Notre Positionnement Subjectif relationnel (PS)

Un enfant construit sa personnalité à partir de ses expériences relationnelles précoces. Ses parents ont eux-mêmes acquis ce que nous appelons un "Positionnement Subjectif relationnel" (PS), déterminé par la façon dont ils ont été éduqués. Nous pouvons remonter ainsi de génération en génération car nous sommes insérés dans une chaîne transgénérationnelle de transmission.

Pour l'enfant, tout commence lorsqu'il commence à comprendre qu'il est une personne parce qu'il se reconnaît dans un miroir1 et parce que ses parents lui parlent et parlent de lui. Devant le miroir, il se tourne vers son parent pour avoir confirmation que l'image reflétée dans le miroir est la sienne. Il s'appuie donc sur la parole de son parent puis, dès qu'il commence à parler lui-même, il veut que sa propre parole compte. C'est pourquoi il fait des demandes et refuse de faire ce que ses parents lui demandent. C'est l'entrée dans la période appelée « période du non ». Appellation inappropriée car elle suggère que c'est uniquement pour s'opposer que l'enfant dit non. La façon dont les parents gèrent cette période va déterminer le futur Positionnement Subjectif relationnel de leur enfant.

Un enfant dont le parent a acquis un PS de rivalité est confronté régulièrement à des passages en force pour le faire céder. Il se soumet souvent mais peut aussi tenter de passer en force en insistant, criant, etc. Il s'habitue à cette façon d'être en relation et la généralise pour toutes ses autres relations, avec ses frères, soeurs, copains et autres adultes. il acquiert lui aussi un PS de rivalité.
Un enfant dont le parent a acquis un PS d'apparentement peut discuter et il se sent écouté. Il prend alors l'habitude de discuter avec tous les autres et acquiert ainsi un PS d'apparentement. 

 1 Concept du stade du miroir de Jacques Lacan

Voyons plus précisément ce qui se passe pour l'enfant selon la posture relationnelle de son parent.

Face à un parent qui est dans la posture de rivalité, l'enfant ressent de la frustration car sa parole n'est pas entendue. Il peut ressentir d'autres émotions en fonction des moyens utilisés pour le faire céder (peur, culpabilité, etc.) Qu'il se soumette ou se rebelle, il entre avec son parent dans ce que nous appelons le « mode relationnel de rivalité ». Ce mode relationnel se caractérise par le fait qu'il n'y a que 2 places possibles, dominant ou dominé, l'enfant étant souvent à la place de dominé. Cette expérience relationnelle l'amène à penser la différence entre soi et l'autre sur un mode hiérarchisé. Il grandira avec cette idée ancrée en lui. Le mode relationnel de rivalité est tendu, il peut aussi devenir violent.

Face à un parent qui discute avec lui, l'enfant constate que sa parole est entendue, il est alors serein. Il parle de sa place subjective d'enfant et il veut gagner de la liberté très tôt. Par exemple lorsqu'il veut descendre d'un trottoir tout seul sans donner la main. Quand son parent peut lui dire, après avoir vérifié l'absence de danger, « bien oui tu as raison mon chéri tu peux le faire tout seul ! » l'enfant est rassuré. L'enfant écoute aussi son parent et ils entrent ainsi dans le "mode relationnel d'apparentement". Ce mode relationnel se caractérise par le fait que chacun a une place symbolique assurée et de même valeur. La discussion est argumentée et l'enfant peut accepter une éventuelle déception lorsque son parent ne peut pas répondre favorablement à sa demande. Il sait que son parent à des raisons pour dire non car il lui attribue depuis le début une « plus-value de savoir »2. Cette expérience relationnelle fait expérimenter à l'enfant que les différents ne remettent pas en cause la personne et qu'ils peuvent être discutés. La relation est détendue dans la recherche d'un terrain d'entente.

2 Terme emprunté à Jacques Lacan

Le plus souvent, le parent alterne entre la posture d'apparentement et la posture de rivalité. L'enfant ne peut alors pas s'installer dans la sérénité, parce que son parent n'est pas stable dans la posture d'apparentement. L'enfant s'adapte, il calque sa posture relationnelle sur celle de son parent. Ce faisant, il ne peut pas se construire une idée de ce que c'est « être en relation », puisque cela peut être d'une façon ou d'une autre. Cet absence d'ancrage dans la posture d'apparentement est problématique car l'enfant est trop influencé par son interlocuteur. Il acquiert un "PS fluctuant". En grandissant, il se laissera facilement entraîner par des personnes qui sont dans la rivalité et sera aussi sous l'influence des climats sociaux.

Le type de PS relationnel d'une personne ne se voit pas, c'est à l'intérieur d'elle la façon dont elle conçoit la relation. Avec un PS de rivalité elle se compare aux autres, se sentant supérieure ou inférieure selon les situations. Elle hiérarchise les personnes en comparant leurs qualités. Une personne qui a un PS d'apparentement peut comparer ses qualités avec celles des autres sans se sentir ni supérieure ni inférieure. Cette comparaison n'engage pas toute sa personne, puisque dans son esprit chacun a une place symbolique de même valeur. Quant à la personne qui a un PS fluctuant, son expérience relationnelle ne l'a pas conduite à se faire une idée personnelle au sujet des différences entre soi et l'autre. Parfois elle se compare en hiérarchisant les personnes et parfois sans hiérarchiser, mais ne ne savons pas ce qui se passe en elle. Ce sont des représentations mentales, invisibles, qui sous-tendent notre façon d'être en relation.

L'observation des habitudes relationnelles d'une personne peut nous donner une indication sur son PS. Nous avons défini deux postures relationnelles : la posture d'apparentement et la posture de rivalité. Une personne qui a un PS de rivalité est presque tout le temps dans la posture de rivalité, une personne qui a un PS d'apparentement est presque tout le temps dans la posture d'apparentement, tandis qu'une personne qui a un PS fluctuant change de posture relationnelle sous l'influence de son interlocuteur et/ou du contexte.

La posture d'apparentement se caractérise par la capacité de parler calmement et avec des arguments. La personne peut changer d'avis si ce que l'autre dit fait sens. Elle peut accepter facilement de reconnaître qu'elle s'est trompée ou qu'elle ne sait pas quelque chose, ne se sentant pas dévalorisée pour autant. Elle exprime ce qu'elle pense et ce qu'elle ressent sans chercher à imposer son point de vue. 

La posture de rivalité se caractérise par une soumission acceptée ou par des velléités de passer en force ou de se montrer supérieur. Tout ce que la personne dit est sous-tendu par sa position. Elle peut s'auto-dévaloriser ou au contraire utiliser le langage pour obtenir quelque chose de l'autre ou pour se montrer supérieur. La posture de rivalité est souvent inconsciente, mais très répandue car valorisée socialement.

Ces 2 postures relationnelles sont situées sur un continuum qui représente notre façon d'être en relation. La posture d'apparentement étant à une extrémité et la posture de rivalité à l'autre extrémité. Nous pouvons nous déplacer sur ce continuum au cours d'une relation et au cours de notre vie. Nous prônons un déplacement vers la posture d'apparentement pour contrebalancer les influences sociales et sociétales qui incitent à prendre la posture de rivalité.

Il est possible de se déconditionner de la posture de rivalité. Pour cela il faut comprendre que écouter l'autre ne veut pas dire acquiescer. Nous pouvons alors nous entrainer à écouter et argumenter. Nous avons tous au fond de nous des exigences fondamentales qui peuvent nous aider : une exigence de sens, de justice, de paix et d'amour. Ces exigences sont observables chez les enfants à partir du moment où ils commencent à maîtriser le langage. Dès ce jeune âge ils cherchent à comprendre ce qui se passe autour d'eux. Ils posent des questions, souvent très pertinentes, qui sont malheureusement souvent perçues par l'adulte comme de l'impertinence. Un enfant qui se fait régulièrement rabrouer lorsqu'il pose des questions, peut renoncer à vouloir comprendre ce qui se passe autour de lui. Il peut aussi se départir de son exigence de justice s'il est témoin d'injustices tout en constatant que les adultes s'en accommodent. Pour finir, il peut se détourner de son exigence de paix s'il vit dans un environnement tendu dans lequel il y a de nombreuses disputes. Il est plus rare qu'il renonce à son exigence d'amour. C'est même souvent par amour pour ses parents et pour obtenir leur amour, qu'il peut se soumettre à un mode éducatif de rivalité. Un enfant ayant renoncé à ses trois premières exigences fondamentales, avance dans la vie avec l'idée que aimer l'autre c'est lui céder.

Nos exigences fondamentales ont parfois été trop mises à mal par ce que nous avons vécu et sont enfouies au fond de nous, mais il n'est jamais trop tard pour leur redonner toute leur place dans notre esprit et dans notre coeur.

***

Il n'y a pas que notre éducation qui a pu nous attirer dans la posture de rivalité, il y a aussi notre environnement social de proximité. Nous sommes impliqués dans des organisations sociales qui sont souvent de structure pyramidale. Or cette structure induit une hiérarchisation des places et une compétition sociale. Il y a donc une synergie négative entre la rivalité induite par la structure pyramidale des organisations et la posture relationnelle de rivalité.

Nous pouvons nous (re)positionner le plus souvent possible dans la posture d'apparentement au sein de des organisations pyramidales. Ces dernières peuvent évoluer, néanmoins il y a des précautions à prendre au début. Il vaut mieux ne pas remettre en cause trop ouvertement et de façon individuelle un fonctionnement pyramidal. Il vaut mieux repérer d'abord des personnes qui sont dans l'apparentement pour envisager avec elles des prises de paroles collectives. Ce ne sont pas des prises de paroles effectuées dans un rapport de force mais dans une recherche de sens, de justice et de paix.

La société humaine toute entière est englobée dans une immense méta-structure pyramidale. Cette méta-structure nous est invisible parce que nous sommes pris dedans. C'est l'argent qui hiérarchise les places dans cette méta-structure, les plus riches sont le plus souvent admirés et les plus pauvres sont plaints dans le meilleur des cas ou rendus responsables de leur situation dans le pire des cas. Il existe une autre structure d'organisation, compatible avec nos exigences fondamentales de sens, de justice et de paix. Ce modèle peut se décliner à toutes les échelles, depuis les plus petites organisations jusqu'à la société humaine. Il faut bien admettre que nous formons une communauté humaine, du fait du développement planétaire de toutes les activités humaines.