L'évolution de la Société

Le mot Société écrit avec une majuscule signifie que nous (les auteurs) raisonnons à l'échelle du monde, ce qui s'impose du fait que nous (les humains) avons développé les transports et les communications au niveau mondial. Force est de constater que nous avons créé un monde qui ne répond pas à nos aspirations profondes. Un monde pyramidal dans lequel une infime partie de la population détient plus de la moitié de la richesse mondiale1, un monde dans lequel l'argent appelle l'argent et dans lequel des personnes richissimes supplantent les pouvoirs politiques nationaux.

1 "50,1% de la richesse mondiale aux mains de 1% de la population" - L'express.fr (17/11//2017)

Nous l'appelons Pyramide (avec une majuscule aussi). La recherche de rentabilité financière y est généralisée à tous les échelons, chez les actionnaires autant que chez la majorité des consommateurs. La vie économique prospère sur ce principe depuis longtemps. Certaines entreprises délocalisent pour réduire leurs coûts de production afin d’augmenter toujours plus leurs marges. La consommation au moins cher est la norme, que ce soit pour l’achat d’objets, de services ou de loisirs. Les grandes multinationales répondent à cette demande des consommateurs, s’enrichissant encore plus grâce à l’augmentation du volume de leurs ventes, tout en suscitant de nouveaux désirs de consommation. La généralisation de ces pratiques provoque un processus d’aspiration de l’argent vers le haut de la Pyramide, permettant à de grands groupes multinationaux de prendre le pas sur les pouvoirs politiques. Ils ont la possibilité d’attaquer les États en justice si ces derniers prennent des décisions qui porteraient préjudice à leurs intérêts.

Dans la Pyramide, le progrès scientifique et technique est mis au service de la vie autant que de sa destruction. A tel point que nous inventons et fabriquons des armes de plus en plus sophistiquées et efficaces. Le monde se ré-arme alors qu'il avait entrepris de se désarmer après la guerre froide. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Retraçons très rapidement l'histoire de l’humanité pour comprendre2. Quand les humains ont commencé à se sédentariser, il a fallu organiser les concentrations humaines. Des hommes ont assuré cette fonction3 et ont pris goût au fait que l’exercice du pouvoir leur permettait d’obtenir des privilèges qui nourrissaient leur ego. Ils ont assuré l’administration de ces premières cités avec le consentement des populations. Il est rassurant pour nous les humains de nous en remettre à quelqu’un qui veille à notre sécurité, car cela résonne avec notre expérience de petit enfant pris en charge par un adulte. Que cet adulte dysfonctionne par ailleurs n’y change pas grand-chose pour l’enfant, qui ne le voit pas. Il ne peut s’en rendre compte qu’en grandissant, sauf s'il met en place un mécanisme de défense visant à préserver ce lien de confiance confortable malgré tout.

Revenons aux premières cités du néolithique, les populations acceptaient donc de se mettre sous l’autorité de personnes ayant pris le pouvoir. Elles pouvaient travailler dur pour elles, jusqu’à déplacer d’énormes pierres, menhirs, dolmens, etc. Ce sont les traces les plus visibles de cette époque, mais d’autres, plus discrètes, montrent que ces concentrations de pouvoir extrêmement importantes étaient régulièrement démantelées. L’hypothèse a été faite que lorsque l’injustice intrinsèque de ces organisations devenait insupportable, la population partait en migration. Elle créait une autre cité plus loin. L’histoire n’a fait que répéter ce type de scénario à des échelles de plus en plus grandes au fur et à mesure que les moyens techniques permettaient de contrôler des territoires de plus en plus vastes et des populations de plus en plus importantes.

2 "Les dix millénaires oubliés qui ont fait l'histoire" de Jean-Paul DEMOULE  – Éditions Fayard 2019. 

3 Au détriment des femmes mais c'est un autre sujet.



Les religions monothéistes ont été un facteur de stabilisation de ces organisations politiques pyramidales, en les légitimant tout en en retirant des avantages. Quant à la monnaie, elle est vite devenue un outil au service de la domination des individus entre eux et au service du pouvoir politique pour faciliter le prélèvement des impôts.

Ce type d’administration paternaliste a perduré non seulement parce qu’il réactive notre besoin archaïque d’être pris en charge, mais aussi parce qu’il s’appuie sur des personnes qui en tirent des bénéfices personnels à tous les échelons. D’autres ne font que s’en accommoder, persuadées qu’il n’y a pas d’alternatives. Il y a toujours eu aussi des personnes pour s’opposer, parfois violemment, aux pouvoirs en place. Ces organisations pyramidales sont inévitablement le théâtre permanent d’affrontements. Des guerres d’ego pour accéder à la jouissance des privilèges du pouvoir, ou des révolutions pour remplacer le pouvoir par un autre censé être plus juste. Malheureusement, l’histoire a montré que si les révolutions peuvent aboutir au remplacement des personnes au pouvoir, elles remettent rarement en cause l’organisation politique pyramidale. Les nouveaux dirigeants prennent goût aux privilèges procurés par leur nouveau statut et finissent par perdre de vue leurs objectifs initiaux de justice. Ils s’appuient alors sur la force et sur des idéologies pour assoir leur place, brimer certaines catégories de population et réduire au silence toute contestation.

Actuellement, la Pyramide est divisée en nations qui s’affrontent, militairement ou économiquement, tout en étant agitées intérieurement par de nombreux conflits. Elles sont elles-mêmes composées d'organisations sociales majoritairement pyramidales elles aussi. Que ce soit une famille patriarcale ou un organisme international, en passant par les écoles, les entreprises, les associations, etc.

Cette structure s'est imposée, avec un fonctionnement qui nous est préjudiciable. Les personnes étant en haut sont survalorisées et elles ont des privilèges, tandis que celles qui sont en bas sont dévalorisées et défavorisées. Il existe pourtant des organisations hiérarchisées et pyramidales qui fonctionnent autrement. C’est le cas des corporations destinées à des missions spécifiques comme une compagnie de sapeurs-pompiers. La hiérarchie est acceptée car indispensable pour assurer la mission (sauver les personnes et les biens), et la compagnie fonctionne bien parce qu’il y a un lien de confiance entre tous. Pendant le temps de l’action, les ordres (venant du haut de la pyramide) sont exécutés au mieux et sans discussion. Ensuite lors du débriefing systématique, la base exprime ses difficultés et ses éventuelles propositions pour y remédier. La mission des sapeurs-pompiers faisant consensus, elle guide les décisions et les actions de chacun pour une meilleure efficacité tout en évitant les risques inutiles. Malheureusement, ce n’est pas cette sorte d’organisation que nous avons développée.

Nous avons créé un environnement social qui favorise la rivalité, il faut se battre pour faire sa place ou la garder. La structure pyramidale (des organisations sociales et de la Société) est rarement remise en cause, car souvent perçue comme naturelle et inévitable. Il n’en est rien, il n’existe pas dans la nature d’organisations pyramidales reconduisant à leur sommet des héritiers. Les dessins animés du type Le Roi Lion entretiennent cette fausse croyance, mais ne sont que des projections humaines sur le règne animal.

Les entraves aux alternatives à la structure pyramidale

Nous les avons déjà évoquées. La première, s'en remettre à un chef, répond à notre besoin archaïque d'être pris en charge. C'est confortable de n'avoir pas à réfléchir ni à assumer des décisions, mais c'est au détriment de notre liberté de penser et d'agir par nous-mêmes. La deuxième, il est difficile de croire qu'une alternative soit possible parce que nous sommes habitués à la structure pyramidale. Nous sommes imprégnés d'un discours dominant donnant à penser qu'il ne peut pas en être autrement. Les contes royaux racontés aux enfants gravent dans leurs esprits cette structure pyramidale et son fonctionnement paternaliste.

La Boétie avait déjà cette vision lucide au 16è siècle, expliquant que tout pouvoir, même quand il s’impose d’abord par la force des armes, ne peut dominer et exploiter durablement une société sans la collaboration, active ou résignée, d’une partie notable de ses membres. Il indique aussi, dans son Discours de la servitude volontaire, que le pouvoir instrumentalise la religion pour assoir son autorité.

Précisons en quoi consiste la collaboration active des membres d'une organisation pyramidale. Le fait de s'approcher d'un chef nourrit l'ego, d'autant plus quand c'est assorti d'avantages matériels et/ou pécuniaires. Ce principe s'applique avec tous les chefs, petits et grands. À l'échelle de la Pyramide, c'est la fréquentation d'une personne riche qui flatte l'ego, à tous les niveaux là encore. Que ce soit en côtoyant une personnalité très riche ou le notable d'un petit village. Les personnes qui agissent d'une telle façon cherchent à plaire au chef ou à celui qui possède plus. Elles craignent la remise en cause de cette organisation sociale dont elles tirent des bénéfices, fussent-ils maigres.

Les personnes qui ne font que se résigner à subir le fonctionnement des organisations pyramidales se mettent souvent en retrait socialement. Elles concentrent leurs efforts à améliorer la vie de leurs familles et de leurs proches, refusant de participer aux jeux de cour. Quand elles acceptent de prendre des responsabilités, elles sont souvent déçues, voire frustrées devant des décisions insensées et/ou injustes venant des échelons supérieurs. En renonçant à grimper dans la hiérarchie elles évitent de se mettre dans des situations qui créeraient en elles des conflits de valeurs.

Il y a toujours eu des personnes s'opposant au pouvoir souvent abusif des chefs et critiquant la répartition injuste des richesses. Si elles le font violemment elles font peur aux autres, ce qui permet aux tenants du pouvoir de justifier leur répression. C'est l'entrée dans ce que nous appelons le cercle vicieux de la violence.

Une révolte violente contre une injustice sociale est réprimée par une violence dite légitime, en ignorant l'injustice sociale qui a provoqué le soulèvement. La répression aveugle ne fait que rajouter de l'injustice à l'injustice initiale, provoquant de nouvelles réactions violentes et ainsi de suite. Ce cercle vicieux est présent potentiellement à tous les niveaux.

Dans l'éducation, quand un adulte n'écoute pas l'enfant, attendant principalement de lui qu'il lui obéisse (Cf article Se distancier de l'ego). L'enfant, impuissant à se faire entendre, peut être débordé par un sentiment d'injustice et devenir violent. Il est alors puni pour cette violence en ignorant la violence invisible en amont (ne pas être écouté), son sentiment d'injustice grandit, une nouvelle violence arrive, réprimée plus fortement, etc.

Dans une organisation sociale, par exemple une entreprise faisant de gros bénéfices tout en déclenchant un plan de licenciements pour les maximiser. L'injustice sociale peut donner lieu à des passages à l'acte violents qui sont condamnés dans les médias et éventuellement par les tribunaux, en ignorant la violence sociale en amont (la répartition injuste des richesses). La rancœur ne peut que grandir et donner lieu à de nouveaux débordements, qui sont réprimés encore plus sévèrement du fait de la récidive, etc.

Dans un pays, quand une partie de la population a du mal à vivre tandis qu'une autre vit dans un excès de richesse, cela peut déclencher des révoltes. Une foule en colère est particulièrement susceptible de provoquer des débordements violents, qui sont sanctionnés médiatiquement et juridiquement en ignorant l'injustice sociale en amont. Le climat social ne peut que se détériorer et provoquer d'autres passages à l'acte violents, réprimés de plus en plus durement, etc. Mentionnons au passage que les manifestations sont parfois noyautées par des personnes extrémistes qui jouissent de la violence, ou par des personnes à la solde du pouvoir pour disqualifier la protestation.

Nous comprenons l'envie de révolte, en tant qu'elle est réactive à de l'injustice. Nous savons que par le passé des avancées sociales ont été acquises par des révoltes, mais nous pensons qu'à notre époque ce n'est plus possible. Le progrès scientifique et technique permet aux tenants du pouvoir de contrôler efficacement les individus, leurs déplacements, leurs communications, etc. D'autre part, qui dit révolte dit leaders, facilement identifiables. Ils peuvent être mis hors d'état d'agir par toutes sortes de moyens, de la récupération à l'extermination pure et simple en passant par la disqualification médiatique, les intimidations, etc. Nous croyons plutôt à la puissance de la réappropriation de la pensée par tout un chacun, convaincus que tous les humains sont porteurs de quatre exigences fondamentales, de sens, justice, paix et amour4 . Réfléchir au regard de ces exigences permet de déjouer d'éventuelles manipulations et de prendre de la distance avec l'actuel discours dominant (Cf. Article L'évolution du système). Ce dernier nous limite dans notre capacité de réflexion, nous donne à penser que l'humain est naturellement égoïste, que les chefs sont une nécessité, qu'il est normal que les plus forts s'en sortent mieux que les plus faibles, que pour réussir il faut masquer ses faiblesses, etc. Nous libérer du carcan de ce discours dominant consiste dans un premier temps à l'interroger. Acceptons-nous l'idée que l'humain serait incapable d'empathie ? Nous sentons bien en nous la présence de nos exigences fondamentales, nous avons envie que les choses aient du sens et qu'elles soient justes. C'est une revendication qui commence à se faire entendre parmi les jeunes qui arrivent sur le marché de l'emploi, y compris parmi les diplômés promis à des postes attractifs dans le système actuel.

Ce qui favorise les alternatives à la structure paternaliste et pyramidale

Le fait d'agir en cohérence avec nos quatre exigences fondamentales (sens – justice – paix – amour) contrecarre le fonctionnement des organisations pyramidales.

Ces exigences fondamentales sont observables chez les très jeunes enfants. Dès qu'ils commencent à maîtriser le langage, ils cherchent à comprendre ce qui se passe autour d'eux et posent de nombreuses questions, souvent très pertinentes. Ils sont choqués s'ils sont témoins d'injustice(s), ils aiment les ambiances paisibles et peuvent tendre spontanément leur doudou à un enfant qui pleure. Quand un enfant a grandi en restant connecté à ses quatre exigences fondamentales, il a pris l'habitude de se mettre dans une disposition à s'accorder avec les autres. Cette façon d'être en relation est ce que nous appelons la posture relationnelle d'apparentement (Cf. Article Penser nos relations).

Dans le climat social actuel, les personnes étant habituellement dans l'apparentement se retrouvent parfois (souvent) en difficulté face à des personnes qui prennent la posture inverse, celle qui s'enracine dans l'ego, appelée posture relationnelle de rivalité. La relation ne peut pas être sereine car cette personne y met un enjeu pesant.

Du fait qu'elle entre en relation via son ego, qui est une représentation globale de soi, elle vit la relation comme un rapport de comparaison et de hiérarchisation des personnes (Cf article Se distancier de l'ego). Elle se sent plus ou moins consciemment supérieure ou inférieure à son interlocuteur, cherchant éventuellement à prendre l'ascendant sur lui ou au contraire l'admirant et acceptant par principe ses points de vue. De façon caricaturale, nous pouvons dire que dans une organisation pyramidale elle admire son chef et répond à ses attentes (sauf si elle le méprise et a des velléités de prendre sa place), se sent supérieure à ses subalternes (avec éventuellement la peur qu'ils veuillent prendre sa place) et elle cherche à progresser dans la hiérarchie, persuadée que sa personne prend de la valeur avec les échelons. Dans ce contexte pyramidal, elle n'agit pas en cohérence avec ses exigences fondamentales, même si elle peut s'en avérer capable dans d'autres contextes, en famille ou avec ses amis par exemple.

Dans une organisation pyramidale, les postes à responsabilité sont majoritairement occupés par des personnes étant dans la rivalité. Les personnes étant dans l'apparentement se mettent souvent en retrait, pensant ainsi se protéger du climat de rivalité. Ce faisant elles se condamnent à le subir perpétuellement. Il vaudrait mieux qu'elles agissent, mais prudemment pour ne pas prendre le risque d'être stigmatisées. Commencer par observer attentivement ce qui se passe et repérer d'autres personnes comme elles, discrètes mais n'en pensant pas moins. Elles peuvent ensuite échanger sur ce dont elles sont témoins, se soutenir si nécessaire, puis préparer des prises de paroles collectives pour demander des améliorations concernant la qualité du travail et/ou les conditions d'exercice. L'ancrage dans les exigences fondamentales permet de le faire posément et avec des arguments, en expliquant en quoi leurs propositions ont du sens et sont justes. Leurs interlocuteurs peuvent évidemment ne pas être d'accord, mais ils ont du mal à expliquer pourquoi. Ils sont soit guidés par leur ego et ne voient que leur intérêt personnel (ils ne peuvent pas le dire), soit soumis à des injonctions venant de leur hiérarchie (à ne pas dire non plus parfois). Ces prises de paroles collectives sont fondées, elles ne sont pas toujours faciles à assumer, mais cette difficulté est finalement moins pesante que de subir passivement un climat délétère sans espoir d'évolution. Le fait de gérer des différends posément  et en s'appuyant sur les exigences fondamentales, permet de les faire résonner chez leurs interlocuteurs. Il y a de nombreux témoignages de personnes racontant comment elles ont renoncé à la rivalité, à une promotion, voire à une situation professionnelle avantageuse mais dont elles s'étaient aperçues qu'elle créait chez elles un conflit de valeur. Elles disent vivre avec moins d'argent mais vivre mieux. En renonçant à la rivalité, ces personnes se reconnectent aussi avec une émotion précieuse, la joie. La joie est l'émotion par excellence qui participe de ce qui nous rend heureux, elle ne peut advenir au détriment de quelqu’un et elle est amplifiée lorsqu'elle est partagée. Pas de joie donc dans le cadre d'une relation de rivalité (dans laquelle il y a toujours un dominé), non plus quand la réussite sociale se fait au détriment d’autres personnes. L'apparentement peut se propager de proche en proche parce que les exigences fondamentales sont présentes en chaque humain, y compris chez ceux qui ont été conditionnés par leur éducation à s'en éloigner pour « réussir dans la vie ». Ils sont en quelque sorte prisonniers du système actuel.

La généralisation de l'apparentement dans une organisation pyramidale a des effets sur son fonctionnement. Les différences de salaires exorbitantes entre les personnes étant en haut et celles étant en bas finissent par être perçues comme excessives et le mépris pour certaines tâches comme aberrant. Cette évolution des représentations conduit logiquement à un ré-équilibrage des rémunérations. Les postes d'encadrements sont moins prisés, l'exercice du pouvoir n'étant plus une jouissance mais une responsabilité. Dans le monde des entreprises, il y existe déjà des organisations qui vont dans ce sens, par exemples les Société Coopératives de Production (SCOP). Schématiquement tout cela revient à aplatir les pyramides sociales.

4 Amour au sens large de l'amour d'autrui qui fonde l'empathie.


La transformation d’une organisation sociale peut s’opérer aussi par le haut lorsque les personnes étant au sommet s’ancrent dans l’apparentement et s’appliquent à déconstruire la hiérarchie pyramidale. Dans un tel contexte, les personnes ayant adopté une posture de rivalité de circonstance se repositionnent dans l’apparentement. Il restera sans doute des personnes ancrées irrémédiablement dans la rivalité, mais devenues minoritaires, elles seraient encadrées.

Nous pouvons aller plus loin dans l’amélioration des organisations sociales. Deux Australiens5 ont modélisé une architecture sociale s’inspirant du fonctionnement de la nature. L’idée de base est que le tout a besoin de chacune de ses parties pour fonctionner correctement. L’organisation est en forme de fleur.

5  Bill MOLLISON et David HOLMGREN.

Il n’y a pas de hiérarchisation entre les différentes fonctions qui sont d’égale valeur, chacune étant dans un pétale. Les capacités managériales ne valent pas plus que la capacité de faire quelque chose d’utile, de solide, de beau. Personne n'est coincé dans un rôle de dominant ou de dominé, chacun est libre de s’engager à la place qui lui convient en fonction de ses compétences et de ses envies. Cette structure d’organisation est en cohérence avec nos exigences fondamentales de sens, de justice, de paix et d’amour. Les décisions sont orientées vers l’objectif qui fait consensus parmi les membres de l'organisation, tout en étant justes socialement. Elles sont stables, mais restent modifiables en cas d’argumentation pertinente. La pérennité de cette structure repose sur ce qui est placé au cœur du modèle, l’Éthique : prendre soin de la nature, prendre soin de l’humain, partager les richesses. Chaque membre de l’organisation agit en conséquence, ce qui est signifié par la flèche circulaire partant du centre et traversant tous les pétales. Il n’y a pas besoin d’investir dans un contrôle permanent des individus, chacun agissant en responsabilité.

L'évolution de la Pyramide vers plus de justice

Le monde n'est pas figé, il évolue. Les humains, piégés dans leur ego, ont négligé leurs exigences fondamentales et ont généralisé une structure d'organisation sociale délétère, ce qui a produit le monde décrit en début d'article.


La rivalité est banalisée, tout est prétexte à hiérarchiser les humains : la richesse, le sexe, l'âge, l'origine, le niveau d'études, la religion, l'orientation sexuelle, l'appartenance à tel ou tel parti politique, la beauté, etc. Elle incite à la domination de l'autre. Notons que pour les grands de ce monde l'avenir des populations se joue et se rejoue comme autant de parties d'échecs, chacun ayant son ego en jeu. Nul doute que les populations sont perdantes systématiquement, car leurs décisions créent des injustices. Prenons l'exemple des grandes conférences internationales au cours desquelles les pays ne sont à leurs yeux que des territoires dessinés sur une carte qu'ils peuvent recouper en fonctions de leurs intérêts, ou de ceux de leur pays (liés aux leurs). Autre exemple, quand des patrons de grand-groupes privés font pression sur les présidents des pays qui les intéressent pour leur arracher des autorisations d'exploitation au détriment des habitants locaux. Des peuples souffrent de leurs décisions qui déclenchent parfois des affrontements. De façon plus générale, tant que les populations sont occupées, à se battre, à rivaliser, à se passionner pour telle ou telle chose (sport, art, culture générale, etc. ), les grands de ce monde peuvent agir tranquillement au regard de leurs intérêts. Point de racisme entre eux, l'extrême richesse, la jouissance du pouvoir et leur sentiment de supériorité les unit. Dans un tel contexte économico-politique, le progrès scientifique et technique est mis au service de la compétition entre les nations, entre les entreprises et entre les individus.

Que dire du projet de migration spatiale qui est rarement remis en cause ? Des milliardaires, des personnalités politiques et des scientifiques défendent ce projet. Ils développent pour commencer du tourisme spatial, faisant fi du coût environnemental et donc humain de ce projet. Finalement, quand viendra éventuellement le jour d'une telle migration, la rivalité sera sans pitié pour faire partie du voyage et aller reproduire ailleurs les mêmes erreurs que sur la terre. Nos exigences fondamentales nous pousseraient plutôt à vouloir que la science et la technique soient au service de l'ensemble de la communauté humaine.

En prenant nos repères dans nos exigences fondamentales, nous soutenons les actions qui sont en cohérence avec elles. Les organisations sociales dans lesquelles nous sommes impliqués en sont logiquement impactées. Il est raisonnable de penser que le monde ne pourrait que s'améliorer.


Conclusion

Nous avons tout à gagner à remettre nos exigences fondamentales au premier plan dans nos vies et surtout nous avons tous à y gagner, les puissants de ce monde aussi. Ils jouissent du pouvoir et pour certains d'une richesse inouïe, mais c'est au détriment de ceux qui souffrent du modèle économico-politique qui les a placé en haut. De ce fait, ils pourraient prendre conscience eux aussi que le pouvoir et la richesse ne les rendent finalement pas si heureux. Constater qu'ils sont de moins en moins admirés peut les y aider. 

De notre coté, arrêtons de nous diviser, nous avons chacun notre valeur intrinsèque, même si certaines personnes essayent de nous dévaloriser. Les compétences exceptionnelles d'une personne dans un domaine ne font pas d'elle une personne ayant plus de valeur, ne l'autorisent pas à agir en dominatrice. En politique il n'y ni hommes ni femmes providentiels, il n'y a que des citoyens que nous appelons à agir, quelle que soit leur place dans la Société, pour favoriser l'accès de tous à ce que nous appelons le Bien-être universel.

Le véritable progrès dont nous avons besoin, c'est d'un progrès en humanité.