Le défi des humains

Chacun de nous est une infime partie du monde, une unité parmi les 7,5 milliards d'humains. Depuis l'apparition humaine nous avons réussi à appréhender la terre sur laquelle nous vivons, la galaxie dans laquelle elle se situe,  la présence d'autres galaxies , etc. … mais revenons sur terre car c'est là que nous vivons. Nous y avons un défi à relever.

Vivre ensemble en paix sur la terre

C'est un vœu pieux nous a-t-on dit, impossible à atteindre à cause de la nature humaine. Certes il est vrai que de nombreux exemples montrent que l'humain est capable du pire. Pour autant l'expression "l'homme est un loup pour l'homme" nous semble être acceptée un peu trop rapidement comme une position de principe, car il existe aussi des exemples montrant que l'inverse est vrai. L'humain est également pacifique et empathique. Nous sommes tous porteurs de quatre exigences fondamentales présentes en nous d'emblée :


Sens
Justice
Paix
Amour

Ces exigences sont observables chez les enfants à partir du moment où ils commencent à maîtriser le langage. Dès ce jeune âge ils cherchent à comprendre ce qui se passe autour d'eux. Ils posent des questions souvent très pertinentes, malheureusement souvent perçues par l'adulte comme de l'impertinence. Un enfant se faisant régulièrement rabrouer lorsqu'il pose des questions peut renoncer à vouloir comprendre ce qui se passe autour de lui. Il peut aussi se départir de son exigence de justice s'il est témoin d'injustices tout en constatant que les adultes s'en accommodent. Pour finir, il peut se détourner de son exigence de paix s'il vit dans un environnement tendu avec de nombreuses disputes. Il est plus rare qu'il renonce à son exigence d'amour. C'est même souvent par amour pour ses parents et pour obtenir leur amour qu'il peut se soumettre à un mode éducatif de rivalité. Un enfant ayant renoncé à ses trois premières exigences fondamentales avance dans la vie avec l'idée qu'aimer l'autre c'est lui céder. Il attendra aussi en retour que parfois ses parents lui cèdent en preuve d'amour.

C'est ainsi que nombre d'entre nous ont pu être conditionnés dès l'enfance à se mettre en posture de rivalité avec les autres, à s'imposer ou se soumettre selon les situations. Lorsque deux personnes sont en posture de rivalité il n'y a que deux places possibles dans la relation, dominant ou dominé. C'est un mode relationnel inévitablement tendu, particulièrement lorsque les deux personnes veulent occuper la place de dominant. D'autre part, la tension de ce mode relationnel est pourvoyeuse de jouissance ce qui peut donner lieu à des violences physiques et/ou psychologiques sans limite.

La rivalité ne permet pas de vivre en paix avec nos proches, elle a aussi des effets délétères à l'échelle collective. Dans un groupe la rivalité aboutit à l'affrontement de deux camps et nous devons prendre parti, que ce soit au sein d'une famille, d'une équipe, etc. Il en est de même à plus grande échelle, entre deux catégories de populations (hommes-femmes, croyants-athées, hétérosexuels-homosexuels, etc.) ou entre deux pays ou des groupes de pays alliés.  

La rivalité peut s'exprimer de façon subtile, par des tractations ou des manipulations discrètes. Les associations, les entreprises, les partis politiques (et toutes nos organisations sociales) sont souvent confrontés à des problèmes de cet ordre. Parfois il peut suffire de l'arrivée d'une nouvelle personne pour qu'un climat serein se détériore, plus ou moins rapidement selon son mode opératoire de rivalité. Face à cela, les personnes étant restées ancrées dans leurs quatre exigences fondamentales (sens, justice, paix, amour) se mettent souvent en retrait. Elles sont dans une posture relationnelle inverse de la rivalité, la posture "d'apparentement" qui consiste à vouloir s'accorder avec les autres d'égal à égal, avec empathie et bienveillance quelles que soient les différences, d'âge, de sexe, de niveau d'études, etc.  Elles n'apprécient pas la tension provoquée par la rivalité et s'en protègent par le repli sur elles-mêmes, mais en abandonnant le champ social elles se condamnent à subir continuellement des climats tendus.

Pour apaiser nos relations et les climats sociaux, il est nécessaire d'apprendre à repérer les personnes étant dans la rivalité, au-delà d'une gentillesse apparente, ainsi que d'apprendre à leur faire face sans se soumettre et sans envenimer la relation pour autant. Nous donnons des repères et des conseils dans l'article Penser nos relations (Cf. Le mode relationnel discordant).

La rivalité n'est pas le seul obstacle à vivre ensemble en paix sur la terre. Il y a aussi le fait que nos organisations sociales et la Société1 sont actuellement très hiérarchisées et pyramidales. Or la structure pyramidale favorise les personnes qui s'imposent, elles arrivent donc plus facilement que les autres à gravir les échelons d'une organisation. De ce fait elles sont nombreuses à occuper les postes où se prennent les décisions. La vie économique et la vie politique sont empêtrées depuis des décennies dans ce problème qui est devenu un véritable cercle vicieux. Dans une Société où tout est hiérarchisé, les parents soucieux de l'avenir de leurs enfants on pu (peuvent encore) les inciter à la rivalité pour augmenter leurs chances de réussite sociale. Il y a eu un renforcement réciproque entre la rivalité individuelle et la structure pyramidale des organisations sociales et de la Société, mais ce n'est pas une fatalité car nous pouvons y remédier. Il faut savoir qu'il existe des structures d'organisation non-pyramidales et il faut avoir conscience qu'il n'est jamais trop tard pour se positionner et agir en cohérence avec nos exigences fondamentales.

Les personnes renonçant à la rivalité et à la compétition sociale sont de plus en plus nombreuses et témoignent de leur expérience. Non seulement elles ne regrettent pas leur changement de vie, mais elles y gagnent quelque chose qui n'a pas de prix. L'accès à la joie.

La joie c'est l'émotion par excellence qui participe de ce qui nous rend heureux, elle est impossible à ressentir au détriment de quelqu'un, donc impossible à ressentir dans le cadre d'une relation de rivalité (dans laquelle il y a toujours un dominé), impossible à ressentir quand notre réussite sociale se fait au détriment de d'autres personnes. De plus la joie est amplifiée lorsqu'elle est partagée. Vous comprenez pourquoi il y a de plus en plus de personnes qui ré-orientent leur vie pour la mettre en cohérence avec leurs exigences fondamentales.

Il serait illusoire de vouloir vivre tous ensemble en paix sur la terre sans remettre en cause, la rivalité et la structure pyramidale de nos organisations sociales et de la Société. Nous, les humains, avons la capacité de nous penser en tant qu'espèce et de nous projeter dans le futur. En mettant toute notre intelligence au service de ce défi à relever, il n'y a pas de raison de ne pas y arriver. Nous avons grandi techniquement, nous pouvons maintenant grandir en humanité. Nous pouvons tous agir, à notre mesure (voir les conseils dans notre mini conférence), pour que chacun puisse accéder à ce que nous appelons le « bien-être universel ».

1 Société : ce mot avec une majuscule représente la communauté humaine. Les humains ayant développé les transports et les communications à l'échelle planétaire font société de fait à cette échelle.



Agir n'est pas si compliqué que cela en à l'air, l'idée de base est même assez simple. Elle est exprimée magnifiquement par cette Sagesse amérindienne :

Un vieil indien explique à son petit-fils que chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille.

Le premier loup représente la Sérénité, l'Amour et la Gentillesse.

Le second loup représente la Peur, l'Avidité et la Haine.

"Lequel des deux loups gagne ?" demande l'enfant.

"Celui que l'on nourrit." répond le grand-père.