre pour cette raison que nous osons être optimistes. D'autant plus qu'il y a une influence réciproque entre nos agissements et la structure de la société. Jusqu'à maintenant ce sont plutôt des événements dramatiques qui illustrent ce lien dans l'histoire de l'humanité. L'ampleur des organisations  totalitaristes qui ont jalonné le 20è siècle tient au fait que nous sommes assez facilement manipulables, car il n'est pas facile de prendre du recul face à un discours affirmé avec force et diffusé à grande échelle. C'est l'adhésion massive à un discours qui a provoqué l'avènement des organisations totalitarstes du 20è siècle dont la plus marquante restera le 3è Reich allemand. Nous pouvons donc légitimement penser qu'une adhésion massive à un discours qui prône la justice et l'empathie pour tous nous conduira à une structure sociale plus juste et plus humaine.

Nous avons donc la capacité de faire évoluer la structure pyramidale de la société. L'alternative que nous montrons peut se résumer ainsi. Selon que nous continuerons à privilégier l'égoïsme et le passage en force ou que nous valoriserons l'empathie et la générosité, le changement de notre organisation sociale ira vers une forme qui durcira la compétition sociale ou qui au contraire la réduira. En valorisant notre tendance naturelle à l'empathie et à la générosité nous exerçons des actions qui tendent à transformer la pyramide en une sorte de trapèze en volume.



Dans une société en forme de trapèze, la réussite sociale devient accessible à un plus grand nombre.  La richesse y est mieux partagée, parce que les écarts de revenus sont contenus dans des proportions raisonnables. En veillant à ce que le pouvoir politique ne soit pas supplanté par des intérêts privés, nous lui permettons d'appliquer le programme pour lequel il a été élu. Les élections reprennent alors tout leur sens et l'intelligence collective est mise au service de la société.
Le schéma relationnel qui permet l'accès à cette transformation, nous l'appelons le Schéma Relationnel fondé sur le Symbolique (SRS), lequel est basé sur ce que nous appelons le Rapport Symbolique au Langage (RSL).

Le RSL se définit comme suit : « utiliser les mots pour penser et pour ordonner ce qui se passe en moi, ce qui se passe autour de moi et pour en dire quelque chose à l'autre sans chercher à le dominer »

Dans le Schéma Relationnel fondé sur le Symbolique, le langage est médiateur de la relation. Les mots ont du sens et la parole engage. Le Rapport Symbolique au Langage, quand il est pratiqué par les deux interlocuteurs donne accès à une relation détendue, empathique qui donne accès à l'intelligence collective, à la confiance et à la joie.

Le rapport au langage de l'autre schéma relationnel, que nous appelons le Schéma Relationnel fondé sur l'Imaginaire (SRI), est tout autre. Dans ce schéma relationnel le langage est au service d'une relation de domination dans lequel il n'y a que deux places, dominant ou dominé. La parole est entièrement au service du rapport de force et elle peut se retourner à n'importe quel moment, elle ne constitue donc pas un point d'appui au niveau du sens. Les mots sont dits uniquement pour prendre l'ascendant sur l'autre dans l'immédiateté de la relation. Tous les coups sont permis : parler plus fort que lui, ne pas le laisser parler, utiliser des mots abscons qu'il ne comprend pas, utiliser des arguments cinglants qui le laissent sans voix, ignorer ce qu'il a dit, jouer sur ses sentiments par la flatterie ou en prenant une posture de victime et bien sur le manipuler en lui donnant des informations fausses ou partielles. Dans la société pyramidale, l'usage du langage pour dominer les autres est valorisé, ce qui nous incite à admirer ceux qui savent « tacler » les autres.

L'enjeu pour nous est de privilégier le Schéma Relationnel fondé sur le Symbolique, de prendre de la distance avec le discours dominant de la pyramide en replaçant notre tendance naturelle à l'empathie et à la générosité au centre de notre vie. Avec nos proches, avec nos collègues, avec l'ensemble des humains.

Il existe déjà un modèle de société fondé sur ces valeurs, il nous vient de la permaculture. Au cœur de ce modèle il y a les 3 principes fondateurs de la permaculture qui sont :

- prendre soin de la Nature
- prendre soin de l'Homme
- partager les richesses



Chacun s'empare de ces principes et modifie son comportement en conséquence, quelle que soit la place qu'il occupe dans la société : agriculteur, artisan, enseignant, chef d'entreprise, avocat, homme politique, etc. Progressivement tous les secteurs de la société seront impactés. Les créateurs de ce modèle parlent de "Révolution douce". Chacun pourra alors réussir sa vie dans une société où il n'y a plus de places survalorisées !