Notre positionnement subjectif relationnel

Nous construisons notre personnalité à partir de nos expériences relationnelles précoces. Ces expériences peuvent avoir déterminé en nous, sans que nous en ayons conscience, un positionnement subjectif (PS) relationnel de rivalité, un  PS d'apparentement ou une absence de PS.
Avant 1 an, nous commençons à comprendre que nous sommes une personne à part entière en nous reconnaissant dans un miroir et parce que nos parents nous parlent et parlent de nous. Devant le miroir, nous nous tournons vers notre parent pour avoir confirmation que l'image reflétée dans le miroir est bien la notre. Nous nous appuyons donc sur la parole de notre parent puis, dès que nous commençons à parler nous-mêmes, nous voulons que notre propre parole compte. C'est pourquoi nous nous opposons à nos parents. Nous entrons dans la période dite « période du non ».
La façon dont les parents gèrent cette période est déterminante pour l'enfant, car celui-ci calque son comportement sur celui de ses parents. Il y a une chaîne de cause à effet qui abouti à l'acquisition ou la non acquisition d'un PS.

Lorsque le parent est réactif-autoritariste, il se met en posture de rivalité avec l'enfant pour le faire céder. L'enfant en ressent de la frustration, il peut ressentir aussi de la peur, de la colère et d'autres émotions selon les moyens utilisés pour le faire céder (culpabilité, honte, etc.). Face à cela, l'enfant se soumet ou prend par imitation la même posture de rivalité que son parent. Il peut insister, crier, se rouler par terre, etc.  Dans les 2 cas cela conduit le parent et l'enfant à un mode relationnel de rivalité. Ce mode relationnel se caractérise par le fait qu'il n'y a que 2 places : dominant ou dominé, l'enfant étant souvent à cette époque à la place de dominé. Quand ce type d'expérience est trop fréquent, l'enfant pense que « être en relation » c'est ça. Il acquiert alors un PS de rivalité, c'est à dire qu'il prend l'habitude de se mettre dans une posture de rivalité envers tous les autres, ses frères et sœurs, ses copains à l'école, etc.

Lorsque le parent est dans la réflexion, il prend une posture d'apparentement avec l'enfant en discutant avec lui. L'enfant est alors serein car il constate que sa parole est entendue. Cela lui permet d'accepter une éventuelle déception lorsque son parent ne peut pas répondre favorablement à sa demande. L'enfant sait que son parent à des raisons pour dire non car il lui attribue depuis le début une plus-value de savoir. Elle ne porte pas sur les connaissances car l'enfant sait parfaitement que son parent connait plus de choses que lui. Ce qui est en jeu, c'est que son parent reconnaisse que lui aussi il peut avoir raison parfois. Il parle de la place subjective d'enfant et il veut gagner de la liberté très tôt. Par exemple lorsqu'il veut descendre le trottoir tout seul sans donner la main. Quand le parent peut lui dire, après avoir vérifié l'absence de danger, « ben oui tu as raison mon chéri tu peux le faire tout seul ! » l'enfant est rassuré. Il prend par imitation la même posture d'apparentement que son parent ce qui les conduit à un mode relationnel d'apparentement. Ce mode relationnel se caractérise par le fait que chacun a une place symbolique assurée et de même valeur. Lorsque l'enfant fait cette expérience régulièrement, il pense que « être en relation » c'est ça et il acquiert alors un PS d'apparentement, c'est à dire qu'il prend habituellement la posture d'apparentement avec les autres.

Le plus souvent, le parent alterne entre la posture de rivalité et la posture d'apparentement. L'enfant ne se fait pas une idée précise de ce que c'est « être en relation », donc il n'acquiert pas de PS. La présence ou l'absence d'un PS ne se voit pas, c'est à l'intérieur de la personne la façon dont sa personnalité s'est construite. Ce qui se voit en revanche ce sont ses comportements et donc ses postures relationnelles. L'enfant qui n'a pas de PS ne peut que reproduire en miroir la posture relationnelle de l'autre. C'est pourquoi il alterne entre la posture de rivalité et la posture d'apparentement, en fonction des situations.

Il n'y a pas que notre éducation qui a pu nous attirer dans la posture de rivalité, il y a aussi notre environnement social de proximité. Nous sommes tous impliqués dans des organisations sociales de forme pyramidale, or cette forme induit une hiérarchisation des places et une compétition sociale pour gravir les échelons de la pyramide. Cette compétition sociale justifie la posture de rivalité qui est souvent acceptée, voire valorisée.

La société humaine toute entière est englobée dans une méta-structure pyramidale, qui nous est invisible parce que nous sommes pris dedans. Elle est advenue du fait de l'accaparement du progrès scientifique et technique pour des intérêts privés et la généralisation de la recherche exacerbée de rentabilité financière. En continuant dans cette voie, nous ne pouvons qu'augmenter les inégalités sociales et la violence qui est son corolaire. Il existe des formes d'organisations sociales non pyramidales, qui sont compatibles avec les idées de justice et de paix.

La posture de rivalité, qui fait le lit de la violence, n'est pas une fatalité. Nous pouvons apprendre à pacifier nos propres relations. Il n'est jamais trop tard pour s'ancrer dans  un positionnement subjectif d'apparentement. Plus nous serons nombreux à le faire, plus cela aura des effets sur les organisations sociales dans lesquelles nous sommes impliqués et qui constituent la société (famille, école, entreprises, associations, partis politiques, etc.).

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