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Décembre 2022

Permanence soutien à l'apparentement le vendredi 16 (entre 10h et 12h) à la Maison des projets de Buxerolles + en visio de 18h30 à 20h (cliquer ici code secret si besoin : 142144).

L'évolution de la Société

Le mot Société écrit avec une majuscule signifie que nous (les auteurs) raisonnons à l'échelle du monde, ce qui s'impose du fait que nous (les humains) avons développé les transports et les communications au niveau mondial. Force est de constater que nous avons créé un monde qui ne répond pas à nos aspirations profondes. Un monde pyramidal dans lequel une infime partie de la population détient plus de la moitié de la richesse mondiale1, un monde dans lequel l'argent appelle l'argent et dans lequel des personnes richissimes supplantent les pouvoirs politiques nationaux. Sur le plan écologique, nous avons développé un mode de vie sur-consommateur qui compromet maintenant la survie de notre espèce sur terre. Les scientifiques les plus alarmistes prédisent notre disparition d'ici une centaine d'années, mais ils se trompent peut-être. Pouvons-nous laisser passer notre chance, fut-elle petite, de les faire mentir ? Adopter chacun des gestes écologiques ne suffira pas, il est nécessaire de repenser nos organisations politico-économiques à toutes les échelles. À cette fin il est utile de comprendre comment nous sommes arrivés à construire le monde actuel, représenté schématiquement ci-dessous.

1 "50,1% de la richesse mondiale aux mains de 1% de la population" - L'express.fr (17/11//2017)

Précisons le fonctionnement de cette « Pyramide », avec une majuscule aussi. La recherche de rentabilité financière y est généralisée à tous les échelons, chez les actionnaires, les entrepreneurs, ainsi que chez la majorité des consommateurs. La vie économique prospère sur ce principe depuis longtemps. Certaines entreprises délocalisent pour réduire leurs coûts de production afin d’augmenter toujours plus leurs marges. La consommation au moins cher est la norme, que ce soit pour l’achat d’objets, de services ou de loisirs. Les grandes multinationales répondent à cette demande des consommateurs, s’enrichissant encore plus grâce à l’augmentation du volume de leurs ventes, tout en suscitant sans arrêt de nouveaux désirs de consommation. La généralisation de ces pratiques provoque un processus d’aspiration de l’argent vers le haut de la Pyramide, permettant à de grands groupes multinationaux d'être au dessus des pouvoirs politiques. Ils ont, entre autres, la possibilité d’attaquer les États en justice si ces derniers prennent des décisions qui porteraient préjudice à leurs intérêts. Dans la Pyramide, le progrès scientifique et technique est mis au service de la vie autant que de sa destruction. A tel point que nous inventons et fabriquons des armes de plus en plus sophistiquées et efficaces. Le monde se ré-arme alors qu'il avait entrepris de se désarmer après la guerre froide. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Retraçons très rapidement l'histoire de l’humanité2. Quand les humains ont commencé à se sédentariser, il a fallu organiser les concentrations humaines. Des hommes ont assuré cette fonction3 et ont pris goût au fait que l’exercice du pouvoir leur permettait d’obtenir des privilèges qui nourrissaient leur ego. Ils ont assuré l’administration de ces premières cités avec le consentement des populations. Il est rassurant pour nous les humains de nous en remettre à quelqu’un qui veille à notre sécurité, car cela résonne avec notre expérience de nourrisson pris en charge par un adulte. Que cet adulte dysfonctionne par ailleurs n’y change pas grand-chose pour lui, il ne le voit pas. Il ne peut s’en rendre compte qu’en grandissant, sauf s'il met en place un mécanisme de défense visant à préserver ce lien de confiance confortable malgré tout.

Revenons aux premières cités du néolithique, les populations acceptaient donc de se mettre sous l’autorité de personnes ayant pris le pouvoir. Elles pouvaient travailler dur pour elles, jusqu’à déplacer d’énormes pierres, menhirs, dolmens, etc. Ce sont les traces les plus visibles de cette époque, mais d’autres, plus discrètes, montrent que ces concentrations de pouvoir extrêmement importantes étaient régulièrement démantelées. L’hypothèse a été faite que lorsque l’injustice intrinsèque de ces organisations devenait insupportable, la population partait en migration. Elle créait une autre cité plus loin. L’histoire n’a fait que répéter ce type de scénario à des échelles de plus en plus grandes au fur et à mesure que les moyens techniques permettaient de contrôler des territoires de plus en plus vastes et des populations de plus en plus importantes.

2 "Les dix millénaires oubliés qui ont fait l'histoire" de Jean-Paul DEMOULE  – Éditions Fayard 2019. 

3 Au détriment des femmes mais c'est un autre sujet.



Les religions monothéistes ont été un facteur de stabilisation de ces organisations politiques pyramidales, en les légitimant tout en en retirant des avantages. Quant à la monnaie, elle est vite devenue un outil au service de la domination des individus entre eux et au service du pouvoir politique pour faciliter le prélèvement des impôts.

Ce type d’administration paternaliste a perduré non seulement parce qu’il réactive notre besoin archaïque d’être pris en charge, mais aussi parce qu’il s’appuie sur des personnes qui en tirent des bénéfices personnels à tous les échelons. D’autres ne font que s’en accommoder, persuadées qu’il n’y a pas d’alternatives. Il y a toujours eu aussi des personnes pour s’opposer, parfois violemment, aux pouvoirs en place. Ces organisations pyramidales sont inévitablement le théâtre permanent d’affrontements. Des guerres d’ego pour accéder à la jouissance des privilèges du pouvoir, ou des révolutions pour remplacer le pouvoir par un autre censé être plus juste. Malheureusement, l’histoire a montré que si les révolutions peuvent aboutir au remplacement des personnes au pouvoir, elles remettent rarement en cause l’organisation politique pyramidale. Les nouveaux dirigeants prennent goût aux privilèges procurés par leur nouveau statut et finissent par perdre de vue leurs objectifs initiaux de justice. Ils s’appuient alors sur la force et sur des idéologies pour assoir leur place, brimer certaines catégories de population et réduire au silence toute contestation.

Actuellement, la Pyramide est divisée en nations qui s’affrontent, militairement ou économiquement, tout en étant agitées intérieurement par de nombreux conflits. Elles sont elles-mêmes composées d'organisations sociales majoritairement pyramidales elles aussi. Que ce soit une famille patriarcale ou un organisme international, en passant par les entreprises, les écoles, les associations, etc.

Cette structure s'est imposée avec un fonctionnement qui nous est préjudiciable, car injuste socialement. Les personnes étant en haut sont survalorisées et ont des privilèges, tandis que celles qui sont en bas sont dévalorisées et défavorisées. Il existe pourtant des organisations hiérarchisées et pyramidales qui fonctionnent autrement. C’est le cas des corporations destinées à des missions spécifiques comme une compagnie de sapeurs-pompiers. La hiérarchie est acceptée car indispensable pour assurer la mission (sauver les personnes et les biens), et la compagnie fonctionne bien parce qu’il y a un lien de confiance entre tous et une véritable reconnaissance de l'importance du rôle de chacun. Pendant le temps de l’action, des ordres partant du haut de la pyramide traversent tous les échelons hiérarchiques et sont appliqués au mieux, quitte à être modifiés parfois en fonction des contraintes du terrain. La mission des sapeurs-pompiers faisant consensus, elle guide les décisions et les actions de chacun pour une meilleure efficacité tout en évitant les risques inutiles. Lors débriefing systématique la base exprime ses difficultés et ses éventuelles propositions pour y remédier. Les sapeurs-pompiers de terrain ne valent pas moins que ceux qui les dirigent. Malheureusement, ce n’est pas cette sorte d’organisation que nous avons développée.

Nous avons créé un environnement social qui favorise la rivalité, il faut se faire valoir, se battre pour avoir une place ou la garder. Malgré cela la structure pyramidale (des organisations sociales et de la Société) est rarement remise en cause, car elle est souvent perçue comme naturelle et inévitable. Il n’en est rien, il n’existe pas dans la nature d’organisations pyramidales reconduisant à leur sommet des héritiers. Les dessins animés du type Le Roi Lion entretiennent cette fausse croyance, mais ne sont que des projections humaines sur le règne animal.

Les entraves aux alternatives à la structure pyramidale

Nous les avons déjà évoquées. La première, s'en remettre à un chef, répond à notre besoin archaïque d'être pris en charge. C'est confortable de n'avoir ni à réfléchir ni à assumer des décisions, mais c'est au détriment de notre liberté de penser et d'agir par nous-mêmes et ça nous met à la merci de ceux qui agissent dans les sphères du pouvoir. La deuxième, il est difficile de croire qu'une alternative soit possible parce que nous sommes habitués à la structure pyramidale. Nous sommes imprégnés d'un discours dominant donnant à penser qu'il ne peut pas en être autrement. Les contes royaux, les films et les séries gravent dans les esprits cette structure pyramidale et son fonctionnement paternaliste.

La Boétie avait déjà au 16e siècle une vision lucide des organisations sociétales. Il explique que tout pouvoir, même quand il s’impose d’abord par la force des armes, ne peut dominer et exploiter durablement une société sans la collaboration, active ou résignée, d’une partie notable de ses membres. Il indique aussi, dans son Discours de la servitude volontaire, que le pouvoir instrumentalise la religion pour assoir son autorité.

Précisons en quoi consiste la collaboration active des membres d'une organisation pyramidale. Le fait de s'approcher d'un chef nourrit l'ego. Ce gain narcissique est d'autant plus grand quand il est assorti d'avantages matériels et/ou pécuniaires. Petit chef ou grand chef peu importe, le principe est le même. À l'échelle de la Pyramide, c'est la fréquentation d'une personne riche et/ou puissante qui flatte l'ego, à tous les niveaux là encore. Que ce soit en côtoyant une personnalité connue ou le notable d'un petit village. Les personnes qui recherchent cela veulent plaire au chef ou à celui qui possède plus. Elles sont attachées à cette organisation sociale dont elles tirent des bénéfices, fussent-ils maigres.

Les personnes qui ne font que se résigner à subir le fonctionnement des organisations pyramidales se mettent souvent en retrait socialement. Elles concentrent leurs efforts à améliorer la vie de leur famille et de leurs proches, refusant de participer aux jeux de cour. Elles préfèrent renoncer à grimper dans la hiérarchie pour éviter les conflits de valeurs. Quand elles acceptent de prendre des responsabilités, elles sont souvent déçues, voire frustrées devant des décisions insensées et/ou injustes venant des échelons supérieurs.

Il y a toujours eu des personnes s'opposant au pouvoir souvent abusif des chefs et critiquant la répartition injuste des richesses. Si elles le font violemment elles font peur aux autres, ce qui permet aux tenants du pouvoir de justifier leur répression. C'est l'entrée dans ce que nous appelons le cercle vicieux de la violence.

Une révolte violente contre une injustice sociale est réprimée par une violence dite légitime, en ignorant l'injustice sociale qui a provoqué le soulèvement. La répression aveugle ne fait que rajouter de l'injustice à l'injustice initiale, provoquant de nouvelles réactions violentes et ainsi de suite. Ce cercle vicieux est présent potentiellement à tous les niveaux.

Dans l'éducation, quand un adulte n'écoute pas l'enfant, attendant principalement qu'il lui obéisse (Cf. Article Se distancier de l'ego). L'enfant, impuissant à se faire entendre, peut être débordé par un sentiment d'injustice et devenir violent. Il est alors puni pour cette violence en ignorant la violence invisible en amont (ne pas être écouté), son sentiment d'injustice grandit, une nouvelle violence arrive, réprimée plus fortement, etc.

Dans une organisation sociale, par exemple une entreprise faisant de gros bénéfices tout en déclenchant un plan de licenciements pour les maximiser. L'injustice sociale peut donner lieu à des passages à l'acte violents qui sont condamnés dans les médias et éventuellement par les tribunaux, en ignorant la violence sociale en amont (la répartition injuste des richesses). La rancœur ne peut que grandir et donner lieu à de nouveaux débordements, qui sont réprimés plus sévèrement du fait de la récidive, etc.

Dans un pays, quand une partie de la population a du mal à vivre tandis qu'une autre vit dans un excès de richesse, cela peut déclencher des révoltes. Une foule en colère est particulièrement susceptible de provoquer des débordements violents, qui sont sanctionnés médiatiquement et judiciairement en ignorant l'injustice sociale en amont. Le climat social ne peut que se détériorer et provoquer d'autres passages à l'acte violents, réprimés de plus en plus durement, etc. Mentionnons au passage que les manifestations sont parfois noyautées par des personnes extrémistes qui jouissent de la violence, ou par des personnes à la solde du pouvoir pour disqualifier la protestation.

Nous comprenons l'envie de révolte en tant qu'elle est réactive à de l'injustice. Nous savons que par le passé des avancées sociales ont été acquises par des révoltes, mais nous pensons qu'à notre époque ce n'est plus possible. Le progrès scientifique et technique permet aux tenants du pouvoir de contrôler efficacement les individus, leurs déplacements, leurs communications, etc. D'autre part, qui dit révolte dit leaders, facilement identifiables. Ils peuvent être mis hors d'état d'agir par toutes sortes de moyens, de la récupération à l'extermination pure et simple en passant par la disqualification médiatique et les intimidations. Nous croyons plutôt à la puissance de la réappropriation de la pensée par tout un chacun, parce que nous sommes convaincus que tous les humains sont porteurs de quatre exigences fondamentales, de sens, de justice, de paix et d'amour4. Réfléchir au regard de l'exigence de sens et de justice permet entre autres de repérer une grande contradiction du discours dominant actuel (Cf. Article L'évolution du système). Il y est convenu que l'humain est naturellement égoïste, que les chefs sont une nécessité, qu'il est normal que les plus forts s'en sortent mieux que les plus faibles, que pour réussir il faut savoir s'imposer, mais il incite aussi à être empathique et généreux vis à vis des plus faibles lors de campagnes ciblées sur une cause particulière. Interrogeons ce discours dominant. Acceptons-nous comme une fatalité la rivalité et l'injustice sociale qui en découle ? Sous l'auspice de nos exigences fondamentales nous avons plutôt envie que les choses aient du sens et que ce sens soit juste. Pouvoir gagner sa vie avec un métier utile et qui ne porte préjudice à personne. Cette revendication commence à se faire entendre parmi les jeunes qui arrivent sur le marché de l'emploi, y compris les diplômés promis pourtant à des postes attractifs dans le système actuel.

4 Amour au sens large de l'amour d'autrui qui fonde l'empathie.

Ce qui favorise les alternatives à la structure paternaliste et pyramidale

Le fait d'agir en cohérence avec nos quatre exigences fondamentales (sens – justice – paix – amour) dérange le fonctionnement des organisations pyramidales.

Ces exigences fondamentales sont observables chez les très jeunes enfants. Dès qu'ils commencent à maîtriser le langage, ils cherchent à comprendre ce qui se passe autour d'eux et posent de nombreuses questions, souvent très pertinentes. Ils sont choqués s'ils sont témoins d'injustice(s), ils aiment les ambiances paisibles et peuvent tendre spontanément leur doudou à un enfant qui pleure. Quand un enfant a pu grandir en restant connecté à ses quatre exigences fondamentales, il n'est pas conditionné à se mettre en rivalité avec les autres. Il est plutôt dans la disposition à s'accorder avec eux, d'égal à égal, quelles que soient les différences, d'âge, de sexe, de niveau d'études, etc. Il garde cette façon d'être en grandissant, c'est ce que nous appelons être dans la posture relationnelle d'apparentement (Cf. Article Penser nos relations). 

Dans le climat social actuel, les personnes étant habituellement dans l'apparentement se retrouvent souvent en difficulté face à des personnes qui prennent vis à vis d'elles la posture de rivalité. Cette dernière s'enracine dans l'ego.

L'ego est une représentation globale de soi, la personne qui entre en relation via son ego conçoit la relation comme un rapport de comparaison et de hiérarchisation des personnes (Cf. Article Se distancier de l'ego). Elle se sent plus ou moins consciemment supérieure ou inférieure à son interlocuteur, cherchant éventuellement à prendre l'ascendant sur lui ou au contraire l'admirant et acceptant par principe ses points de vue. De façon caricaturale nous pouvons dire que dans une organisation pyramidale elle admire son chef et répond à ses attentes (sauf si elle le méprise et a des velléités de prendre sa place), se sent supérieure à ses subalternes (avec éventuellement la peur qu'ils veuillent prendre sa place) et cherche à progresser dans la hiérarchie (persuadée que sa personne prend de la valeur avec les échelons). Elle n'agit pas en cohérence avec ses exigences fondamentales, même si elle en est capable dans d'autres contextes, en famille ou avec ses amis.

Dans une organisation pyramidale, les postes à responsabilité sont majoritairement occupés par des personnes étant dans la rivalité. Celles étant l'apparentement se mettent souvent en retrait pour se protéger du climat de rivalité, mais elles se condamnent à le subir perpétuellement. Il vaudrait mieux qu'elles agissent, prudemment, pour ne pas prendre le risque d'être stigmatisées. Observer d'abord attentivement ce qui se passe pour repérer d'autres personnes comme elles, discrètes mais n'en pensant pas moins. Échanger ensuite sur ce dont elles sont témoins, se soutenir si nécessaire, puis préparer des prises de paroles collectives pour demander des améliorations de fonctionnement. L'ancrage dans les exigences fondamentales permet de le faire posément et avec des arguments, en expliquant en quoi leurs propositions ont du sens et sont justes. Leurs interlocuteurs peuvent évidemment ne pas être d'accord, mais ils ont du mal à expliquer pourquoi. Ils sont soit guidés par leur ego et ne voient que leur intérêt personnel (ils ne peuvent pas le dire), soit soumis à des injonctions venant de leur hiérarchie (à ne pas dire non plus parfois). Ces prises de paroles collectives ne sont pas toujours faciles à assumer, mais cette difficulté est finalement moins pesante que de subir passivement un climat délétère sans espoir d'évolution. Le fait de gérer posément des différends en s'appuyant sur les exigences fondamentales permet de les faire résonner chez leurs interlocuteurs. De nombreux témoignages se multiplient de personnes racontant comment elles ont renoncé à la rivalité, à une promotion, voire à une situation professionnelle avantageuse dont elles s'étaient aperçues qu'elle créait chez elles un conflit de valeur. Elles disent vivre avec moins d'argent et vivre mieux. En renonçant à la rivalité, ces personnes se reconnectent aussi avec une émotion précieuse, la joie. La joie est l'émotion par excellence qui participe de ce qui nous rend heureux, elle est amplifiée lorsqu'elle est partagée et ne peut pas advenir au détriment de quelqu’un. Pas de joie donc dans le cadre d'une relation de rivalité (dans laquelle il y a toujours un dominé), non plus quand la réussite sociale se fait au détriment d’autres personnes. L'apparentement peut se propager de proche en proche parce que les exigences fondamentales sont présentes en chaque humain, y compris chez ceux qui ont été conditionnés par leur éducation à s'en éloigner pour « réussir dans la vie ». Ils sont en quelque sorte prisonniers de leur ego, souvent à leur insu. 

La généralisation de l'apparentement dans une organisation pyramidale a des effets sur son fonctionnement. Les différences de salaires exorbitantes entre les personnes étant en haut et celles étant en bas finissent par être perçues comme excessives et le mépris pour certaines tâches comme aberrant. Cette évolution des représentations conduit logiquement à un ré-équilibrage des rémunérations. Les postes d'encadrements sont moins prisés, l'exercice du pouvoir n'étant plus une jouissance mais une responsabilité. Dans le monde des entreprises, il existe déjà des organisations qui vont dans ce sens, par exemples les Société Coopératives de Production (SCOP). Schématiquement tout cela revient à aplatir les pyramides sociales.


La transformation d’une organisation sociale peut s’opérer aussi par le haut lorsque les personnes étant au sommet s’ancrent dans l’apparentement et s’appliquent à déconstruire la hiérarchie de rivalité. Dans un tel contexte, les personnes ayant adopté une posture de rivalité de circonstance se repositionnent dans l’apparentement. Il restera sans doute des personnes ancrées irrémédiablement dans leur ego, mais devenues minoritaires, elles seraient encadrées.

Nous pouvons aller plus loin dans l’amélioration des organisations sociales. Deux Australiens5 ont modélisé une architecture sociale s’inspirant du fonctionnement de la nature. L’idée de base est que le tout a besoin de chacune de ses parties pour fonctionner correctement. L’organisation est en forme de fleur.

5  Bill MOLLISON et David HOLMGREN, promoteurs de la permaculture.

Il n’y a pas de hiérarchisation entre les différentes fonctions qui sont d’égale valeur, chacune étant dans un pétale. Les capacités managériales ne valent pas plus que la capacité de faire quelque chose d’utile, de solide, de beau. Personne n'est coincé dans un rôle de dominant ou de dominé, chacun est libre de s’engager à la place qui lui convient en fonction de ses compétences et de ses envies. Les décisions sont orientées vers l’objectif commun de l'organisation tout en veillant à ce qu'elles soient justes socialement. Elles sont stables, mais restent modifiables en cas d’argumentation pertinente. La pérennité de cette structure repose sur ce qui est placé au cœur du modèle, l’Éthique : prendre soin de la nature, prendre soin de l’humain, partager les richesses. Chaque membre de l’organisation agit en conséquence, ce qui est signifié par la flèche circulaire partant du centre et traversant tous les pétales. Il n’y a pas besoin d’investir dans un contrôle permanent des individus, chacun agissant en responsabilité. Cette structure d’organisation est en cohérence avec nos quatre exigences fondamentales.

L'évolution de la Pyramide vers plus de justice

Le monde n'est pas figé, il évolue. Les humains, piégés dans leur ego, ont négligé leurs exigences fondamentales et ont généralisé une structure d'organisation sociale délétère, ce qui a produit le monde décrit en début d'article.


La rivalité est banalisée, tout est prétexte à diviser et hiérarchiser les humains : la richesse, le sexe, l'âge, l'origine, le niveau d'études, la religion, l'orientation sexuelle, l'appartenance à tel ou tel parti politique, la beauté, etc. La rivalité incite à la domination de l'autre, que ce soit pour se montrer comme étant supérieur ou pour le contraindre par la force ou la manipulation. Trop de personnes conçoivent la vie comme une partie d'échec et veulent toujours avoir un coup d'avance sur les autres. C'est apparemment le cas pour les grands de ce monde qui jouent et rejouent sans cesse l'avenir des populations, chacun ayant son ego en jeu. Prenons l'exemple des grandes conférences internationales au cours desquelles les pays ne sont que des territoires dessinés sur une carte qu'ils redécoupent en fonction de leurs intérêts, ou de ceux de leur pays (liés aux leurs). Des peuples souffrent de ces décisions qui déclenchent parfois des affrontements, voire des guerres. Autre exemple, quand des patrons de grand-groupes privés font pression sur les présidents de certains pays pour leur arracher des autorisations d'exploitation au détriment des habitants locaux. Là encore les populations sont perdantes, elles perdent leurs moyens de subsistances par destruction du milieu naturel.

De façon moins dramatique mais tout aussi préjudiciable, prenons conscience que tant que nous nous laissons accaparer entièrement par quelque chose, une pratique ludique, sportive, artistique, une boulimie de culture générale, nous abandonnons la question politique du vivre ensemble à ceux qui agissent par et pour leur ego. Certains d'entre eux, prévoyant les catastrophes qui s'annoncent, investissent dans la construction de bunkers privés qui les mettront à l'abri si besoin avec leurs proches, et tant pis pour les autres.

Que dire du projet de migration spatiale qui est rarement remis en cause ? Des milliardaires, des personnalités politiques et scientifiques défendent ce projet. La première phase consiste à développer du tourisme spatial, faisant fi du coût environnemental et donc humain de ce projet. Finalement, quand viendra éventuellement le jour d'une telle migration, la rivalité sera sans pitié pour faire partie du voyage et aller reproduire ailleurs les mêmes erreurs que sur la terre. Interrogeons ce projet. Mettre la science et la technique au service d'une migration tout en aggravant et accélérant le dérèglement climatique que l'ensemble de l'humanité devra supporter sur terre, est-ce pertinent ? Est-ce juste ? Où, quand et par qui sont prises de telles décisions ? Ne serait-il pas plus sensé et plus juste de mettre la science et la technique au service de notre adaptation sur terre ?

L'urgence écologique est à multiples facettes. Très succinctement, le réchauffement climatique provoque la montée des eaux, le dérèglement est à l'origine de la multiplication des catastrophes climatiques, la disparition de la biodiversité, notamment des animaux pollinisateurs, met en péril nos cultures. La science et la technique sont apparemment au service de la lutte contre tous ces problèmes, mais sans vision globale. Comme si l'idée principale sous-jacente était de ne surtout pas remettre en cause la sur-consommation et son accélération. À qui profite cette course en avant ? Il serait plutôt judicieux de ralentir toutes nos activités. Nous ferions baisser de facto notre impact environnemental, ainsi que le stress lié au mode de vie actuel. Nous aurions alors du temps pour être avec nos proches, pour accueillir véritablement un nouvel être sur terre, pour nous remettre de la perte d'un être cher, pour contempler la nature et les œuvres d'art ainsi que pour nous impliquer dans la vie collective.

Du coté de la rivalité, le progrès d'Internet est à double tranchant. Ses algorithmes favorisent la création de communautés virtuelles sur la base d'une idée partagée (fut-elle une croyance). Certaines d'entre elles encouragent en les justifiant des passages à l'acte agressifs, voire meurtriers. Mais soyons honnêtes, Internet n'a fait qu'amplifier le phénomène de la rivalité qui gangrenait déjà la vie collective. Le règlement d'un conflit aboutissant à ce qu'il y ait un gagnant et un perdant fait le lit d'un conflit ultérieur. Le perdant peut nourrir une envie de revanche, de vengeance même s'il a été humilié. Ce principe est valable pour toutes les relations, entre deux personnes, entre deux groupes, entre deux nations et entre blocs de nations alliées. Le risque d'une troisième guerre mondiale est bel et bien présent.

Nous, les simples citoyens qui constituons les populations, nous n'avons actuellement pas la main sur les décisions prises en haut lieu, mais nous l'avons sur nous-mêmes. Nous pouvons soutenir les actions qui sont en cohérence avec nos exigences fondamentales, où que nous soyons et quelle que soit notre place dans la Société. Nous pouvons raisonnablement penser que les organisations sociales dans lesquelles nous sommes impliqués fonctionneront progressivement autrement. Le monde ne pourrait que s'améliorer. Rien ne garantit que les humains réussiront à quitter la trajectoire funeste dans laquelle ils se sont engagés, mais le simple fait d'agir dans ce sens nous aligne avec notre Être et cela nous fait du bien.

 


Conclusion

Nous avons tout à gagner à remettre nos exigences fondamentales de sens, de justice, de paix et d'amour au premier plan dans nos vies. En plus d'un mieux-être personnel immédiat, nous contribuons à améliorer le climat social autour de nous. Nous avons tous à y gagner aussi, y compris les plus puissants de ce monde aussi paradoxal que cela puisse paraître. Ils jouissent actuellement du pouvoir et pour certains d'une richesse inouïe, mais c'est au détriment de ceux qui souffrent du modèle politico-économique qui les a placés en haut. Certains essayent de s'acheter une bonne conscience en redistribuant une partie de leur richesse via des actions humanitaires, mais c'est vain. S'ils arrivaient à faire pencher leur balance psychique du coté de leurs exigences fondamentales, ils comprendraient qu'il faudrait mieux qu'ils contribuent à modifier le modèle politico-économique qui leur a permis d'être en haut au détriment de ceux qui sont en bas. Ils trouveraient juste que chacun, quel que soit son pays d'origine, puisse vivre dignement de son activité, c'est à dire sans dépendre de leur générosité. 

Nous, les autres citoyens, nous avons le même conflit en nous, entre l'ego et nos exigences fondamentales. Nous admirons trop souvent celui ou celle qui a du pouvoir et/ou de l'argent. Nous sommes trop prompts à nous diviser et à nous hiérarchiser, au lieu de nous réunir par delà nos différences. Prenons conscience que nous appartenons à une seule et même communauté, que nous avons chacun notre valeur intrinsèque, quelles que soient nos compétences ou nos difficultés. L'altérité crée de la différence, c'est un fait et ce n'est pas grave. Nos capacités, fussent-elles exceptionnelles, ne nous autorisent pas à vouloir dominer. Nos difficultés ou le fait d'être né dans un milieu défavorisé ne font pas de nous des personnes sans valeur. N'attendons pas que les autres (dirigeants et gouvernants) fassent évoluer nos organisations sociales. Nos efforts ne sont pas vains, l'apparentement peut se propager de la même manière que l'ego s'est propagé par le passé. Nous les humains, nous nous sommes auto-éduqués à l'hygiène, nous pouvons  faire de même pour la paix. Nos quatre exigences fondamentales pourraient constituer un cadre consensuel dans lequel toutes nos activités s'intégreraient. L'exigence de sens réclame que nous ralentissions tout. L'exigence de justice réclame que nous prenions des décisions qui favorisent l'accès de tous au Bien-être universel

Le véritable progrès dont nous avons besoin, c'est d'un progrès en humanité.

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