Notre responsabilité individuelle

La société est constituée d'organisations sociales, elles-mêmes constituée d'individus. C'est donc nous, les humains, qui avons fait advenir la société actuelle. Le mot « société » est à entendre à l'échelle de la communauté humaine, car toutes les activités humaines se sont développée au niveau mondial.

Nous avons fait advenir une société dans laquelle 1% de la population détient presque la moitié de la richesse mondiale. C'est une société pyramidale qui hiérarchise les personnes par l'argent. L'humanité est prise dans une immense méta-structure pyramidale, qui nous est invisible car nous sommes pris dedans.

Les organisations sociales qui composent la société ont, majoritairement, la même structure. Elles sont constituées d'individus qui les font vivre.

La structure pyramidale nous est préjudiciable pour une raison simple. Les places du haut y sont survalorisées et assorties de privilèges tandis que celles du bas sont dévalorisées et défavorisées. Cette différence de traitement peut donner envie d'en gravir les échelons. Structurellement il y a toujours moins de place à l'échelon supérieur que de prétendants à y monter, ce qui peut nous pousser à nous mettre en rivalité les uns envers les autres.

C'est parce que nous sommes réellement et massivement entrés en compétition sociale que la méta-structure pyramidale est advenue. Nos parents ont pu, par soucis pour notre avenir, nous inciter à prendre ce que nous appelons une posture relationnelle de rivalité afin de nous assurer un avenir dans une société où il faut se battre pour faire sa place.

Heureusement, il existe une autre structure d'organisation. Elle a été modélisée il y a longtemps et elle est adaptée pour toutes les organisations, quelle que soit leur taille. Ce modèle nous vient de la permaculture.

C'est une structure en forme de fleur, chaque pétale représentant une partie constituante de l'organisation, aucune n'étant sur-valorisée par rapport aux autres. Au cœur de ce modèle il y a l'Éthique et les trois principes de la permaculture qui sont : prendre soin de la nature ; prendre soin de l'humain ; partager les richesses. Cette structure peut se décliner à l'échelle de la méta-structure sociétale.

La structure permaculturelle induit l'idée de notre égale valeur et de notre interdépendance, quelque soit le domaine d'activité dans lequel nous agissons. Cette idée est en résonance avec les exigences fondamentales que nous avons en nous dès notre plus jeune âge : une exigence de sens ; une exigence de justice ; une exigence de paix ; une exigence d'amour.

Ces exigences sont observables chez les enfants à partir du moment où ils commencent à maîtriser le langage. Dès ce jeune âge ils cherchent à comprendre ce qui se passe autour d'eux. Ils posent des questions, souvent très pertinentes, qui sont malheureusement souvent perçues par l'adulte comme de l'impertinence. Un enfant se faisant régulièrement rabrouer lorsqu'il pose des questions, peut renoncer à vouloir comprendre ce qui se passe autour de lui. Il peut aussi se départir de son exigence de justice s'il est témoin d'injustices tout en constatant que les adultes s'en accommodent. Pour finir, il peut se détourner de son exigence de paix s'il vit dans un environnement tendu dans lequel il y a de nombreuses disputes. Il est plus rare qu'il renonce à son exigence d'amour. C'est même souvent par amour pour ses parents et pour obtenir leur amour, qu'il peut se soumettre à un mode éducatif de rivalité. Un enfant ayant renoncé à ses trois premières exigences fondamentales, avance dans la vie avec l'idée que aimer l'autre c'est lui céder.

Nous avons tous été des enfants, nous avons pu perdre de vue nos exigences fondamentales si elles ont été trop mises à mal par ce que nous avons vécu. Cependant, il n'est jamais trop tard pour leur redonner toute leur place dans notre esprit et dans notre cœur.

Il devient clair qu'il nous faut changer de structure de société. C'est nous qui avons fait advenir la méta-structure pyramidale, c'est donc nous qui pouvons la transformer de désamorçant la dynamique sociétale actuelle. Ce changement passe par un changement au niveau de notre dynamique individuelle. Il nous faut renoncer à la rivalité et la remplacer par ce que nous appelons « l'apparentement ». L'apparentement vise à s'accorder avec les autres avec bienveillance et empathie, au delà des différences. Lorsque nous sommes dans l'apparentement, nous sommes en cohérence avec nos exigences fondamentales, c'est pourquoi nous ressentons immédiatement de la détente et du bien-être.

Plus nous seront nombreux à nous ancrer dans l'apparentement, plus nous impacterons la structure des organisations sociales dans lesquelles nous sommes personnellement impliqués, ce qui finira par impacter la méta-structure sociétale. Néanmoins nous ne sommes pas naïfs, nous savons que le plus difficile est d'amorcer le changement, car il y a un grand nombre de personnes qui sont conditionnées à la posture de rivalité. Nous devons donc gérer des relations que nous appelons "discordantes".

Projetons nous dans le futur et voyons ce qui nous attend si nous ne réussissons pas à changer notre dynamique sociétale. Nous irons tout droit vers plus de dégradations de la planète, plus d'écarts de revenus, et plus de compétition sociale. Nombreux seront nos concitoyens qui basculeront dans la pauvreté, processus qui a déjà commencé. La classe moyenne est en train de se paupériser, ce qui revient schématiquement à resserrer le haut de la méta-structure tout en augmentant sa base. En extrapolant nous arriverons à une nouvelle méta-structure sociétale que nous appelons le « Chapeau de Merlin ». L'augmentation de l'injustice sociale ne pourra que provoquer de plus en plus d'embrasements de violence. C'est nous tous qui les subirons.

Ce scénario n'est pas très enviable et nous pouvons l'éviter. Le "Osons l'optimisme !" est un appel. Si nous nous ancrons massivement dans l'apparentement, nous remettons nos exigences fondamentales au cœur de notre existence pour qu'elles guident nos choix et nos actes. Il serait illusoire de vouloir une société pacifiée sans nous appliquer à pacifier nos propres relations. Il serait tout aussi illusoire de vouloir une société juste sans accepter de nous auto-limiter afin de ne plus détruire la nature et pour partager mieux les richesses.

Heureusement, il y a une montée en puissance de la  mobilisation de nos concitoyens pour cela. Le « Osons l'optimisme ! » vise aussi à rendre visible ce qui se passe. C'est comme un nouveau courant qui est en train de voir le  jour, nous l'appelons « courant altruiste et bienveillant ». Des documentaires, des conférences, des livres, de plus en plus nombreux, nous invitent à prendre conscience de la nécessité de réfléchir à la finalité de nos actes, ainsi qu'à leur impact à l'échelle de la planète. Un nouveau mode de vie apparaît, affranchi de la hiérarchisation et de la compétition sociale, affranchi aussi de l'influence de la mode et de la publicité  qui nous poussent à sur-consommer. Nous achetons moins, donc nous pouvons payer le juste prix du travail et faire vivre les acteurs économiques de proximité. Nous mettons notre intelligence et la recherche scientifique et technique au service du bien commun et du bien-être pour tous.

Continuer sur cette nouvelle voie revient schématiquement à repousser les bords de la méta-structure pyramidale vers l'extérieur. En extrapolant nous arriverons à une nouvelle méta-structure de société, trapézoïdale.

Dans une organisation trapézoïdale, les écarts de revenus seront structurellement contenus dans des proportions raisonnables et la compétition sociale s'estompera. Donc nous aurons moins peur et la violence, à son tour, diminuera.

En veillant à ce que le pouvoir politique ne soit pas supplanté par des intérêts privés nous pourrons stabiliser la structure. Le pouvoir politique aura réellement les moyens financiers  de mettre en œuvre le programme pour lequel il aura été élu ; donc les élections reprendront du sens. Il nous revient, dès à présent, d'élire des personnes qui incarnent vraiment ce courant altruiste et bienveillant et/ou de créer une nouvelle offre politique.

La structure trapézoïdale n'est qu'une première étape, qui sera sans doute la plus difficile à atteindre. Ce qui peut nous aider, c'est de prendre conscience que le courant altruiste et bienveillant se développe à l'échelle planétaire. Il est aussi intéressant et rassurant de constater la diversité des chemins qui convergent dans sa direction. Certaines personnes le rejoignent en arrivant par le chemin de la méditation, d'autres par celui de la politique, d'autres par la religion et d'autres (comme nous les auteurs) par notre simple exigence de sens, de justice et de paix. Réjouissons-nous que ce courant soit en train de se développer et continuons, avec détermination et sans relâche, à le renforcer.