« Changeons le système, pas le climat ». Slogan d'Alternatiba.
Faire évoluer le système (PDF de l'article)
Le système est souvent invoqué pour justifier des injustices et des incohérences tout en nous laissant entendre que nous n’y pouvons rien. Par exemple nous entendons dire parfois que si l’argent va toujours aux plus riches c’est à cause du système. Nous adhérons à l'idée qu'il y a un dysfonctionnement systémique dans la société, mais nous pensons que nous pouvons corriger le système. Avant d'envisager comment, voyons ce qu'est un système.
Appuyons nous sur les connaissances de la psychologie des groupes. Kurt Lewin1 a mis en évidence qu’un groupe est plus que la somme de ses membres, il est constitué aussi d’une dynamique collective qui dépasse les individus pris séparément. Nous nous sommes approprié ce concept de dynamique collective en disant qu’elle produit un discours, le discours dominant, qui valide les comportements les plus répandus dans le groupe et qu’elle donne naissance à un système qui s’auto-développe à l’intérieur du groupe.

Le système s’auto-développe parce que le discours dominant, qui provient des comportements les plus répandus, renforce à son tour ces comportements puisqu’il a une influence sur les membres du groupe. Il est difficile, par principe, d’aller contre le discours dominant d’un groupe. Il ressort de cette définition du système que ce sont les comportements individuels qui en déterminent la nature.
Quand ce sont des comportements de rivalité qui prédominent, ils sont validés par le discours dominant dans lequel il est convenu que certaines personnes valent plus que d’autres, qu’il faut des chefs, qu’il est normal que les plus compétents s’en sortent mieux que les autres, et que pour être un gagnant il faut savoir s’imposer, se faire valoir et masquer ses faiblesses. Il en découle un système qui renforce tout cela. Alors que quand ce sont des comportements d’apparentement1 qui prédominent, le discours dominant est d’une autre teneur : nous avons tous des points forts et des points faibles et ce n’est pas grave, les échecs font partie de l’apprentissage ils permettent de progresser, la réussite de choses exceptionnelles (en sport, art, artisanat...) est le résultat d’un parcours fait de renoncements, de doutes et d’échecs surmontés et nous avons tous un ego qui nous attire vers l’égoïsme, mais aussi 4 Exigences Fondamentales (4EF)2 de sens, justice, paix et amour qui nous incitent à nous préoccuper des autres, à cultiver la justice et la paix. Quand les comportements d’apparentement prédominent, le système s’auto-développe sur cette base. Ce qui est valable pour les groupes l’est aussi pour toutes les organisations y compris pour la société. Il faut ajouter, au niveau de la société, que les institutions sont le produit du système et le renforcent, quelle qu’en soit sa nature, délétère ou bénéfique.
Voyons ce qu’il en est en France. Au vu de la teneur du discours dominant, il est clair que ce sont les comportements de rivalité qui prédominent. Les personnes sont évaluées et hiérarchisées, les gagnants de la compétition sociale sont valorisés, il est dit d’eux qu’ils ont « réussi dans la vie » (c’est à dire qu’ils se sont enrichis), tandis que ceux qui n’y arrivent pas sont invisibilisés, voire méprisés. Ce discours est ponctué parfois d’incitations à agir en faveur des plus vulnérables, notamment lors de campagnes ciblées sur une cause particulière, mais ça reste marginal. Comme le système s’auto-développe nous pouvons avoir l’impression qu’il nous échappe, qu’on y peut rien alors que nous pouvons prendre la main sur lui puisque ce sont les comportements individuels les plus répandus qui en déterminent la nature.
Depuis une dizaine d’années nous (auteurs) voyons que les comportements changent. De plus en plus de personnes se reconnectent à leur Être et à leurs 4EF et agissent en conséquence. Certaines refusent par exemple de monter hiérarchiquement dans leur entreprise parce qu’elles savent qu’elles seraient amenées à faire des choses en contradiction avec leurs valeurs. D’autres changent de vie radicalement et témoignent qu’elles vivent avec moins d’argent mais mieux. Il y a de très nombreuses personnes qui agissent pour compenser les désordres provoqués par le système actuel, ça peut être en aidant des victimes d’abus de pouvoir à se défendre, en distribuant de l’aide alimentaire ou de plein d’autres façons. Ces personnes, en constatant que les besoins augmentent d’année en année, commencent à comprendre que vouloir y répondre est comme vouloir combler un trou sans fond. Elles prennent conscience que pour faire diminuer les besoins il faudrait agir en amont, à la source qui les produit. Cette source c’est l’injustice sociale. Chez les élites ça bouge aussi. À la remise des diplômes d’HEC en 2022, une jeune diplômée a expliqué avoir ressenti un « profond malaise » en prenant conscience que les métiers auxquels ses études la destinaient étaient la cause principale de l’effondrement environnemental et du dérèglement climatique. Elle a encouragé ses camarades à profiter des opportunités offertes par HEC pour changer les règles du système économique et financier. Son discours a été accueilli par une ovation et a été relayé dans les médias. D’autres diplômés d’HEC et de d’autres grandes écoles ont pris la parole dans ce même sens. Cette dynamique de changement dont nous parlons se révèle à travers un discours qui se fait entendre de plus en plus et qui contredit le discours dominant. C’est un discours qui prône l’égalité des personnes, la coopération et la solidarité. Il pourrait finir par devenir le nouveau discours dominant et le système changerait alors de nature. Nous pourrions avoir un système vertueux qui s’auto-développerait pour le meilleur.
Nous n’en sommes pas encore là. Les personnes qui s’arc-boutent à vouloir conserver le système actuel, à court d’arguments, discréditent les personnes qui tiennent un autre discours. Elles affirment que leurs discours sont mensongers, elles brandissent des études effectuées par des experts à leur solde, relayées complaisament par les grands médias. À force d'être répétés haut et fort ces arguments sont pris pour la vérité par des citoyens qui les relayent à leur tour. Des conflits apparaissent dans les familles, entre collègues, entre amis, car le climat n'est pas à la discussion.

Il conviendrait d'organiser de véritables débats qui permettraient de comparer les discours. Les chaînes publiques d’informations pourraient être mandatées par le pouvoir politique pour les organiser et les rendre accessibles aux citoyens. Nous conseillons pour cela la présence systématique d’un candide qui ferait clarifier et vulgariser le discours des experts.

Nous pourrions très bien vulgariser suffisamment les controverses pour les rendre accessibles aux adolescents et aux enfants. Ils seraient ainsi habitués à réfléchir et débattre sur des sujets qui les concernent au premier chef, car déterminants leurs futures conditions de vie. Ils pourraient même nous surprendre par leurs idées ! L’éducation s’en trouverait transformée et nous pourrions tisser avec eux un lien de confiance intergénérationnel.
Nous pensons que l'humain est capable de se remettre en cause, de progresser véritablement en humanité parce que cela répond à une aspiration profonde. L'apparentement pourrait se généraliser parce que les 4EF de sens, justice, paix et amour sont à nos yeux universelles. De plus, s'y ancrer permet d'accéder à quelque chose d'inestimable : la joie. Cette émotion est impossible à ressentir au détriment de quelqu'un, donc impossible à ressentir dans la posture relationnelle de rivalité qui implique qu'il y ait un dominé. Elle est l'émotion par excellence qui participe de ce qui nous rend heureux et elle est amplifiée quand elle est partagée !
Non seulement la généralisation de l'apparentement permettrait l'émergence d'un système vertueux, mais elle permettrait aussi de nous unir autour d'un objectif consensuel, l'accès de toutes et tous au Bien-être universel. Nous l'avons défini ainsi :

Si une autre définition s'avérait plus pertinente nous l'adopterions avec plaisir car tout est à construire ensemble !