Nos 2 rapports au langage

Souvent nous entendons parler du langage, il est étudié, glorifié parfois, alors que nous avons deux rapports au langage très différents. En avoir conscience permet de mieux gérer nos relations, particulièrement lorsque nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde que notre interlocuteur.

Le Rapport Symbolique au Langage (RSL), c'est quand nous utilisons les mots pour penser et pour ordonner ce qui se passe en nous, autour de nous et pour en dire quelque chose à l'autre sans chercher à le dominer. Dans le RSL, le sens est un point d'appui et la parole engage. Lorsque notre interlocuteur est lui aussi dans le RSL, les conditions sont réunies pour que la confiance s'installe. La relation est détendue et les malentendus sont levés aisément. Quant aux désaccords, ils se résorbent assez facilement aussi car chacun est dans la disposition à s'accorder avec l'autre. Nous disons que les interlocuteurs sont dans une "posture relationnelle d'apparentement". Chacun percevant l'autre comme son égal et se comportant avec lui avec empathie et bienveillance, quelles que soient les différences d'âge, de sexe, de niveau d'études, etc. Le fait que les deux personnes soient dans la posture relationnelle d'apparentement les fait accéder au mode relationnel du même nom, le "mode relationnel d'apparentement". Non seulement la relation y est détendue, mais ce mode relationnel favorise aussi la résolution de problème car l'intelligence collective peut s'y déployer jusqu'à sa pleine efficience.  

Le langage au service de l'ego (LSE), c'est quand le langage est utilisé pour prendre l'ascendant sur l'autre, pour obtenir quelque chose de lui et/ou pour se montrer comme étant supérieur. Les moyens utilisés sont variés : parler plus fort que l'autre ou avec un ton autoritaire ; utiliser volontairement des mots trop compliqués ou des arguments cinglants ; monopoliser la parole ou ignorer ce que l'autre dit ou lui couper la parole ; le manipuler en  jouant sur ses sentiments ou en lui donnant des informations fausses ou partielles ; et dire une chose et son contraire. Ce qui compte c'est ce que la personne dit dans l'immédiateté de la relation pour prendre l'ascendant sur l'autre. Ce qu'elle a dit avant ne compte plus et si son interlocuteur le lui rappelle elle nie l'avoir dit. La personne vit la relation comme un rapport de comparaison et de domination-soumission. Elle est dans ce que nous appelons la "posture relationnelle de rivalité". C'est souvent inconscient, parfois assumé car le fait de s'imposer est valorisé socialement. Lorsque deux personnes sont dans la posture relationnelle de rivalité (donc dans le LSE) le ton peut monter facilement, chacun voulant avoir le dernier mot. C'est un "mode relationnel de rivalité" dans lequel il y a un enjeu impliquant la personne tout entière, car il n'y a que deux places possibles dans la relation, dominant ou dominé. Non seulement la relation est tendue mais en plus elle peut donner lieu à des violences physiques et/ou psychologique sans limite.

Ces deux rapports au langage sont donc chacun intrinsèquement liés à une posture relationnelle. La posture d'apparentement pour le RSL et la posture de rivalité pour le LSE. Ces deux postures relationnelles sont situées sur un continuum, ce qui veut dire que nous pouvons passer d'une posture à l'autre en fonction des situations et qu'il y a des degrés. La façon dont une personne use du langage nous montre dans quelle posture relationnelle elle se situe.

Il est particulièrement important de repérer si notre interlocuteur est dans la posture de rivalité. C'est facile lorsqu'il cherche ouvertement à prendre l'ascendant sur nous (ton utilisé, monopolisation de la parole, dire une chose et son contraire, utiliser des arguments cinglants ou des mots trop compliqués). C'est plus difficile lorsqu'il nous manipule car nous sommes pris dans nos affects (manipulation de nos sentiments) et nous ne savons pas quand il nous cache quelque chose ou nous ment (manipulation de l'information). Nous pouvons malgré tout repérer son éventuelle posture de rivalité, au delà d'une apparente gentillesse, en nous appuyant sur notre ressenti. Par exemple si nous n'osons pas dire certaines choses par peur de sa réaction, si nous ne sommes pas tranquilles parce qu'il change parfois brusquement de registre ou si nous nous épuisons à essayer de nous faire entendre.

Si nous sommes nous-mêmes dans la posture d'apparentement (dans le RSL) face à quelqu'un étant dans la posture de rivalité (dans le LSE), c'est une configuration relationnelle est appelée "mode relationnel discordant" parce que nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde. Nous devons veiller à ne pas nous soumettre sans envenimer la relation pour autant. Il y a inévitablement de la tension dans la relation et il faut bien prendre conscience que cette tension provient des velléités de notre interlocuteur à vouloir prendre l'ascendant sur nous (pour obtenir quelque chose ou pour se montrer comme étant supérieur). Nous avons la capacité de nous remettre en cause alors que ça n'est pas le cas de notre interlocuteur, lequel peut d'ailleurs s'appuyer sur le fait que nous pouvons reconnaître nos erreurs pour ne pas reconnaître les siennes. Le principe de la Communication Non Violente qui vise à parler de soi et à livrer à l'autre nos pensées et nos ressentis est contre-indiquée dans le mode relationnel discordant, car l'autre utilise ce qu'il sait de nous pour assoir sa domination. La Communication Non Violent est utile pour lever des malentendus ou des désaccords lorsque les deux interlocuteurs sont dans la posture d'apparentement, donc dans le RSL.

Il n'est jamais agréable de gérer une relation discordante et il y a des précautions à prendre. Vous trouverez des conseils concrets au bas de la page concernant nos trois modes relationnels. N'hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions nous y répondrons avec plaisir !