POUR UNE RÉVOLUTION DOUCE

Renoncer à la rivalité pour changer la Société

Avant-propos


Cher lecteur, si vous ouvrez ce livre c’est que le projet vous intéresse. Agissez-vous déjà dans ce sens ou êtes-vous plutôt sceptique, mais tout de même désireux de savoir s’il est vraiment possible d’améliorer la condition de vie des humains ? Nous avons entamé une réflexion à ce sujet en partant de nos craintes et incompréhensions au regard de ce qui se passait autour de nous et dans le monde, c’était en 2011. Nous avons transmis régulièrement les avancées de notre travail au travers de conférences, de la publication d’un petit essai qui s’intitulait Quelle société voulons-nous ? Osons l’optimisme ! et via un site internet (quellesociete.fr). Ce nouveau livre présente l’aboutissement de notre réflexion.

Nous proposons une grille de lecture expliquant pourquoi nous, les humains, avons créé un monde injuste dans lequel une infime partie de la population vit dans l’extrême richesse tandis qu’une autre n’a pas de quoi manger ni se loger décemment. Cette réalité est un symptôme de notre Société*. Vouloir le faire disparaitre sans s’attacher à corriger ce qui a provoqué son apparition est vain. En remontant le cours de l’histoire de l’humanité pour tenter de comprendre ce qui s’est passé, nous sommes arrivés à une époque primitive, le début de la sédentarisation. Le mal est profond, mais les humains ont la capacité de se penser eux-mêmes et de se remettre en cause, ce qui leur permet de corriger leurs erreurs.

Notre réflexion a été nourrie par de nombreux intellectuels, personnalités politiques et personnes compétentes dans les domaines visités (économie – politique – psychologie – écologie), ainsi qu’en échangeant avec nos auditeurs et lecteurs. Nous les remercions tous chaleureusement.

Le mot Société écrit avec une majuscule représente la communauté humaine dans son ensemble. Nous faisons Société de part le développement planétaire des transports et des communications. Nous avons fait advenir une immense structure pyramidale qui nous englobe tous dans laquelle les 1 % les plus riches détiennent plus de la moitié de la richesse mondiale1. Nous l’appelons « Pyramide »* ; les autres structures de Société que nous présentons sont écrites aussi avec une majuscule. Les mots écrits en italique suivis d’un astérisque lors de leur première apparition renvoient au lexique en fin de livre.

Certains thèmes abordés succinctement dans le livre peuvent être approfondis en se référant aux articles de notre site internet.

1 50% de la richesse mondiale aux mains de 1% de la population - Article L'express.fr (17/11/2017).

Notre société actuelle

Commençons par identifier deux symptômes majeurs du monde pyramidal que nous avons créé. L’argent y a pris une place prépondérante, la recherche de rentabilité financière s’est généralisée à tous les échelons, chez les actionnaires autant que chez la majorité des consommateurs. La vie économique a prospéré sur ce principe. Certaines entreprises se sont développées à l’échelle planétaire pour réduire leurs coûts de production afin d’augmenter toujours plus leurs marges. La consommation au moins cher est devenue la norme, que ce soit pour l’achat d’objets, de services ou de loisirs. Les grandes multinationales ont répondu à cette demande des consommateurs, s’enrichissant encore plus grâce à l’augmentation du volume de leurs ventes. La généralisation de ces pratiques a provoqué un processus d’aspiration de l’argent vers le haut de la Pyramide, c’est un dysfonctionnement systémique. De grands groupes multinationaux ont acquis de l’influence au point de supplanter les pouvoirs politiques nationaux, ils ont maintenant la possibilité d’attaquer les États en justice si ces derniers prennent des décisions qui porteraient préjudice à leurs intérêts, c’est un deuxième dysfonctionnement systémique. La Pyramide et ses deux dérives (aspiration de l’argent – suprématie des intérêts privés sur le politique) peut être représentée schématiquement.

Remontons aux origines de l’humanité pour comprendre comment nous en sommes arrivés là2. Quand les humains ont commencé à se sédentariser il a fallu organiser les concentrations humaines. Des hommes ont assuré cette fonction3 et ont pris goût au fait que l’exercice du pouvoir leur permettait d’obtenir des privilèges qui nourrissaient leur ego*. Ils ont assuré l’administration de ces premières cités avec le consentement des populations. Il est rassurant pour nous les humains de nous en remettre à quelqu’un qui veille à notre sécurité, car cela résonne avec notre expérience de petit enfant pris en charge par un adulte. Que cet adulte dysfonctionne par ailleurs n’y change pas grand-chose au début pour l’enfant, il ne le voit pas. Il ne peut s’en rendre compte qu’en grandissant, si toutefois il ne met pas en place un mécanisme de défense visant à préserver ce lien de confiance confortable malgré tout.

Revenons aux premières cités du néolithique, les populations acceptaient donc de se mettre sous l’autorité de personnes ayant pris le pouvoir. Elles pouvaient travailler dur pour elles, jusqu’à déplacer d’énormes pierres pour les célébrer, menhirs, dolmens, etc. Ce sont les traces les plus visibles de cette époque, mais d’autres, plus discrètes, montrent que ces concentrations de pouvoir extrêmement importantes étaient régulièrement démantelées. L’hypothèse a été faite que lorsque la concentration de pouvoir et son corolaire l’injustice devenaient insupportables, la population partait en migration. Elle créait une autre cité plus loin. L’histoire n’a fait que répéter ce type de scénario à des échelles de plus en plus grandes au fur et à mesure que les moyens techniques permettaient de contrôler des territoires de plus en plus vastes et des populations de plus en plus importantes. Les religions monothéistes ont été un facteur de stabilisation de ces organisations politiques pyramidales, en les légitimant tout en retirant des avantages. Quant à la monnaie, elle est vite devenue un outil au service de la domination des individus entre eux et au service du pouvoir politique pour faciliter le prélèvement des impôts.

Ce type d’administration paternaliste a perduré non seulement parce qu’il réactive notre besoin archaïque d’être pris en charge, mais aussi parce qu’il s’appuie sur des personnes qui en tirent des bénéfices personnels à tous les échelons. D’autres, persuadées qu’il n’y a pas d’alternatives, ne font que s’en accommoder. Il y a toujours eu aussi des personnes pour s’opposer parfois violemment aux pouvoirs en place. Les organisations pyramidales sont inévitablement le théâtre permanent d’affrontements. Ce sont parfois des guerres d’ego pour accéder à la jouissance des privilèges du pouvoir, parfois des révolutions pour remplacer le pouvoir par un autre censé être plus juste. Malheureusement, l’histoire a montré que si les révolutions peuvent aboutir au remplacement des personnes au pouvoir, elles remettent rarement en cause l’organisation politique pyramidale. Les nouveaux dirigeants prennent goût aux privilèges procurés par leur nouveau statut et finissent par perdre de vue leurs objectifs initiaux de justice. Ils s’appuient alors sur la force et sur des idéologies pour assoir leur place, brimer certaines catégories de population et réduire au silence toute contestation.

La planète est actuellement divisée en nations qui s’affrontent, militairement ou économiquement, tout en étant agitées intérieurement par de nombreux conflits. En France, nous ne subissons plus une violence brutale comme celle des deux guerres mondiales, de l’esclavagisme institutionnalisé ou des affrontements de classes de l’ère industrielle, mais une violence sporadique, parfois insidieuse. Elle se banalise, y compris chez les jeunes, et envahit notre vie quotidienne. Avançons dans l’observation de la Société actuelle pour comprendre ce qui la sous-tend.

2 "Les dix millénaires oubliés qui ont fait l'histoire" de Jean-Paul DEMOULE  – Éditions Fayard 2019. 

3 "Au détriment des femmes, mais c’est un autre sujet.

La généralisation des organisations sociales pyramidales

La Pyramide est constituée d’organisations sociales plus ou moins importantes en taille, allant de la famille monoparentale aux organisations internationales, en passant par les écoles, les entreprises, les associations, les nations, etc. La majorité d’entre elles sont structurées de façon pyramidale.


Il existe des organisations hiérarchisées et pyramidales qui fonctionnent autrement. C’est le cas des corporations destinées à des missions spécifiques comme une compagnie de sapeurs-pompiers. La hiérarchie est acceptée, car indispensable pour assurer la mission (sauver les personnes et les biens) et la compagnie fonctionne bien parce qu’il y a un lien de confiance entre tous. Pendant le temps de l’action les ordres (venant du haut de la pyramide) sont exécutés au mieux et sans discussion. Ensuite lors du débriefing systématique, la base exprime ses difficultés et ses éventuelles propositions pour y remédier. La mission des sapeurs-pompiers faisant consensus, elle guide les décisions et les actions de chacun pour une meilleure efficacité tout en évitant les risques inutiles.

Malheureusement, ce n’est pas cette sorte d’organisation que nous avons développée. Dans la majorité de nos organisations sociales les personnes étant en haut ne se soucient pas, ou pas assez, des difficultés de celles qui sont en bas. Elles sont valorisées et ont des privilèges tandis que les personnes étant en bas sont dévalorisées et défavorisées. Cette inégalité de traitement peut donner envie de gravir les échelons de l’organisation, mais il y a structurellement moins de places à l’étage supérieur que de prétendants à vouloir y monter. Ce contexte génère de la compétition sociale, souvent dissimulée par une apparente collaboration et une pseudobienveillance.

Au niveau de la Pyramide c’est la même chose, les plus riches ne se soucient pas ou peu des difficultés des plus pauvres. Ils s’investissent parfois dans des actions humanitaires mais sans remettre en cause l’injustice structurelle et systémique de la Pyramide, condamnant ainsi les plus démunis à rester dépendants de leur générosité et des aides sociales. Les personnes étant dans le bas de la Pyramide sont censées pouvoir améliorer leur condition grâce à l’ascenseur social. Des personnalités politiques affirment qu’il fonctionne bien tandis que d’autres dénoncent le fait qu’il soit en panne. Ce faisant, elles valident implicitement l’organisation pyramidale de la Société et sa compétition sociale intrinsèque. Cette dernière est renforcée aussi par l'augmentation des bénéfices narcissiques au fur et à mesure de la progression sociale. Tout en haut de la Pyramide, les 1 % les plus riches sont souvent admirés, d’autant plus avec la médiatisation de leurs actions humanitaires. Dans ce monde, il faut s'imposer, se faire valoir et masquer ses faiblesses pour faire sa place.

La généralisation de la posture de rivalité*

Les organisations sociales sont constituées d’individus qui les font vivre et les humains sont entrés massivement en rivalité* pour tenter d’être des gagnants de la compétition sociale. La rivalité est acceptée, justifiée parfois par le fait incontestable que nous sommes tous différents en termes de capacités physiques, mentales ou artistiques. Nous avons pris l’habitude de comparer et hiérarchiser les personnes au regard de leurs capacités et aussi en fonction de critères idéologiques tels que la richesse, la beauté, l’origine, la religion, l’orientation sexuelle, etc. Cette posture de rivalité a des effets délétères sur nous-mêmes, sur nos relations, sur le climat social et sur la Société.

Au niveau individuel : la personne étant dans la rivalité se fait une représentation d’elle-même par comparaison avec les autres, se sentant supérieure ou inférieure selon les situations, consciemment ou inconsciemment. Quand elle se sent supérieure elle doit tenir sa place pour garder une bonne estime d’elle-même, quand elle se sent inférieure elle le vit mal. C’est source de stress dans les deux cas, mais pour elle il n’existe pas d’alternative.

Au niveau des relations : une personne qui doit tenir sa place (supérieure) cherche à se mettre en avant en dévalorisant les autres éventuellement, s’arc-boutant sur ce qu’elle affirme comme étant la vérité (même si elle n’en est pas sûre) et s’imposant. Si au contraire elle se sent inférieure, elle peut s’en accommoder tant bien que mal ou guetter l’occasion de prendre (ou reprendre) la position de supériorité. Avec un tel enjeu, les relations sont inévitablement tendues.

Au niveau du climat social : les personnes étant dans la posture de rivalité aggravent les tensions dans les organisations. Il y a des conflits pour gravir les échelons ou au contraire résister au pouvoir en place. Des camps s’affrontent et les personnes qui ne veulent pas prendre parti sont méprisées. Lorsqu’une personne étant dans la rivalité se retrouve à la tête d’une organisation sociale, il y règne automatiquement un climat délétère4.

Au niveau de la Société : le renforcement réciproque de la posture de rivalité et de la structure pyramidale des organisations sociales a contribué à l’apparition de la Pyramide et de ses dysfonctionnements systémiques (aspiration de l’argent vers le haut – suprématie des intérêts privés sur les pouvoirs politiques nationaux). La dynamique de rivalité s'y décline à tous les niveaux, entre les nations, entre les entreprises, entre clans mafieux, dans le classement des personnalités les plus riches, mais aussi entre nous tous. Il s’agit de s’intégrer dans une Société dans laquelle il n’y a pas de places enviables pour tous, si bien que de nombreux parents pensent devoir "armer" leurs enfants pour la vie. Triste constatation qui peut néanmoins nous aider à prendre conscience que nous sommes nombreux à avoir été conditionnés à la rivalité, à notre insu. 

Au niveau politique en France, actuellement et sommairement il y a deux camps qui s’opposent. Le premier valorise les personnes qui gravissent les échelons de la Pyramide, sans chercher à savoir si leur réussite sociale est faite au détriment des autres et du bien commun. Le second conspue ces mêmes personnes et leur fait un procès d'intention ; toute réussite sociale étant perçue comme résultant d'actions menées sciemment au détriment des autres et de la collectivité. De ce point de vue, il est inenvisageable qu'elles agissent sous l'effet d'un conditionnement social et qu'elles pensent sincèrement agir pour le bien de la Société.

Au niveau économique, il y a aussi sommairement deux camps qui s’opposent, l’un issu du capitalisme et l’autre du communisme. À l’origine, Adam Smith, réputé être le père du capitalisme, affirmait que la « concurrence libre et non faussée » serait la seule voie capable d’apporter le bien-être, chacun cherchant à produire les biens et services les meilleurs au moindre prix. L’autre camp prônait que seul un contrôle drastique de l’économie par l’État garantirait le bien-être de tous. Ces deux courants n’ont pas perçu les effets potentiellement nocifs de l’ego. La concurrence prévue comme libre et non faussée a été faussée et le contrôle de l’économie par l’État a généré un développement économique au profit des tenants du pouvoir politique.

Dans notre monde, la posture de rivalité et la structure pyramidale des organisations s’autorenforcent depuis des décennies, ce qui a donné naissance au système*.

4 Cf. "Corporate", film de Nicolas SILHOL - 2016.

Un système délétère

Le système est souvent invoqué pour justifier des injustices et des incohérences tout en nous laissant entendre que nous n’y pouvons rien. Par exemple si l’argent va toujours aux plus riches c’est à cause du système. Nous avons déjà souligné le rôle des actionnaires et des consommateurs dans ce processus systémique. Approfondissons la question en nous appuyant sur les connaissances issues de la psychologie des groupes. 

Il est admis qu’un groupe est constitué de la somme de ses membres et d’une dynamique collective5. Cette dynamique collective produit un discours dominant* qui valide et justifie les comportements les plus répandus dans le groupe. En tant que dynamique, elle produit un système qui se développe de façon autonome à l’intérieur du groupe, quelle que soit sa taille. 

5 Le psycho-sociologue Kurt LEWIN (1890-1947) est à l'origine de cette théorie que nous nous somme appropriée.


À l'échelle de la Société que constatons-nous ? Les comportements les plus répandus des humains sont : rivaliser, favoriser les apparences, rechercher l'enrichissement en tant que but. Le système qui en découle est donc dans la droite ligne de ces comportements. 

Plus précisément la rivalité revient à :

- Se comparer, vouloir "être plus" (riche, fort, beau, performant, ...) que les autres et "avoir plus" (d'argent, de pouvoir, de notoriété, ...) ;
- S'imposer ou se montrer comme étant supérieur : passer en force par l'autorité, l'intimidation et/ou la manipulation pour arriver à ses fins ; se faire valoir quitte à dévaloriser les autres ;
- Se soumettre ou accepter la dévalorisation : laisser dire et faire les personnes qui s'imposent pour avoir la paix ou en les admirant de savoir s'imposer ; s'auto-dévaloriser éventuellement ;
- Juger les autres : les admirer ou les mépriser selon qu'ils sont perçus dans le "plus" ou le "moins".

La dynamique collective planétaire ne fait que transcrire ces comportements sous la forme d’un discours dominant dans lequel il est convenu que certaines personnes valent plus que d’autres, que les chefs sont une nécessité, que la compétition sociale est naturelle, qu’il est normal que les plus forts s’en sortent mieux que les plus faibles, qu’il y a toujours des gagnants et des perdants, que pour être un gagnant il faut savoir s’imposer, se faire valoir et masquer ses faiblesses, etc. Discours parfois ponctué d’affirmations sur la nécessité de venir en aide aux plus faibles et aux plus démunis, notamment lors de campagnes d’actions ciblant une cause particulière. 

C’est nous-mêmes qui créons ce discours dominant, qui le diffusons dans les réseaux sociaux, les médias, la publicité, les films, les séries, lesquels nous influencent à leur tour. La publicité instrumentalise souvent la rivalité pour déclencher l’acte d’achat. Les films et séries en la mettant en scène en renforcent l’acceptabilité, d’autant plus lorsqu’ils la rendent drôle ou esthétique. Des personnalités médiatiques, prises comme modèles par une partie de la population, assument publiquement des comportements irrespectueux.

Adhérer au discours dominant d’un groupe procure un sentiment d’appartenance et de sécurité, il est donc difficile de le critiquer. Certaines personnes osent pourtant le faire en proposant des contre-discours*, d’autres cherchent à l'attaquer frontalement et de façon violente, pensant que seul un rapport de force pourrait le faire changer. Cette deuxième méthode est contre-productive, elle entretient la rivalité en y participant. Le discours dominant de notre dynamique collective actuelle produit un système qui développe le « toujours plus » sans limites :

- Toujours plus d'argent par tous les moyens pour se rassurer narcissiquement et avoir du pouvoir ;
- Toujours plus de pouvoir et de notoriété par tous les moyens pour en jouir ;
- Toujours plus vite car le temps c'est de l'argent. Plus vite pour travailler afin de réduire les coûts, plus vite pour être informé avant les autres, plus vite pour régler des problèmes quitte à en créer d'autres par ailleurs, etc.
- Toujours plus de communication.  Être présents dans les médias et sur les réseaux sociaux est devenu indispensable pour développer une activité et pour exister socialement. Nous sommes sur-sollicités pour nous exprimer, évaluer, voter, « liker » (aimer). Communiquer sur notre travail est devenu plus important que ce que nous faisons réellement, à tel point que la communication pervertit le langage. Nous n'en sommes pas dupes lorsque nous disons d'un discours qu'il n'est "que de la communication".

Ce système a gangrené toutes les activités humaines pour notre malheur, jusqu’à nous faire inventer et produire des armes de plus en plus sophistiquées et efficaces aboutissant à des destructions massives. Nous avons le sentiment que c’est une funeste fatalité pourtant ce n’est pas le cas. Nous pouvons modifier le système, à condition d’agir sur le premier maillon de la chaîne : les individus. Il s’agira de désamorcer la rivalité, mais complétons d’abord le diagnostic de notre société malade avant d’envisager des remèdes. 

La généralisation de la rivalité et son développement systémique a eu pour conséquence que le progrès scientifique et technique a été mis au service d’une logique de compétition entre les nations, entre les entreprises et entre les individus.

Le progrès scientifique et technique au service de la compétition sociale

Faisons à nouveau une rétrospective rapide de l’évolution de l’humanité pour comprendre comment le progrès est devenu un instrument au service de la rivalité.

À l'origine de l’humanité, des personnes se sont engagées dans le développement technique ce qui a permis la survie de notre espèce. L'apparition des structures pyramidales lors de la sédentarisation a conduit à ce que les découvertes soient accaparées par les puissants pour assoir leur domination et éventuellement l'étendre sur des populations voisines. L'accès de l'humanité à une relative sécurité a ouvert les voies de la science, de la philosophie et de l'exploration de la planète tout en épargant à l'humain des tâches éprouvantes et peu épanouissantes. Les premiers savants appréhendaient toutes les connaissances de leur époque, puis quand cela n'a plus été possible elles ont été réunies dans des encyclopédies. Une scission est ensuite apparue entre les sciences dites "exactes" ou "dures" et les sciences "humaines" ou "molles". Cette nomination a relégué au second plan la philosophie. Le progrès scientifique et technique s'est alors développé sans le frein de la philosopie, il a été amplifié par le développement de l'informatique et l'entrée dans l'ère de l'économie de la finance. Des recherches scientifiques et techniques sont maintenant accaparées par des personnes déjà riches pour spéculer sur les futures découvertes. Toutes les activités sont concernées : le numérique, la médecine, le spatial, la génétique, la production agricole et industrielle, etc. 

Les pouvoirs politiques ne font que suivre ce mouvement, sous la pression des grands groupes d'intérêts privés ou par des collusions d'intérêts avec eux. Ils entérinent les applications découlant de la recherche, indépendamment des dégâts environnementaux et sociaux qu'elles peuvent provoquer. Ces décisions nous sont présentées comme bénéfiques au seul nom du progrès.

Le courant scientifique et technique revendique et clame que le progrès est infini. L'expression Il n'y a pas de problèmes il n'y a que des solutions nous incite à chercher perpétuellement de nouvelles inventions pour régler nos problèmes, sans prendre le temps d'anticiper leurs effets éventuellement nocifs. Quant au système du "toujours plus", il démultiplie notre propension à innover pour notre confort et nos rivalités. Par exemple en créant toujours des nouveautés qui seront temporairement très "tendances". Une question pourtant cruciale reste ignorée : au service de quoi le progrès est-il mis ? Ceux qui osent la poser sont taxés de vouloir « revenir à l'époque de la bougie ». Les tenants du courant scientifique et technique tentent, avec ce type de réponse, d'invalider la pertinence de cette interrogation. Rien ne doit venir entraver la course en avant de la technique et de la science qui participe à la rivalité à tous les niveaux, entre des individus (notion de propriété intellectuelle), des entreprises (secret des affaires), des nations (secrets d'États).

Que risquons-nous à continuer sur la même voie ?

À vouloir suivre le rythme effréné du système, à courir après l’argent pour des raisons diverses (survivre, surconsommer ou jouir de l’opulence), à vouloir nous adapter aux innovations numériques incessantes, à régler les problèmes avec des solutions qui en créent d'autres, nous aggravons la situation. La Pyramide n’étant pas figée elle continue d’évoluer. Les écarts de revenus déjà indécents se creusent et les classes moyennes s’appauvrissent. Schématiquement, cela revient à resserrer les côtés de la Pyramide vers l’intérieur. En extrapolant, nous risquons d’aboutir à une nouvelle structure de Société en forme de Chapeau de Merlin* dans laquelle il y aura plus de pauvres.

Une Société en Chapeau de Merlin

Dans une telle Société, les pouvoirs politiques et les classes moyennes restantes subiront de plein fouet la violence grandissante des classes populaires. Pris en sandwich, ils feront rempart pour protéger les plus riches. Nous sommes déjà engagés sur le chemin menant au Chapeau de Merlin. Des personnes appartenant encore aux classes moyennes ont peur de basculer dans la pauvreté. Nous subissons tous l’augmentation de la violence directement dans notre vie quotidienne (incivilités, vandalisme, agressions verbales et physiques) et par le biais des informations (faits divers, conflits sociaux, trafics illicites, migrations forcées, guerres et terrorisme). L’accroissement des violences est un indicateur de l’aggravation de l’injustice sociale, cette dernière étant de moins en moins tolérée par les populations. Les gouvernements tentent de juguler l’augmentation de la violence par des mesures autoritaires sans corriger véritablement les causes de l’injustice sociale. Ce faisant ils ne font qu’alimenter le sentiment d’injustice, ce qui provoque inévitablement d’autres violences. Par leur incapacité à s’emparer du véritable problème, ils favorisent l’entrée dans un cercle vicieux d’escalade de la violence*.


Pourtant nous cherchons des solutions pour introduire de la justice sociale et tenter de sauvegarder la planète. Les politiques et les intellectuels s’y attèlent. Il est question de réparer l’ascenseur social, de favoriser le ruissellement de la richesse ou sa redistribution vers le bas, d’organiser une égalité des chances, de supprimer les plafonds de verre, de lutter contre les désordres climatiques et environnementaux qui mettent l’humanité en danger. Les personnes s’opposent sur les moyens à mettre en œuvre, chacune pensant avoir la meilleure proposition, sans voir qu’il ne peut y avoir de solution satisfaisante dans la Pyramide. Des scientifiques et des milliardaires semblent voir une solution dans la migration spatiale, ils commencent à organiser du tourisme spatial faisant fi du coût environnemental de ce projet. Quand viendra éventuellement le moment d’une migration, la rivalité battra son plein pour faire partie du voyage (et reproduire ailleurs les mêmes erreurs que sur la terre).

L’intelligence, le temps, l’argent ne pourraient-ils pas être utilisés à chercher des solutions viables pour l’humanité sur terre ?

Première condition du changement : l'apparentement*

Nous, les humains, sommes à la fois le problème et sa solution. Nous avons en nous quatre exigences fondamentales* de sens, justice, paix et amour6, présentes dès la naissance.

6 Amour au sens large, partant de l'amour d'autrui qui fonde l'empathie jusqu'au sentiment amoureux.

L'humain, porteur d'une contradiction constitutive

Nos exigences fondamentales sont observables chez les enfants dès qu’ils commencent à maîtriser le langage. Ils cherchent à comprendre ce qui se passe autour d’eux et posent de nombreuses questions, souvent mal reçues par les adultes. Un enfant se faisant régulièrement rabrouer peut se renfermer sur lui-même, renonçant à son exigence de sens. Il peut aussi se départir de son exigence de justice s’il est témoin d’injustices tout en constatant que les adultes s’en accommodent. Pour finir, il peut se détourner de son exigence de paix s’il vit dans un environnement tendu dans lequel il y a de nombreuses disputes. Il est rare qu’il renonce à son exigence d’amour. C’est même souvent par amour pour ses parents et pour obtenir leur amour qu’il peut se soumettre à un mode éducatif autoritaire. Un enfant ayant renoncé à ses trois premières exigences fondamentales grandit avec l’idée qu’aimer l’autre c’est lui céder. Il attendra en retour que l’autre lui cède aussi en preuve d’amour. Alors que si l’exigence d’amour reste connectée aux trois autres (sens – justice – paix), l’amour n’est pas conditionné à une soumission.

Notre ego se construit dès la petite enfance, lorsque le bébé commence à comprendre qu’il est une personne à part entière du fait que ses parents lui parlent, parlent de lui et parce qu’il commence à se reconnaître dans un miroir. Il sait qu’il est dans les bras de son parent et n’étant pas sûr que c’est lui qu’il voit dans le miroir il lui demande confirmation7. Ayant une confiance absolue en lui il accepte l’idée d'être à la fois dans ses bras et dans le miroir. Cette expérience renforce la construction de l'identité humaine double, avec l'Être* d'un côté et l'ego de l'autre. L’humain s’interroge à propos de son ego depuis la nuit des temps, vous avez sans doute entendu parler du mythe de Narcisse amoureux de son reflet dans l’eau.

Lorsque notre représentation de soi est captée par l’ego, elle est déterminée par la représentation que les autres se font de nous. Après la parole initiatique nous ayant indiqué  que nous étions dans le miroir, succèdent toutes sortes de jugements portant sur notre personne. Nous nous sentons alors être « quelqu’un de bien, voire supérieur » ou « un moins que rien » selon les appréciations. Au contraire, si la représentation de soi se construit du côté de notre Être, la référence à nos exigences fondamentales nous permet de prendre de la distance avec les jugements. En aucun cas ils ne nous font perdre notre valeur intrinsèque en tant que personne, pas plus qu’ils ne nous font penser que nous serions un être supérieur.

Pourquoi l’ego a-t-il pris le dessus sur l’Être ? Nous avons déjà évoqué la collusion de l’exercice de pouvoir et de l’ego (via les privilèges). C’est vrai à toutes les échelles, dans les familles lorsqu’un patriarche prend le pouvoir sur les membres de son foyer, dans les entreprises lorsqu’un patron fait la pluie et le beau temps, dans une association où le président et/ou les membres du bureau pratiquent des abus de pouvoir, dans un conseil municipal où le maire et les adjoints font voter des décisions qui leur profitent personnellement, etc.

Nous faisons l’hypothèse qu’une invention apparemment anodine a aussi largement contribué à la primauté de l’ego. Le miroir. Cet objet plaisant a été produit industriellement pour la construction de la galerie des Glaces du château de Versailles, puis il est entré dans les maisons. Nombreux sont alors les bourgeois qui ont voulu être comme des rois-Soleil. Il y a toujours eu des personnes pour le voir, s’en démarquer, s’en moquer, à commencer par Molière. Puis le miroir est devenu un objet commun, il a capté notre attention massivement et l’a fixée sur notre image plutôt que sur notre Être et nos actes. Cette tendance puissante a ensuite été renforcée par d’autres innovations, la photo, la télévision, les logiciels de retouche, les réseaux sociaux, et dans le domaine médical, la chirurgie esthétique.

Le mouvement des lumières du 18e siècle n’a pas permis de corriger la primauté de l’ego. Les savoirs scientifiques, philosophiques et la culture sont devenus des atouts permettant à une personne d’être introduite dans les salons de la noblesse. À l’échelle internationale la France a bien tiré son épingle du jeu de la compétition entre les nations, elle était bien placée dans la Pyramide naissante de cette époque. Progressivement la Société a agi sur nous comme un parent survalorisant l’image de son enfant dans le miroir au détriment de son Être. Elle nous a incités à nous oublier nous-mêmes pour nous conformer aux attendus du discours dominant qui valorisait l’ego. 

Il nous revient à nous maintenant de remettre nos exigences fondamentales de sens, justice, paix et amour au centre de nos vies.

7 Expérience théorisée par Jacques LACAN sous le nom de "stade du miroir".

Privilégier l'apparentement

La posture relationnelle* qui s’enracine dans nos exigences fondamentales est la posture d’apparentement*. C’est une disposition à s’accorder avec les autres d’égal à égal, quelles que soient les différences d’âge, de sexe, de niveau d’études, etc. Elle se transmet par l’éducation dès les relations précoces, dès le stade du miroir.

Souvenez-vous, l’enfant s’appuie sur la parole de son parent pour accepter l’idée qu’il est à la fois dans ses bras et dans le miroir. Ensuite, quand il commence à s’exprimer, il veut que sa propre parole compte aussi. C’est pourquoi il fait des demandes et refuse de faire ce que ses parents lui demandent, c’est l’entrée dans la « période du non ». Cette appellation commune est  inappropriée car elle suggère que l’enfant aurait un besoin impérieux de s’opposer pour construire son identité, alors qu’il ne fait que vérifier la capacité de l’adulte à tenir compte de ce qu’il dit. La façon dont son parent lui répond est déterminante pour son développement.

Lorsque le parent est attentif aux demandes de l’enfant, discutant avec lui pour trouver un terrain d’entente, il est dans la posture d’apparentement. Pour l’enfant, le fait d’être régulièrement entendu constitue une fondation identitaire solide lui permettant d’accepter une éventuelle déception lorsque son parent ne peut pas accéder à sa demande. Il sait que son parent a des raisons pour dire non car il lui attribue depuis le début une plus-value-de-savoir*. Il accepte sa décision d’autant plus facilement qu’elle est juste et énoncée posément.

L’enfant calque son attitude sur celle de son parent et ils accèdent ainsi au mode relationnel d’apparentement*. Chacun y a une place symbolique assurée et de même valeur, indépendamment de son âge puisque par principe la parole de chaque interlocuteur compte. L'enfant peut faire changer d’avis son parent. Il parle de sa place subjective de petit enfant et veut gagner de la liberté très tôt, quand il demande par exemple à descendre d’un trottoir tout seul sans donner la main. Lorsque son parent lui dit après avoir vérifié qu’il n’y a pas de danger « Bien, oui tu as raison mon chéri tu peux le faire tout seul ! », l’enfant est content et rassuré. Si son parent diffère l’expérience pour des raisons de sécurité, il le comprend. Si néanmoins il a du mal à l’accepter, son parent le console ou lui change les idées, car l’empathie est une caractéristique de la posture d’apparentement. La relation est donc détendue. L’enfant s’approprie la posture d’apparentement qu’il adopte avec tous les autres (frères, sœurs, copains, autres adultes, etc.).

Lorsque le parent ignore ou rejette régulièrement les demandes de l’enfant, se mettant dans une posture de rivalité pour le faire céder, l’enfant se soumet ou fait pareil. Il peut tenter de passer en force lui aussi en insistant, criant, mentant si besoin. Qu’il se soumette ou se rebelle, cela conduit au mode relationnel de rivalité* dans lequel il y a un dominant et un dominé. La place occupée engage l’enfant tout entier au travers de son ego, lequel est flatté ou dégradé selon les situations. Plus le mode éducatif du parent est autoritaire, plus le socle identitaire de l’enfant est fragilisé. Le fait que sa parole ne compte pas, ou trop peu, lui donne l’impression qu’il n’a pas de valeur. L’enfant peut aussi être débordé par un sentiment d’injustice de ne pas être écouté et commettre un acte violent pour lequel il est souvent puni. C’est donc sa violence visible qui est sanctionnée, tandis que celle invisible subie en amont (ne pas être écouté) est ignorée. L’enfant puni ressent encore plus fortement son sentiment d’injustice et peut devenir violent à nouveau, se faire punir de plus en plus fort, etc. Le risque est d’entrer dans un cercle vicieux similaire à celui de l’escalade de la violence sociétale(8). L’enfant prend l’habitude de se mettre en rivalité avec tous les autres, se sentant supérieur ou inférieur selon les situations.

(8) voir page 11

Si le parent change régulièrement de posture relationnelle, l’enfant ne peut pas s’installer dans la sérénité de l’apparentement, mais il s’adapte. Quand son parent est dans l’apparentement, il fait valoir son point de vue tout en tenant compte de celui de l’adulte. Dès que son parent se met en rivalité il se soumet ou cherche à passer en force lui aussi. Il est sous l’influence de la personne en face de lui, si elle est dans la rivalité il peut se laisser entraîner à dire ou faire des choses qu’il regrette ensuite en changeant de posture.

Une personne ayant hérité de la posture de rivalité inconsciemment peut s’en apercevoir en étant attentive à sa réaction face à des reproches ou des jugements négatifs. Si elle se sent inférieure ou nulle, c’est qu’elle est trop engagée dans son ego, sinon elle pourrait reconnaître ses erreurs ou ses limites sans se sentir dévalorisée en tant que personne. Il n’est jamais trop tard pour qu’elle se recentre sur ses exigences fondamentales, elle y trouvera des points d’appui permettant de repérer les jugements excessifs et/ou infondés. Elle pourra aussi relativiser un échec réel, identifier qu’elle manque simplement de compétences, qu’elle a été entravée par des facteurs indépendants de sa volonté, qu’elle n’a pas fait de son mieux tout en en comprenant les raisons, etc. Le fait de pouvoir se regarder elle-même authentiquement avec empathie et bienveillance lui permet d’accepter mieux les erreurs et les faiblesses des autres. En se dégageant de la rivalité, elle fait baisser immédiatement son stress intérieur et pacifie ses relations. Si elle rebascule dans la rivalité (se déconditionner prend du temps) elle peut s’en rendre compte et se recentrer sur ses exigences fondamentales, se réancrer dans l’apparentement.

L’ancrage dans l’apparentement n’est jamais garanti une fois pour toutes du fait que l’ego est en nous. Même s’il ne guide plus nos actes il peut se manifester dans des situations qui nous déstabilisent trop, souvent lorsque nous sommes blessés dans notre exigence de justice9. L’ego peut aussi prendre ou reprendre une place prépondérante subrepticement sous l’effet du poids social10. C’est sans doute ce qui explique aussi (en plus du facteur éducatif) que la posture de rivalité soit si répandue actuellement.

Être dans l’apparentement face à une personne étant dans la rivalité versus domination – supériorité n’est pas confortable. Ce n’est pas toujours facile à reconnaître particulièrement quand c’est une personne aimée. Le premier repère c’est quand la personne n’a pas de limites dans ses demandes, nous obligeant à lui en mettre. Ensuite il est utile d'observer comment elle nous parle. Ce qui doit nous alerter c'est si elle hausse le ton, prend un ton péremptoire, emploie des mots trop compliqués ou des arguments cinglants, monopolise la parole (nous la coupe), ignore ce que nous disons et nous dit des choses contradictoires. Ce dernier point est très déstabilisant, d'autant plus que si nous lui rappelons ce qu’elle a dit précédemment elle nie l’avoir dit ou nous accuse de n’avoir pas bien compris. Sa rivalité peut aussi être mise en œuvre par la manipulation des sentiments en nous flattant, en nous menaçant, ou en se victimisant pour solliciter notre empathie, etc. Il faut donc être attentifs à nos ressentis émotionnels pour le repérer. La manipulation des informations est aussi un signe de rivalité, mais il est difficile de savoir quand la personne nous donne des informations partielles ou fausses. Nous ne le savons qu'après coup (éventuellement), seules l’intuition et l’hypersensibilité peuvent nous le faire sentir en temps réel. Quels que soient les moyens utilisés pour prendre l’ascendant sur nous, la relation n’est pas tranquille. Nous pouvons avoir du mal à comprendre où la personne veut en venir, à lui faire entendre notre point de vue, à lui dire certaines choses par crainte de sa réaction. C’est que le langage est au service de son ego, elle nous dit ce qu’elle pense devoir dire pour arriver à ses fins, obtenir quelque chose (parfois une simple approbation silencieuse) ou se montrer comme étant supérieure.

9 Cf. "Billy Elliot", film de Stephen DALDRY  - 2000.

10 Cf."Violence des échanges en milieu tempéré", film de Jean-Marc MOUTOU - 2004.

Le Langage au Service de l'Ego* (LSE) versus soumission-infériorité consiste à se taire le plus souvent, conforter par principe l'interlocuteur dans ce qu'il dit, voire s'autodévaloriser.

Dans l’apparentement le langage est au service de la relation d’égal à égal. La personne s’exprime authentiquement, parle posément, authentiquement et avec des arguments sans chercher à prendre l'ascendant sur l'autre, ni à le heurter. C'est ce que nous appelons le Rapport Symbolique au Langage* (RSL).

La personne étant dans le RSL vise à se faire bien comprendre, laisse son interlocuteur s’exprimer et peut changer d’avis sans difficulté si ce qu’il dit fait sens pour elle. C’est pourquoi lorsque deux personnes sont dans l’apparentement la relation est détendue. Le langage est néanmoins intrinsèquement source de malentendus parce que les mots peuvent avoir plusieurs significations et parce que nous avons un rapport affectif et personnel avec eux. Si une parole est mal interprétée, le RSL permet de lever le malentendu simplement en continuant à parler. Les non-dits sont rares, motivés par l’empathie pour l’autre ou par le fait de ne pas avoir trouvé les bons mots pour s’exprimer.

L’apparentement est l’antidote de la rivalité. Il nous permet de nous détendre et d’accéder à la joie. Cette émotion est impossible à ressentir au détriment de quelqu’un, donc impossible à ressentir dans le cadre d’une relation de rivalité (dans laquelle il y a toujours un dominé), impossible à ressentir quand notre réussite sociale se fait au détriment d’autres personnes. C’est l’émotion par excellence qui participe de ce qui nous rend heureux et elle est amplifiée lorsqu’elle est partagée. Elle est la plus-value de l’apparentement. 

L’idée de prioriser l’apparentement fait son chemin. De nombreuses personnes se déconditionnent de la rivalité et renoncent à la compétition sociale. Elles ne cherchent plus à grimper dans leur entreprise, ne mettent plus l’argent au premier plan dans leur vie. La généralisation de ce changement permettra de déconstruire la structure pyramidale de nos organisations sociales dans un premier temps, puis de la Société.

Deuxième condition du changement : déconstruire les organisations sociales pyramidales

Nous avons déjà explicité en quoi la structure pyramidale des organisations sociales nous est préjudiciable, rappelons le succinctement. Il y a collusion entre le statut de chef et l'ego du fait des privilèges qui augmentent d'échelon en échelon. Quant aux personnes étant en bas de l'organisation elles sont défavorisées et dévalorisées, ce qui peut légitimement leur donner envie d'améliorer leurs conditions de vie. Elles ne pourront pas toutes accéder à l'échelon supérieur, d'où parfois la rivalité entre elles pour se faire valoir aux yeux de leur supérieur en se soumettant à ses exigences. Cet enjeu est dupliqué à tous les échelons avec des motivations différentes au fur et à mesure de la progression. Il ne s'agit plus d'obtenir de quoi vivre dignement mais d'avoir toujours plus d'argent.

Petite précision concernant le contre exemple des compagnies de sapeurs-pompiers. Elles fonctionnent bien parce qu'en dehors des temps d'intervention pendant lesquels les ordres sont appliqués à la lettre, c'est l'apparentement qui prévaut. Réservons ce mode d'organisation aux situations qui le requièrent absolument et appliquons nous a déconstruire la structure pyramidale dans les autres cas.

Réduire les inégalités

La transformation d’une organisation sociale pyramidale peut se faire par la base. Aborder son fonctionnement d’une manière stratégique permet d’analyser ce qui s’y passe, de développer des évolutions tout en se protégeant.

L’ascension des personnes étant dans la rivalité ayant été facilitée, elles sont actuellement majoritaires aux postes à responsabilité. Elles mènent une politique visant à maintenir le statu quo pyramidal qui leur procure des privilèges, elles favorisent aussi les personnes jouant le jeu de la hiérarchie. Ces dernières en retirent des avantages, c’est du « donnant-donnant ». Quant aux personnes étant dans l’apparentement elles sont en difficulté, car motivées principalement par la bonne exécution de leur mission. Elles s’épuisent à faire remontrer les problèmes de fonctionnement et postulent parfois à des grades décisionnaires pensant pouvoir améliorer la qualité du travail. Elles sont souvent déçues, voire frustrées devant des décisions insensées et/ou injustes provenant des échelons supérieurs. Il ne leur resterait qu’à partir, mais ce n’est pas toujours possible. Le burn-out peut survenir si elles n’arrivent pas à s’accommoder. Elles peuvent le faire en désinvestissant leur travail, ne le faisant qu’a minima, mais en le vivant mal. D’autres personnes changent de posture radicalement, passant de l’apparentement à la rivalité parfois violente. Leurs actes sont alors sanctionnés tandis que la violence structurelle et systémique de l’organisation est ignorée. Nous retrouvons dans les organisations sociales le risque du cercle vicieux que nous avons déjà décrit : violence invisible structurelle et systémique → débordement violent visible (passage à l’acte isolé ou conflit social) → sanction de la violence visible sans prendre en compte la violence invisible → nouveau débordement violent → montée en puissance des sanctions contre les violences visibles, et ainsi de suite.

Face à ces difficultés, le mieux est de commencer à parler avec les personnes identifiées comme étant dans l’apparentement, ce qui permet de libérer la parole en toute sécurité. Chacun peut ensuite repérer ses marges de manœuvre pour promouvoir des actions compatibles avec nos exigences fondamentales. L’idéal est de le faire par des prises de parole collectives pour éviter qu’une personne soit stigmatisée. De nouvelles pratiques peuvent apparaître, parmi celles-ci la prise de décision par consentement chaque fois que c’est possible.

La décision par consentement est une alternative à la recherche d’unanimité qui est difficile à obtenir et au vote qui favorise les alliances et les rapports de force, donc les egos. Les discussions sont encadrées par des animateurs garants du fait que l’ego des participants est mis en sommeil11. Chaque contribuant est donc en capacité de remettre en cause son idée lorsque quelqu’un démontre qu’elle n’est pas compatible avec l’objectif commun. Chacun peut aussi reconnaître la pertinence d’une idée énoncée par une personne perçue auparavant comme rivale. L’intelligence collective est alors à son efficience maximum, les décisions actées font sens pour tous et sont donc mises en œuvre dans un climat paisible.

Des personnes ayant perdu de vue leurs exigences fondamentales peuvent toujours se reconnecter avec elles et agir en conséquence. L’apparentement se propage ainsi de proche en proche. Les différences de salaires exorbitantes entre les personnes étant en haut et celles étant en bas sont alors perçues comme excessives et le mépris pour certaines tâches comme aberrant. Cette évolution des représentations devrait conduire logiquement à un ré-équilibrage des rémunérations. Les postes d’encadrement seraient moins prisés, l’exercice du pouvoir n'étant plus une jouissance, mais une responsabilité. Dans le monde des entreprises il existe des organisations qui vont dans ce sens, par exemple les Sociétés Coopératives de Production (SCOP). Schématiquement tout cela revient à aplatir la pyramide sociale.

11 Un co-animateur reste un peu en retrait pour avoir du recul et aider l'animateur si nécessaire.



La transformation des organisations sociales peut s'opérer aussi par le haut lorsque les personnes étant au sommet s'ancrent dans l'apparentement et s'appliquent à déconstruire la hiérarchie pyramidale. Dans un tel contexte, les personnes ayant adopté une posture de rivalité de circonstance se repositionnent dans l’apparentement. Il restera sans doute des personnes ancrées dans la rivalité, mais devenues minoritaires elles seraient encadrées.

Le modèle permaculturel

Nous pouvons aller plus loin dans l'amélioration de la structure des organisations sociales. Deux Australiens12 ont modélisé une architecture sociale s'inspirant du fonctionnement de la nature. L'idée de base est que le tout a besoin de chacune de ses parties pour fonctionner correctement. L'organisation est en forme de fleur.    

12 Bill MOLLISON et David HOLMGREN.

Il n’y a pas de hiérarchisation entre les différentes fonctions qui sont d'égale valeur, chacune étant dans un pétale. Les capacités managériales et d’éloquence ne valent pas plus que la capacité de faire quelque chose d’utile, de solide, de beau. Il n’y a donc pas de personnes survalorisées non plus, ni en termes de salaire ni en termes de reconnaissance symbolique. Chacun est libre de s’engager à la place qui lui convient en fonction de ses compétences et de ses envies. Cette structure d’organisation est en cohérence avec nos exigences fondamentales de sens, justice, paix et amour. Les décisions sont orientées vers l’objectif commun tout en veillant à la justice sociale. Elles sont stables, tout en étant modifiables en cas d’argumentation pertinente.

La pérennité de cette structure repose sur ce qui est placé au cœur du modèle : l’Éthique et les trois principes de la permaculture, prendre soin de la nature, prendre soin de l’humain, partager les richesses. Chaque membre de l’organisation s’empare de ces principes et agit en conséquence. Les auteurs l’ont signifié par la flèche circulaire qui part du centre et traverse tous les pétales. Il n’y a plus besoin d’investir dans un contrôle permanent des individus, chacun agissant en responsabilité.

La première difficulté pouvant entraver l’acceptation de cette structure d’organisation est la jouissance que procure malheureusement la rivalité. Jouissance de l’affrontement en tant que tel, qui est majorée par la domination. Heureusement la perte de jouissance provoquée par le renoncement à la rivalité est compensée par l’accès à la joie. La deuxième difficulté est la croyance que la structure pyramidale serait naturelle et inévitable. Il n’en est rien, il n’existe pas dans la nature d’organisations pyramidales reconduisant à leur sommet des héritiers. Les dessins animés du type Le Roi Lion entretiennent cette fausse croyance, mais ne sont que des projections humaines sur le règne animal, tout comme les Fables de la Fontaine. Nous pouvons donc dépasser ces difficultés et nous appliquer à déconstruire nos organisations pyramidales, nous en retirerons des bénéfices assez rapidement. 

Premiers effets attendus du changement

L'apparentement, qui est la première condition du changement, fera baisser rapidement notre stress intérieur et changera notre regard sur les autres et sur le monde. De ce fait nos comportements changeront aussi, ce qui impactera le système. Petit rappel à propos de la chaine de cause à effet qui produit le système : les comportements individuels les plus répandus dans la Société sont validés par le discours dominant de la dynamique collective, laquelle produit un système qui ne fait que démultiplier ces comportements de façon autonome au sein de la Société.

Vers un système vertueux

Avec la généralisation de l'apparentement nos comportements les plus répandus seront :

- Se comparer en prenant en compte nos points forts et en acceptant de reconnaître nos points faibles.
- Chercher un terrain d'entente au lieu de s'imposer. Argumenter pour faire comprendre à l'autre notre point de vue et écouter le sien. Changer d'avis s'il a des arguments convaincants au regard de nos exigences fondamentales.
- Résister à ceux qui veulent passer en force en veillant à ne pas envenimer la relation pour autant.
- Évaluer les autres entre eux sans les hiérarchiser. Reconnaître leurs atouts et respecter leurs faiblesses, leur proposer de l'aide s'ils le souhaitent et si nous en sommes capables.

Nous retrouverons ces nouveaux comportements dans notre dynamique collective, le discours dominant sera donc dans leur continuité. Nous avons tous des points forts ainsi que des points faibles et ce n’est pas grave. Les échecs font partie de la vie, de l’apprentissage, ils peuvent nous permettre de progresser. Nous apprenons tout au long de notre vie. La réussite de choses exceptionnelles (en sport, art, artisanat...) est le résultat d’un parcours fait de renoncements, de doutes et d’échecs surmontés. Nous sommes tous porteurs d’un ego qui nous attire vers l'égoïsme, mais nous sommes aussi porteurs de quatre exigences fondamentales qui nous incitent à nous préoccuper des autres, à cultiver la justice sociale et la paix.

Avec un tel discours, notre dynamique collective produira un système qui développera la recherche de sens, de justice, de paix et d'amour et qui s'inscrira dans une nouvelle temporalité. Nous aurons ainsi du temps pour :

- Réfléchir aux conséquences de nos choix (paroles et actions) pour s'assurer qu'ils sont en cohérence avec nos exigences fondamentales.
- Chercher des solutions à nos problèmes en les historisant (ils ne surgissent jamais de nulle part) et en globalisant la réflexion pour ne pas impacter négativement d'autres domaines.
- Faire bien ce que nous entreprenons, ce qui est une source de satisfaction et d'efficacité.
- Prendre soin de soi et des autres, pour se remettre de la perte d'un être cher, accueillir un nouvel être au monde, cultiver l'amour, contempler la beauté de la nature ou de l'art, etc.



Nous sommes à la croisée des chemins, le discours dominant actuel est de plus en plus remis en cause. Les attaques violentes contre lui déclenchent un réflexe de contre-attaque chez les personnes qui le défendent et sont contre-productives, nous l’avons déjà évoqué. Il apparaît aussi des contre-discours non violents, argumentés, et qui font sens pour de nombreux citoyens. À tel point que les personnes qui défendent l’actuel discours dominant se sentent en danger. À court d'arguments pour justifier le maintien des structures et fonctionnements qui génèrent de l’injustice sociale, elles attaquent de façon très virulente ces contre-discours pacifiques. Elles affirment haut et fort qu’ils sont non scientifiques, voire mensongers, disqualifient leurs auteurs en les traitant d’irresponsables, de charlatans, de complotistes.

De véritables débats publics permettraient aux citoyens d'entendre les contre-discours argumentés dont ils sont actuellement privés par les grands médias. La pression citoyenne pourrait pousser les pouvoirs politiques à mandater les chaînes publiques d'information pour les organiser. Pour bien faire il faudrait aussi les rendre accessibles aux citoyens, c'est pourquoi nous conseillons la présence systématique d'un candide qui ferait clarifier et vulgariser le discours des experts.

Laissons-nous aller à imaginer que nous serions capables de vulgariser suffisamment les controverses pour les rendre accessibles aux adolescents et aux enfants. Ils seraient ainsi habitués à réfléchir et débattre sur les thèmes qui détermineront leurs futures conditions de vie. Ils pourraient même nous surprendre par leurs idées ! L'éducation s'en trouverait transformée et nous pourrions tisser avec eux un lien de confiance inter-générationnel.

Nous pouvons être optimistes en constatant que le discours dominant bouge, preuve en est avec les publicités commencent à s'appuyer sur nos exigences fondamentales et sur la nécessité de préserver la planète ! Ce sont bien les citoyens qui infléchissent le discours dominant par leur volonté et leurs actes. Nos exigences fondamentales démultipliées par un système vertueux nous permettraient de poser les bases d'un consensus mondial de justice et de paix.

Vers un consensus mondial

Puisque la Société est actuellement pyramidale, inspirons-nous du modèle des compagnies de sapeurs-pompiers. Nous pourrions placer un "Vivre sans rivalité sur la planète, notre bien commun" à la même place que leur mission (sauver les personnes et les biens). Cette volonté guiderait alors nos comportements et prises de décisions. Nous édicterions et respecterions des règles pour aller dans ce sens et serions capables de les améliorer au fil du temps. Notre nouveau discours dominant aurait une influence positive sur nous, de ce fait les personnes restées ancrées dans leur ego auraient plus de difficultés à assumer de vouloir agir pour leur seul intérêt personnel.

La signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme au sortir de la Deuxième Guerre mondiale était un premier pas vers la recherche d’une paix universelle, mais la Pyramide était déjà là. Les désirs de jouissance de l’argent et du pouvoir ont été plus forts que les désirs de justice et de paix, mais maintenant, face à l’urgence écologique, nous sommes nombreux à reconsidérer la question.

Certains pays se sont déjà engagés sur une nouvelle voie avec leur concept du "Buen vivir"13 (Vivre bien). Il est en cohérence avec nos exigences fondamentales et embrasse le principe d'une relation harmonieuse des humains avec la nature. L'équateur et la Bolivie ont inscrit le Buen vivir dans leur constitution. Rien n'est parfait et ces pays ont des difficultés, mais le consensus autour du Buen vivir devrait les aider à rectifier leurs éventuelles erreurs pour rester sur le chemin qu'ils ont décidé d'emprunter.

Nous les Français, qui avons gravé dans le marbre le triptyque Liberté – Égalité – Fraternité, avons aussi des choses à corriger. Le mot Liberté est trop souvent interprété sur le mode de la rivalité "Je fais ce que je veux", c'est donc souvent la loi du plus fort qui fonctionne. N'est libre que celui qui s'impose. L'idée à cultiver serait plutôt dans la veine du sage proverbe "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres", qui est du côté de la recherche d'un terrain d'entente. Montrons au monde que nous sommes capables d'accepter une limitation à nos désirs personnels lorsque nous en comprenons le sens et que ce sens est juste. Concernant l'Égalité, elle est trop souvent interprétée au sens littéral de "La même chose pour tout le monde", ce qui est en contradiction avec notre exigence de justice. Illustration avec l'invention de la TVA14 qui est la même pour tout le monde y compris pour ceux qui n'ont pas de quoi vivre dignement. Dans certains domaines nous avons été capables de préférer l'Équité à l'Égalité, notamment avec la création des Maisons Départementales des Personnes Handicapées. Elles visent à compenser les handicaps des personnes au regard de leurs difficultés et non pas à donner la même chose à toutes. Quant au troisième terme de notre triptyque national, la Fraternité, la question est de savoir si elle concerne tous les humains ou si elle est réservée à certains sous conditions. Nous avons donc en France à discuter pour prendre des décisions éclairées par l'apparentement et nos exigences fondamentales.

Nous les citoyens des pays dits "riches", sommes-nous capables de reconnaître que nous avons fait fausse route avec notre modèle politico-économique ? Pouvons-nous en tirer toutes les conséquences ? Nous avons une lourde responsabilité car certains pays en voie de développement marchent dans nos pas. C'est notre affaire à tous, pas seulement celle de nos gouvernants.

S'il y a une urgence, c'est que chacun prenne conscience qu'il appartient à la communauté humaine une et indivisible, mise en danger par notre propension à la diviser. Mise en péril aussi par notre mode de développement sur-consommateur, pollueur et son accélération systémique.

Sachant cela, il devient clair que nous devons ralentir le rythme de l'activité humaine à tous les niveaux, individuel (vie personnelle) et collectif (vie économique et politique). En ralentissant nous faisons moins de choses donc nous réduisons de facto notre empreinte écologique, car c'est autant l'accélération que la futilité de nos activités qui nous a conduit au bord de la catastrophe écologique. Ne nous voilons pas la face cela ne suffira pas, c'est une première étape qui crée les conditions nécessaires pour développer un mode de vie viable écologiquement. Vouloir ralentir est une révolution dans nos esprits, c'est à la portée de chacun de nous, cela ne nous coûte rien et nous fait du bien. Le mouvement "Slow" (lent) parti d'Italie dans les années 80 en réaction contre les fast-food s'est diversifié. La slow-life (vie lente) se décline dans tous les domaines pour prendre le temps de se déplacer, travailler, se cultiver, voyager, etc.

En décélérant nous pouvons prendre le temps d'envisager les différentes manières de changer nos comportements. Cela peut être en  effectuant nos déplacements à pied ou à vélo dès que possible plutôt qu'en voiture – en privilégiant les circuits courts pour que l'argent circule en bas – en limitant notre usage du numérique pour diminuer notre impact environnemental – en organisant nos vacances de façon écologique et éthique – en plaçant notre argent dans des organismes socialement responsables – en œuvrant pour qu'une organisation pyramidale devienne moins pyramidale – en soutenant des entreprises sociales et responsables – en votant pour des personnes qui incarnent leurs exigences fondamentales –  etc. La liste est loin d'être exhaustive !

Ne sous-estimons pas le poids de ces actions individuelles. Nous, les citoyens, avons le pouvoir de provoquer des changements. Illustration avec la demande de bio en France. Elle s'est généralisée et a été entendue de ce fait par nos gouvernants, tous les partis politiques ainsi que par les grands groupes de l'agro-alimentaire. Regardons la réalité lucidement, s'ils évoluent dans le sens de notre demande c'est parce qu'il en va de leur survie. Pour autant leur changement va dans le bon sens, à nous d'être encore plus exigeants. Réclamons haut et fort par notre discours et nos actes des pratiques commerciales et de production éthiques et écologiquement responsables, une organisation politique moins pyramidale et des lois qui régulent réellement la vie économique afin qu'il n'y ait plus d'intérêts privés au dessus des pouvoirs politiques. L'objectif est que chacun puisse vivre dignement de son activité professionnelle quelle qu'elle soit. C'est ainsi qu'un jour nous pourrons tous accéder à ce que nous appelons le Bien-être universel* : L'intégrité physique – La sécurité affective – Pouvoir éduquer ses enfants – Un sens à la vie. 

13 Buen vivir : concept à visée universaliste créé par Alberto ACOSTA en 2014.

14 TVA : créée par la France en 1954 elle a été adoptée par de nombreux pays.

Ce bien-être n'est pas gourmand en ressources naturelles, il met au premier plan la qualité de nos relations et la question du sens de la vie. Il n'impose rien de contraignant si ce n'est le respect de l'autre, des autres. Dans ce cadre, chacun reste libre de donner à sa vie le sens qu'il veut lui conférer.

Donnons-nous toutes les chances d'avancer vers la construction d'un consensus mondial de justice et de paix. Même si nous ne pouvons pas être sûrs d'y arriver, nous pourrons au moins nous regarder en face et nous dire que nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. Nous pourrons aussi le dire à nos enfants et petits enfants les yeux dans les yeux.

Effets attendus pour les générations à venir

Les effets de nos changements sur la Pyramide bénéficieront, si nous réussissons, aux générations à venir, mais c'est à la notre que revient la tâche la plus difficile, celle qui nécessite une remise en cause de nos habitudes.

Changer notre rapport à l'argent est nécessaire. La Pyramide a induit l'idée que réussir sa vie équivaut à s'enrichir, c'est pourquoi toutes sortes de moyens d'y arriver se sont développés à coté de l'économie réelle qui répond à des besoins : une activité commerciale autour de futile, une économie de l'actionnariat pour toucher des dividendes, une économie de la finance faisant de l'argent avec l'argent et une économie de l'ombre prospérant sur des commerces illicites. D'innombrables jeunes ont été incités à faire un "Bac + 5" voire une thèse avec la promesse d'une rémunération avantageuse, mais ils sont nombreux à n'avoir pas trouvé de place à l'échelon des salaires annoncés. Nous trouvons normal que des personnes talentueuses (en art, sport, etc.) aient des revenus effarants. Des concours avec d'énormes gains d'argent à la clef apparaissent dans tous les domaines : culture générale, beauté, cuisine, danse, capacité d'adaptation en milieu hostile, etc. Quant aux personnes n'ayant pas de compétences monnayables, il leur reste les paris ou les jeux de hasard qui entretiennent l'illusion que chacun a sa chance. Nous devons nous déconditionner de ce rapport à l'argent censé nous donner de la valeur et éventuellement nous faire jouir de la sur-consommation. Ne nous laissons plus influencer par des stratégies commerciales qui déclenchent des désirs multiples et incessants en nous, recentrons-nous sur nos désirs propres et sur nos véritables besoins. Nous pouvons être heureux avec moins d'argent et moins de consommation matérielle. Les personnes ayant voyagé ont souvent témoigné de la joie des populations qu'elles avaient rencontrées et de leur capacité d'accueil malgré leurs maigres moyens. Sans doute sont-elles plus orientées vers leurs exigences fondamentales que vers leur ego. Nous pouvons changer notre rapport à l'argent pour ne plus en être esclave et construire une Société qui n'assimile plus la valeur des humains à leur richesse financière et/ou matérielle.

Changer notre rapport au progrès est nécessaire. Nous devons le resituer dans une approche globale pour privilégier les avancées scientifiques et techniques qui permettront aux humains d'accéder à la paix et au bien-être universel. Nous sommes enfin capables d’entendre et de relayer le discours de certains philosophes, notamment Paul VALÉRY qui disait dès 1931 « Le temps du monde fini commence ».

Des documentaires, des conférences, des livres, de plus en plus nombreux, nous invitent à réfléchir au sens de nos actes et à leur impact sur nous-mêmes et sur la nature. Un nouveau mode de vie apparaît, affranchi de la hiérarchisation et de la compétition sociale, libéré aussi de l’influence de la mode et de la publicité. En consommant moins, nous pouvons payer le prix réel du travail et permettre aux acteurs économiques de vivre de leur activité, nous désamorçons ainsi le processus d’aspiration de l’argent vers le haut. Nous faisons prendre à notre trajectoire collective un virage à 90 degrés pour éviter d’aller vers le Chapeau de Merlin. Continuer dans cette nouvelle voie fera évoluer progressivement la Pyramide vers une structure plus enviable.

Une Société trapézoïdale (le Trapèze*)

L’argent circulant entre tous alimenterait une économie répondant à nos réels besoins et désirs. Nous aurions aussi les moyens de réparer (autant que possible) les désordres écologiques que nous avons créés. Nous veillerions dans le même temps à ce que le coût environnemental de notre activité soit le plus faible possible. Schématiquement, les effets attendus de ces changements sur la Pyramide reviendraient à en écarter les bords, ce qui l’aplatirait et élargirait sa base. En extrapolant, nous arriverions à une structure de Société trapézoïdale.

Dans une société en Trapèze, les écarts de revenus seraient structurellement contenus dans des proportions raisonnables et la compétition sociale s'estomperait. En veillant à ce que les pouvoirs politiques ne soient pas supplantés par des intérêts privés, nous stabiliserions cette nouvelle structure. L'injustice et la violence diminueraient et nous pourrions continuer à avancer plus tranquillement sur le chemin menant à une organisation Sociétale permaculturelle. Le Trapèze n'étant désirable qu'en tant qu'étape.

Pour notre génération, s’engager sur ce chemin nécessite du courage pour résister à la pression sociale du discours dominant actuel. Nos proches peuvent ne pas comprendre nos changements, nous les reprocher même parfois. Nous avons aussi besoin de persévérance pour maintenir le cap de notre changement malgré les incertitudes concernant l’avenir. Heureusement nous savons ce que nous avons à y gagner immédiatement en terme de bien-être personnel, du fait d’agir en cohérence avec nos exigences fondamentales.

La pandémie peut nous aider à penser notre avenir en tant qu'humanité unie. Nous avons été contraints à ralentir brusquement et drastiquement notre activité début 2020. L'aviation, emblème de notre mode de vie pressé, était restée clouée au sol. Bien sûr la Covid-19 a provoqué et provoque encore des drames, mais il ne faudrait pas que cela nous empêche de réfléchir posément à la situation. Les grands médias ne nous y aident pas, ils surfent sur les guerres d'egos et réduisent les  débats à une question primaire et récurrente "êtes-vous pour ou contre (telle ou telle chose) ?". Nous pourrions prendre un peu de hauteur et interroger le discours du gouvernement français justifiant toutes ses mesures liberticides (confinement, obligation du port du masque partout, limitation des déplacements et des rencontres, obligation de se faire vacciner, etc.), assénant qu'il n'y a pas d'alternatives, oubliant de nous inciter à renforcer notre système immunitaire, interdisant même que les malades soient soignés avec des médicaments que nous avions à notre disposition. Nous pourrions aussi questionner notre discours dominant et son volte face. Lors du premier confinement il était admis que nous tirerions les leçons de cette pandémie et que rien ne serait comme avant. Début 2021, après un deuxième confinement plus éprouvant que le premier, un couvre-feu à 18h et finalement un troisième confinement, le discours à changé. La vie d'avant est attendue avec impatience et les vaccins sont devenus le passeport nécessaire pour la retrouver, malgré que nous n'ayons aucun recul sur leurs effets à moyen et long terme. Il est légitime de s'interroger, de vouloir élucider certaines questions pour tenter d'éviter une prochaine pandémie où pour pouvoir y faire face différemment. Si le virus a été transmis par l'animal, est-ce du à des élevages trop intensifs qui favorisent l'apparition de maladies ? S'il est dû à une fuite de laboratoire, s'agit-il d'une négligence, d'une fuite organisée ? La propagation du virus se faisant par les transports internationaux de personnes et de marchandises, ne devrions-nous pas envisager un changement de paradigme pour les faire diminuer progressivement et avoir le temps de respecter des mesures barrières ? Pourrions-nous accepter de financer des lits vides dans les hôpitaux en tant que principe de précaution pour pouvoir faire face à un afflux imprévisible de malades ? Pourrions-nous interroger nos conditions de vie, pollution, mauvaise alimentation, stress qui sollicitent tellement notre système immunitaire qu'il n'est plus en capacité de lutter contre un virus ? En d'autres termes, pourrions-nous voir dans la Covid-19 une occasion de repenser toutes nos activités pour les ralentir progressivement, préserver notre santé physique et mentale, vivre sans rivalité tout en préservant notre planète ?

Des signes nous montrent que le monde bouge. L'apparentement prend sa place, non seulement parce qu'il correspond à nos exigences fondamentales mais aussi parce qu'il est efficace. Des chefs de petites et moyennes entreprises le savent depuis longtemps et le mettent en œuvre. Ils veillent à ce que leurs employés soient bien traités et trouvent du sens à leur travail. Ainsi ils les fidélisent et obtiennent une meilleure qualité d'exécution. Depuis quelques années nous assistons à un revirement dans le management au sein de très grandes entreprises. Elles se préoccupent du bien-être de leurs employés au travail (salles de repos, de sport, ...) et favorisent la qualité des relations entre eux. Si elles le font, c'est qu'elles ont perçu la plus-value financière qu'elles peuvent en retirer. Le "brainstorming" (qui favorise la résolution de problème) est efficace uniquement si chacun se sent libre de parler sans peur du jugement des autres. Leur bienveillance n'est donc pas gratuite mais prenons les choses du bon côté, si elles abandonnent le management par la rivalité c'est bien la preuve qu'il est contre-productif. Nous avons donc des raisons d'espérer qu'avec la généralisation de l'apparentement nous arriverons à construire un monde juste et apaisé... en espérant que le sursaut de conscience et d'action soit suffisamment partagé et rapide pour éviter d'avoir à affronter de trop gros désordres écologiques.

Il y a bel et bien une dynamique internationale en marche pour tenter d’éviter le pire, un courant altruiste et bienveillant* qui se développe partout. Il est encourageant de constater la diversité des voies confluant vers lui. Certaines personnes rejoignent ce mouvement à partir d'un questionnement politique, d'une expérience de vie ayant provoqué une prise de conscience, d'une approche spirituelle voire religieuse, et d'autres (comme nous les auteurs) par leurs simples exigences de sens, justice, paix et amour. Espérons qu’un jour les enfants pourront étudier et s’investir dans ce qui leur plait véritablement sans avoir peur pour leur avenir. Qu’ils bénéficieront des bienfaits d’une Société ayant une structure bénéfique pour tous.

Une Société permaculturelle (la Fleur*)

Le modèle permaculturel n'est pas réservé aux petites organisations sociales, il peut se décliner à toutes les échelles y compris à celle de la Société.

Avec cette structure de Société, la Fleur, toutes les activités humaines sont d'égale importance. Il n'y a pas de compétition sociale, chacun pouvant choisir l'activité qui fait sens pour sa vie. Les différences entre les humains ne sont pas prétexte à hiérarchisation, elles sont prises en compte, discutées, suscitent éventuellement de la curiosité. Les auteurs de ce schéma considèrent que c'est nous tous qui construisons la Société, que nous pouvons tous agir dans le respect des trois principes de la permaculture15, quelle que soit notre place : agriculteur, enseignant, entrepreneur, avocat, policier, artiste, homme politique, etc. C'est possible parce que ces trois principes sont en cohérence avec nos quatre exigences fondamentales (sens – justice – paix – amour). Les auteurs parlent de « révolution douce », cette expression peut surprendre mais à la réflexion elle est pleine de sens. Il s'agit bien d'une révolution menant à un changement radical de paradigme ; pour autant cette transformation peut s'opérer sans passer en force contre quiconque.

Nous sommes loin, très loin de la Fleur, tellement loin que cela peut paraître utopique. Mais l'utopie a une utilité, elle peut nous aider à tendre vers ce qui fait sens pour nous, elle nous montre le chemin.

15 Prendre soin de la nature, prendre soin de l'humain, partager les richesses.

Conclusion

En dépit du fait que les humains se soient piégés eux-mêmes et à leur insu dans la rivalité et dans la Pyramide, ils ont toujours cherché un modèle de Société le plus juste possible. Depuis Platon et son essai La République, ils ont testé (entre autres), les empires, la féodalité, les monarchies absolues ou parlementaires, le libéralisme au service du capitalisme, le communisme, les régimes autoritaires voire dictatoriaux, associés parfois au capitalisme, sans parvenir à un régime satisfaisant. Pourrions-nous tenter le libéralisme raisonné et responsable s’appuyant sur des citoyens raisonnés et responsables ?

L’humanité est dans une situation critique, mais nos quatre exigences fondamentales de sens, justice, paix et amour sont une clé pour se donner une chance de corriger notre trajectoire et déconstruire la Pyramide. Construire une Société trapézoïdale (le Trapèze) est une étape pouvant mener à une structure de Société permaculturelle (la Fleur), au même titre que ralentir notre activité pourrait nous permettre d'inventer un mode vie viable écologiquement. Le succès n’est pas garanti, mais l’échec l’est si nous n’ambitionnons pas ce changement. Le désirer est donc le premier pas, le second est de le faire savoir, le troisième est de s’engager en conséquence.



Sommaire
Avant-propos
La Société actuelle
      La généralisation des organisations sociales pyramidales
      La généralisation de la posture de rivalité
      Un système délétère
      Le progrès scientifique et technique au service de la compétition sociale
Que risquons-nous à continuer sur la même voie ?
      Une société en Chapeau de Merlin
Première condition pour un changement : l'apparentement
      L'humain porteur d'un contradiction constitutive
      Privilégier l'apparentement
Deuxième condition pour un changement : déconstruire les organisations sociales pyramidales
      Réduire les inégalités
      Le modèle permaculturel
Premiers effets attendus du changement
      Vers un système vertueux
      Vers un consensus mondial
Effets attendus pour les générations à venir
      Une Société trapézoïdale (le Trapèze)
      Une Société permaculturelle (la Fleur)
Conclusion

 

 

 

LEXIQUE


Apparentement : Se centrer sur ce qui est commun, ce qui rassemble.

Bien-être universel : Intégrité physique ; Sécurité affective ; Pouvoir éduquer ses enfants ; Un sens à la vie.

Cercle vicieux d'escalade de la violence : injustice sociale  → violence réactive  → répression de la violence réactive en ignorant la violence invisible en amont (l'injustice sociale)  → augmentation du sentiment d'injustice  → nouvelle réaction violente  → répression de plus en plus sévère  → et ainsi de suite.  Ce cercle vicieux est présent à l'échelle des relations individuelles, des organisations sociales et de la Société*.

Chapeau de Merlin : schéma d'organisation de Société* dans laquelle la population est appauvrie au profit des plus riches, lesquels sont protégés de la colère populaire par les classes intermédiaires (classes politiques et classes moyennes). Cette organisation risque d'advenir si nous (les humains) continuons à agir guidés par l'ego.

Contre-discours : discours argumenté interrogeant voire contredisant le discours dominant* d'un groupe.

Courant altruiste et bienveillant :  mouvement planétaire regroupant une multitude de citoyens et d'organisations agissant pour plus de justice sociale et de paix tout en prenant en compte le défi écologique.

Discours dominant : discours justifiant les comportements les plus répandus parmi les membres d'un groupe. Lorsque ce sont des comportements de rivalité* le discours dominant s'impose, il ignore ou attaque les contre-discours*. Lorsque les comportements d'apparentement* prédominent le discours dominant est à l'écoute des contre-discours. Un débat s'instaure pour trouver un terrain d'entente au regard de nos exigences fondamentales* de sens, justice, paix et amour.

Ego : une des deux parties constitutives de l'humain (la deuxième étant l'Être*). L'ego est renforcé par l'expérience du bébé se reconnaissant dans un miroir. Si les adultes accordent plus d’importance à son image qu'à son Être, l’enfant fait pareil. Il se retrouve alors à la merci du jugement des autres, sa valeur en tant que personne dépendant de leurs jugements. Il aura tendance à entrer en relation avec les autres dans la posture de rivalité*.

Être : une des deux parties constitutive de l'humain (l'autre étant l'ego*). Il est constitué de notre corps, ses ressentis, nos émotions,  nos quatre exigences fondamentales* (sens, justice, paix et amour), nos pensées rationnelles et irrationnelles, nos croyances, nos valeurs. Lorsque les adultes accordent toute leur attention à l'Être d'un enfant celui-ci fait pareil. Il s'empare en grandissant de toutes les composantes de sont Être, cultive son monde intérieur et entre en relation avec les autres dans la posture d'apparentement*.

Exigences fondamentales : elles sont une composante de l'Être*, présentes en nous d'emblée et sont au nombre de quatre : sens, justice, paix et amour. Ce dernier mot est à entendre au sens large de l'amour d'autrui qui fonde l'empathie. Lorsque nos exigences fondamentales guident nos actes nous nous sentons bien.

Fleur : schéma d'organisation de Société* emprunté à Bill MOLLISON et David HOLMGREN (promoteurs de la permaculture). Le principe de base est l’interdépendance de tous les secteurs de la Société et leur égale valeur symbolique. Cette organisation permettrait à chacun de vivre dignement de son activité, quelle qu’elle soit. Elle pourrait advenir par l'action des citoyens agissant selon les trois principes fondamentaux de la permaculture : prendre soin de la nature, prendre soin de l'humain, partager les richesses. C'est envisageable car ces principes sont en cohérence avec nos quatre exigences fondamentales*.

Langage au Service de l'Ego (LSE) : le langage est instrumentalisé dans le cadre d'une relation vécue (souvent inconsciemment) comme une alternative à deux places : dominant ou dominé. La personne dit ce qu'elle pense devoir dire pour assurer sa place de dominant (ou supérieur) ou alors elle se tait, acquiesce par principe à ce que dit son interlocuteur, voire s’autodévalorise. Le LSE est intrinsèquement lié à la posture de rivalité*.

Mode relationnel d'apparentement : lorsque deux interlocuteurs sont dans la posture relationnelle d’apparentement* la parole circule librement car par principe la parole de chacun compte. Les désaccords sont exposés et discutés posément dans le but de trouver un terrain d’entente. C’est un mode relationnel détendu.

Mode relationnel de rivalité :lorsque deux interlocuteurs sont dans la posture relationnelle de rivalité*, ils sont en rivalité pour prendre l’ascendant sur l’autre à moins que l’un y renonce. Le mode relationnel de rivalité peut potentiellement devenir très violent du fait de la jouissance que procure l’affrontement ; jouissance majorée par la domination.

Plus-value-de-savoir : concept emprunté à Jacques LACAN que nous nous sommes approprié. Nous disons qu'avoir la plus-value-de-savoir est le fait d'avoir raison ou d'apporter une information ou un point de vue intéressant. Chacun peut donc potentiellement la détenir. Dans le mode relationnel d'apparentement* la plus-value-de-savoir circule par principe entre les interlocuteurs alors que dans le mode relationnel de rivalité* elle est accaparée par celui qui veut occuper la place de dominant.

Posture relationnelle : façon dont une personne se conduit au cours d’une relation. Elle est soit dans une disposition d'apparentement* soit dans une disposition de rivalité*. Il est impossible d'être dans les deux en même temps, mais il est possible de passer de l'une à l'autre.

Posture relationnelle d'apparentement : disposition à s’accorder avec les autres d’égal à égal, avec empathie et bienveillance au-delà des différences, quelles qu’elles soient : âge, sexe, niveau d’études, origine, religion, orientation sexuelle, etc.  La conduite est guidée par les quatre exigences fondamentales* ; le Rapport Symbolique au Langage* est opérant. L’apparentement se distingue de la bienveillance, cette dernière pouvant être condescendante.

Posture relationnelle de rivalité : disposition à se mettre en concurrence avec les autres pour occuper la place de dominant dans la relation. Tendance à se comparer, à se sentir supérieur ou inférieur du fait de cette comparaison. Le sentiment de supériorité justifie une prise d’ascendant sur l’autre ; le sentiment d’infériorité justifie une soumission. La conduite est guidée par l’ego* ; le Langage au Service de l’Ego* est opérant. Cette posture relationnelle est souvent inconsciente, transmise par l'éducation et le discours dominant*.

Pyramide : schéma d'organisation de la Société* actuelle. Les places et les personnes sont hiérarchisées, l'argent est aspiré vers les plus riches et des grands groupes d'intérêts privés ont supplanté les pouvoirs politiques nationaux. Cette structure nous est préjudiciable car elle rend toute recherche de justice sociale vaine et provoque de la violence.

Rapport Symbolique au Langage (RSL) : les mots sont utilisés pour penser et pour ordonner ce qui se passe en nous, autour de nous et pour en dire quelque chose à l'autre sans chercher à le dominer ni le heurter. Dans le RSL, le sens sert de point d'appui et la parole engage. Le RSL est intrinsèquement lié à la posture d'apparentement*

Rivalité : Se mettre en concurrence pour obtenir quelque chose.

Société : écrit avec une majuscule ce mot désigne la communauté humaine dans son ensemble. Les humains, ayant développé les transports et les communications à l’échelle planétaire, font Société de fait.

Système : tout groupe, quelle que soit sa taille, produit un système qui démultiplie les comportements les plus répandus des membres du groupe, pour le meilleur ou pour le pire selon la nature de ces comportements : d'apparentement* ou de rivalité*.

Trapèze : schéma d'organisation de Société* qui pourrait advenir si les humains renonçaient à la rivalité*. Dans une Société en Trapèze les différences de revenus seraient contenues dans des proportions raisonnables, l'argent circulerait entre tous et les pouvoirs politiques nationaux ne seraient pas (plus) supplantés par des intérêts privés. Il y aurait donc moins d'injustices, moins de compétition sociale et moins de violence. Le Trapèze pourrait être une première étape de transformation de la Pyramide* , ouvrant la voie vers la structure d'organisation permaculturelle ,la Fleur*.


 RÉFÉRENCES 

PETITGENDRE Jean-François et CHINAL Marc

Description du monde de demain. Un monde sans monnaie ni troc ni échange : une civilisation de l'accès. Éditions RJTP - 2021

AZAM Geneviève Le temps du monde fini. Éditions LLL – 2010
BILLÉ Michel La société malade d’Alzheimer. Érès – 2014
COCHET Alain et HERLEDAN Gilles Jouissez ! C'est capital. Éditions du sextant – 2008
COSTE Nathanael et DE LA MENARDIÈRE Marc En quête de sens. Documentaire – 2015
DALDRY Stephen Billy Elliot. Film - 2000
DEJOURS Christophe Souffrance en France. La banalisation de l'injustice sociale. Seuil – 2014
DEMOULLE Jean-Paul Les dix millénaires oubliés qui ont fait l'histoire. Quand on inventa l'agriculture, la guerre et les chefs. Fayard – 2019
DION Cyril et LAURENT Mélanie Demain. Documentaire – 2015
DOCKÉS Emmanuel Voyage en misarchie. Essai pour tout reconstruire. Éditions du détour – 2017
LACAN Jacques Séminaires I à XI. Éditions Seuil. Nous nous sommes appropriés certaines notions lacaniennes, notamment celles de « stade du miroir » et de « plus-value-de-savoir ».
MEIGNANT Michel L'Odyssée de l'empathie. Documentaire – 2015
MOUTOUT Jean-Marc Violence des échanges en milieu tempéré. Film – 2004
POULAIN Henri, GOETZ Julien et LAPOIS Sylvain Démocratie(s). Documentaire – 2018
QUERALT Laurent et PERON Julien C'est quoi le bonheur pour vous ? Documentaire – 2017
RABHI Pierre Vers la sobriété heureuse. Actes sud – 2010
ROBIN Marie-Monique Le monde selon Monsanto. Arté éditions – 2008
SERSIRON Nicolas Dette et extractivisme. La résistible ascension d'un duo destructeur. Éditions utopia – 2014
SERVIGNE Pablo et CHAPELLE Gauthier L'entraide. L'autre loi de la jungle. Édition LLL – 2017
SILHOL Nicolas Corporate. Film - 2016
STERN André Semeurs d'enthousiasme. Manifeste pour une écologie de l'enfance. Éditions l'instant présent – 2014
TOUSSAINT Eric Bancocratie. Éditions aden – 2014
WEISMAN Alan Homos disparitus. Flammarion – 2007
ZIEGLER Jean L'empire de la honte. Livre de poche – 2007