Texte intégral

(les préfaces des différentes éditions sont en bas de page, écrites par une économiste (2è éd.), un sociologue (3è éd.) et une musicienne pour cette quatrième édition).

 

AVANT-PROPOS

Cher lecteur, si vous avez ouvert ce livre c'est que la question qui y est posée ne vous a pas laissé indifférent. Que vous soyez d'un tempérament optimiste et attendiez d'être conforté par la lecture d'un texte qui l'est également, ou que vous soyez d'un tempérament plus pessimiste ; donc curieux de savoir en quoi les auteurs se sentent légitimes à oser être optimistes.

Quoi qu'il en soit, attendez-vous à la lecture d'un texte qui se démarque des discours que vous avez l'habitude d'entendre. Nous ne développons pas les constats déprimants de ce qui se passe actuellement, chacun le voit et l'entend suffisamment. Nous décrivons comment nous renforçons (nous tous), à notre insu, une organisation sociétale injuste et violente.

La question sociétale dépasse les frontières de l'hexagone car toutes les activités humaines se sont développées à l'échelle planétaire : les transports, les communications, l'économie, la finance, les institutions de gouvernance, etc. Les désordres climatiques liés à l'activité humaine ne connaissent pas de frontières non plus, c'est pourquoi nous avons raisonné au niveau mondial. Nous sommes légitimes à vouloir que nos connaissances scientifiques et techniques soient mises au service de l'invention d'un mode de vie viable écologiquement et qui prenne soin de tous les humains.

En dépassant nos conditionnements éducatifs et les influences sociales actuelles, nous contribuons à la construction d'une société dans laquelle chacun a une place, une activité lui permettant de vivre dignement. Il existe une structure de société qui le permet.

Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous faire part de vos remarques sur le site dédié à la diffusion de cette analyse : www.quellesociete.fr

Anne CHESNOT et Gilles ROULLET


LE RISQUE D"EMBRASEMENT DE LA VIOLENCE

Le constat de la violence

Paris : un adolescent poignardé dans un bar, le patron est en garde à vue.
Haguenau : retranché chez lui, il éventre son chien et le jette par la fenêtre. Sa femme était venue se plaindre dimanche matin de violences conjugales au-près du commissariat de Haguenau.
Pau : boulangerie braquée à Pau, le 3è commerce ciblé en deux mois.

Nous sommes confrontés quotidiennement à la violence par le biais des informations, mais aussi directement et très concrètement dans nos vies. Notre grande faculté d'adaptation fait que nous n'essayons pas de corriger cela, nous nous adaptons. Nous nous enfermons chez nous, nous évitons de sortir à certaines heures ou dans certains quartiers, sans avoir clairement conscience que nous nous auto-limitons.

Il faut reconnaître que lorsque nous (les auteurs) parlons de l'augmentation de la violence dans notre société, certaines personnes nous rétorquent que la société est bien moins violente qu'auparavant. Leur argument est que nous ne sommes plus en guerre sur notre sol. C'est vrai mais discutable si nous regardons l'expansion du terrorisme. Quoi qu'il en soit, est-ce que le fait de ne pas être officiellement en guerre justifie de dénier la violence presque quotidienne que nous subissons ?
Précisons ce que recouvre le mot « violence ». Nous y mettons toutes les formes d'agression physique, mais aussi tout ce qui relève du passage en force verbal et du manque de respect. Les personnes qui travaillent en contact avec le public sont particulièrement exposées à cette sorte de violence, mais il n'y a pas qu'elles. Chacun de nous peut y être confronté au détour d'une discussion avec un collègue, un voisin, en famille, voire même avec un ami. Nous pouvons avoir du mal à y accorder de l'importance tellement c'est banalisé.

Les façons d'user du langage pour passer en force ou pour manquer de respect à quelqu'un sont multiples. Cela peut être en haussant le ton ou en utilisant un ton autoritaire pour le soumettre. Cela peut être en utilisant volontairement des mots trop compliqués ou des arguments cinglants qui le dévalorisent. Cela peut être en ignorant ce qu'il dit, en lui coupant la parole ou en la monopolisant pour l'empêcher de parler. De façon plus subtile cela peut être par de la manipulation, en jouant sur ses sentiments ou en lui donnant des informations fausses ou partielles.

Au travail, une violence équivalente s'exerce au niveau des courriels. Le ton autoritaire s'exprime par des formules sèches, des mots écrits en lettres capitales, en gras ou en couleur. La dévalorisation s'opère en plaçant en copie largement un mail réprobateur, etc. Le but étant toujours de prendre l'ascendant sur l'autre pour obtenir quelque chose de lui ou pour se montrer comme étant supérieur.

A partir du moment où nous banalisons ces formes de violence parfois insidieuses, nous créons les conditions favorables à des embrasements de violence. Ils peuvent survenir dans notre environnement social de proximité avec des altercations qui dégénèrent, comme avec cet adolescent dans ce bar parisien. Ils peuvent aussi se produire entre deux groupes, car nous retrouvons à l'échelle collective les mêmes phénomènes qu'à l'échelle des relations individuelles. L'effet de groupe ne faisant que les amplifier. L'agressivité peut donc flamber entre deux bandes rivales dans un quartier, tout comme entre deux pays.

Comment pouvons-nous éviter ce risque d'embrasement de la violence ? La première chose à faire est de poser clairement les différents aspects du problème. Ce danger s'inscrit dans un contexte global qu'il faut prendre en compte.

Le contexte global de la violence

Nous sommes environ sept milliards et demi d'humains à vivre dans un espace limité, la Terre, avec des ressources naturelles limitées elles aussi. Ces richesses, dont l'eau en particulier, sont indispensables à notre survie. D'autres le sont pour maintenir notre mode de vie actuel, très coûteux en ressources naturelles. Or nous savons que certaines personnes se les accaparent, ce qui produit inévitablement des conflits.

Sachant cela, il serait pertinent d'user de notre intelligence pour faire en sorte que personne ne puisse s'approprier ces ressources naturelles, tout en inventant un mode de vie qui les préserve. Nous pourrions ainsi éviter le risque d'embrasement de la violence et relever le défi de vivre tous ensemble en paix sur cette Terre.

VIVRE TOUS ENSEMBLE EN PAIX SUR LA TERRE

La paix mondiale, un vœu pieux ?

C'est un vœu pieux nous a-t-on dit, impossible à atteindre à cause de la nature humaine. Certes il est vrai que de nombreux exemples montrent que l'humain est capable du pire. Pour autant l'expression « l'homme est un loup pour l'homme » nous semble être acceptée un peu trop rapidement comme une position de principe, car il existe aussi des exemples montrant que l'inverse est vrai. L'homme est également pacifique et empathique.

L'histoire du colonialisme est jalonnée de conquêtes de territoires qui ont été facilitées par le fait que les autochtones étaient au départ pacifiques, curieux et accueillants. Les pays colonisateurs ont  bénéficié de cela au début, puis lorsque ces populations ont compris qu'elles se faisaient flouer, elles sont devenues méfiantes, voire violentes. Quant à l'empathie, elle est visible chez les très jeunes enfants, entre un an et deux ans. Nous pouvons les voir donner spontanément leur propre doudou à un enfant qui pleure. Pour finir, l'expression « l'homme est un loup pour l'homme » fait référence à la nature. Or des études récentes démontrent qu'il y a dans la nature, à côté de la loi du plus fort, une autre loi qui fonctionne. Deux biologistes ont publié un livre qui s'intitule « L'entraide. L'autre loi de la jungle » (1).

En poussant un peu plus loin l'observation des jeunes enfants nous pouvons comprendre comment se construit la relation de rapport de force. L'enfant, avant un an, commence à comprendre qu'il est une personne parce qu'il se reconnaît dans un miroir et parce que ses parents lui parlent et parlent de lui. N'étant pas certain que c'est lui qu'il voit dans le miroir, il se tourne vers l'adulte pour en avoir la confirmation (2). L'enfant s'appuie donc sur la parole de son parent puis ensuite, dès qu'il va commencer à parler, il va vouloir que sa parole à lui compte aussi, qu'elle soit entendue. C'est pourquoi il fait des demandes et refuse de faire ce que ses parents lui demandent. C'est l'entrée dans la période nommée « période du non ». Cette appellation est inadéquate car elle suggère que l'enfant a un besoin impérieux de s'opposer alors qu'il ne fait que tester la capacité de l'adulte à tenir compte de ce qu'il dit.

Face à ce nouveau comportement de l'enfant, le parent peut prendre deux postures différentes. Il peut être réactif et autoritaire, se mettant en rivalité avec l'enfant pour le faire céder ou il peut prendre une posture plus réflexive, en discutant avec lui. Sa réaction aura des conséquences sur le développement de la personnalité de l'enfant.

Un enfant confronté de façon régulière à une posture parentale de rivalité, finit par intégrer que c'est cela « être en relation ». Il prend donc l'habitude de se mettre lui aussi en rivalité avec les autres, ses frères et sœurs, ses copains, etc. C'est ainsi qu'il acquiert ce que nous appelons un « positionnement subjectif relationnel de rivalité ».

Un enfant qui est au contraire régulièrement face à un adulte qui « s'apparente » avec lui en discutant, pense qu'être en relation c'est parler et argumenter éventuellement pour trouver un terrain d'entente. Il prend alors l'habitude de faire pareil avec les autres et acquiert un «positionnement subjectif relationnel d'apparentement ».

Il faut avoir à l'esprit que les parents ont eux-mêmes acquis dans leur enfance un positionnement subjectif relationnel. Il est souvent inconscient car il s'est construit très tôt, sous l'influence de leur propre éducation qui leur semble « normale ». C'est avec ce bagage qu'ils abordent leur rôle de parent.

Le plus souvent les parents gèrent la période du non en alternant entre la posture de rivalité et la posture d'apparentement. Nous verrons plus loin ce qui en résulte, mais d'abord, regardons ce qui se passe pour l'enfant lorsque ses parents sont principalement dans l'une ou l'autre posture.

(1) Pablo SERGIGNE et Gauthier CHAPELLE. Éditions LLL - 2017
(2) Cette expérience précoce a été conceptualisée par Jacques LACAN sous le nom de « stade du miroir ».

Le mode relationnel de rivalité

Un enfant dont le parent a acquis un positionnement subjectif de rivalité est confronté régulièrement à des passages en force pour le faire céder. Il ne se sent donc pas écouté et en ressent de la frustration. Il peut aussi éprouver de la peur et d'autres émotions en fonction des moyens utilisés pour le faire obéir. Son sentiment d'injustice, de ne pas être écouté, peut le déborder et donner lieu à un acte agressif pour lequel il sera puni. C'est donc la violence visible qui est sanctionnée ; la violence invisible qu'il a subie en amont étant ignorée. L'enfant se soumet souvent, mais il peut aussi imiter son parent et chercher à passer en force en insistant, criant, se roulant par terre, etc. Qu'il obtempère ou non conduit à un « mode relationnel de rivalité ».

Ce mode relationnel se caractérise par le fait qu'il n'y a que deux places possibles dans la relation, dominant ou dominé. Cet enjeu crée inévitablement de la tension dans la relation. L'enfant est soit obéissant, voire très obéissant sous la contrainte, soit rebelle, arrivant parfois à prendre la place du dominant lorsqu'il arrive à faire céder son parent.

Vous comprenez que c'est dans ce mode relationnel que s'enracine la violence ordinaire décrite dans le premier chapitre. Elle se construit très tôt et sans qu'on y prenne garde, si bien que nous croyons qu'elle est naturelle, qu'il y aurait des enfants méchants par nature. Là encore, regardons ce qui se passe dans la nature. Certes les animaux à l'état sauvage peuvent être agressifs et violents, mais il faut remarquer qu'ils ne s'installent jamais dans une jouissance de l'agressivité et de la violence comme peuvent le faire les humains. Cette jouissance, typiquement humaine, fait le lit des embrasements de violence. Nous pouvons néanmoins être optimistes car, du fait qu'elle se construit, cette jouissance peut aussi ne pas se construire ou se déconstruire.

Le mode relationnel d'apparentement

Voyons maintenant ce que vit un enfant qui a la chance d'avoir un parent ayant acquis un positionnement subjectif relationnel d'apparentement. Sa parole étant prise en compte il est serein. Il peut alors supporter plus facilement une éventuelle déception lorsque son parent ne peut pas répondre favorablement à sa demande. Il sait que l'adulte a des motifs pour dire non, parce qu'il lui reconnaît depuis le début une « plus-value-de-savoir »(3) . Il cherche simplement à ce que ce dernier reconnaisse qu'il peut avoir raison lui aussi parfois. Il parle de sa place subjective de petit enfant et veut gagner de la liberté très tôt, quand il demande par exemple à descendre d'un trottoir tout seul sans donner la main. Lorsque son parent lui dit après avoir vérifié qu'il n'y a pas de danger « bien oui tu as raison mon chéri tu peux le faire tout seul ! », l'enfant est rassuré. Il prend par imitation la même posture relationnelle que son parent et cela les conduit à un mode relationnel détendu, le « mode relationnel d'apparentement ».

Ce mode relationnel se caractérise par le fait que chacun a une place symbolique assurée et de même valeur. La plus-value-de-savoir étant détenue par l'un et l'autre alternativement selon les situations, indépendamment de l'âge et des connaissances.

(3) - Concept lacanien que nous nous sommes appropriés pour en donner la définition suivante : c'est le fait d'avoir raison ou d'apporter une information intéressante.

Accéder au mode relationnel d'apparentement

Notre approche met l'accent sur la responsabilité des parents puisque ce sont eux qui déterminent le futur positionnement subjectif relationnel de leur enfant. Nous tenons compte aussi de leurs difficultés. Comment peuvent-ils aider leur enfant à construire un positionnement subjectif d'apparentement s'ils n'ont pas eu la chance eux-mêmes de l'acquérir ?

La prise de conscience de ce fait est un premier pas vers la résolution de cette difficulté, avec l'idée que nous ne sommes pas responsables du climat relationnel dans lequel nous avons grandi. Ensuite vient l'idée qu'il n'est jamais trop tard pour acquérir ce fameux positionnement d'apparentement.

Pour cela il faut comprendre qu'écouter un enfant qui s'oppose ne veut pas dire acquiescer. Partant de là, nous pouvons nous détendre et nous entraîner à prendre la posture d'apparentement avec lui. Nous nous mettons physiquement à son niveau pour parler, en nous baissant éventuellement, nous utilisons un vocabulaire adapté à son âge pour lui demander son avis et lui expliquer le notre. Nous raisonnons l'enfant si nécessaire, les enfants réfléchissent très tôt et comprennent beaucoup de choses.

En nous appliquant à discuter calmement avec l'enfant, nous expérimentons le fait que nous ne perdons ni notre place de parent, ni notre autorité. Nous pouvons donc maintenir notre position quand nous avons une bonne raison de le faire. Si malgré nos explications l'enfant vit mal de ne pas obtenir ce qu'il veut, nous sommes alors capables de le consoler ou de lui changer les idées, parce que l'empathie a remplacé la rivalité. Notre nouvelle posture relationnelle amène l'enfant à prendre la même par imitation.

Dans le mode relationnel d'apparentement, non seulement il y a de la place pour l'empathie, mais c'est aussi un mode relationnel qui permet d'accéder à la joie. La joie est l'émotion par excellence qui participe de ce qui nous rend heureux. Or elle est impossible à ressentir au détriment de quelqu'un, donc impossible à ressentir dans le mode relationnel de rivalité. Elle remplace avantageusement la jouissance. Lorsque l'enfant prend à son tour la même posture d'apparentement que nous, nous pouvons être contents avec lui, la joie étant majorée d'être partagée. À force de nous entraîner à prendre cette nouvelle posture relationnelle, elle devient habituelle et nous nous ancrons ainsi dans le positionnement subjectif d'apparentement.

Passer de la posture relationnelle de rivalité à celle d'apparentement équivaut à se déplacer le long d'un continuum représentant notre façon d'être en relation. Les deux postures étant chacune à une extrémité, nous prônons un déplacement vers la posture d'apparentement pour contrebalancer l'influence sociale qui nous incite à aller vers la posture de rivalité.

Pacifier nos relations pour pacifier la société

La pacification de nos relations est l'une des clés pour aller vers un vivre ensemble en paix. Il serait illusoire de vouloir une société pacifiée sans nous appliquer à apaiser nos propres relations. Pour nous aider, nous pouvons nous appuyer sur des exigences fondamentales présentes en nous dès notre plus jeune âge : une exigence de sens, une exigence de justice , une exigence de paix et une exigence d'amour.

Ces exigences sont observables chez les enfants à partir du moment où ils commencent à maîtriser le langage. Dès ce jeune âge ils cherchent à comprendre ce qui se passe autour d'eux. Ils posent des questions, souvent très pertinentes, malheureusement souvent perçues par l'adulte comme de l'impertinence. Un enfant se faisant régulièrement rabrouer lorsqu'il pose des questions peut renoncer à vouloir comprendre ce qui se passe autour de lui. Il peut aussi se départir de son exigence de justice s'il est témoin d'injustices tout en constatant que les adultes s'en accommodent. Pour finir, il peut se détourner de son exigence de paix s'il vit dans un environnement tendu avec de nombreuses disputes. Il est plus rare qu'il renonce à son exigence d'amour. C'est même souvent par amour pour ses parents et pour obtenir leur amour qu'il peut se soumettre à un mode éducatif de rivalité. Un enfant ayant renoncé à ses trois premières exigences fondamentales avance dans la vie avec l'idée qu'aimer l'autre c'est lui céder.

Nous avons tous été des enfants, nous avons pu perdre de vue nos exigences fondamentales si elles ont été trop mises à mal par ce que nous avons vécu. Cependant, il n'est jamais trop tard pour leur redonner toute leur place dans notre esprit et dans notre cœur.
Notre ancrage dans le positionnement subjectif d'apparentement a des effets bénéfiques immédiats pour nous-mêmes et pour nos relations. Nous ressentons plus de détente et de bien-être.

Cet ancrage a aussi des effets, à certaines conditions et à plus long terme, sur les organisations sociales et sur la société. Celles-ci doivent changer parce qu'elles portent en elles, actuellement, une forme de violence structurelle, invisible.

COMPRENDRE LE PIEGE DES ORGANISATIONS PYRAMIDALES

Le piège de la hiérarchisation

Notre environnement social de proximité est constitué d'organisations sociales diverses dans lesquelles nous sommes personnellement impliqués : nos familles, les écoles, les entreprises, les associations, etc. Ces organisations sont très souvent structurées de façon pyramidale (voir page 28). Cette structure nous est préjudiciable parce qu'elle induit inévitablement une hiérarchisation des places. Les critères de hiérarchie peuvent être une autorité qui s'impose (dans la famille par exemple), les notes à l'école, les performances professionnelles dans l'entreprise, les résultats sportifs dans un club, etc.

Dans une organisation sociale de structure pyramidale les places du haut sont survalorisées et assorties de privilèges, ce qui peut donner envie d'en gravir les échelons. Le fait qu'il y ait structurellement moins de places à l'échelon supérieur que de prétendants à y monter crée une compétition sociale. D'autant plus que les organisations pyramidales valorisent ceux qui savent s'affirmer, se vendre et « être forts », car ce sont des compétences recherchées. Les managers doivent en effet souvent faire adhérer leurs subordonnés à des choses dénuées de sens ou injustes. La valorisation est symbolique par le discours, tout autant que financière.

Nous constatons donc une synergie négative entre la rivalité induite par la structure pyramidale et la posture relationnelle de rivalité. C'est pourquoi il existe de plus en plus d'organisations structurées de manière pyramidale, dans notre environnement social proche ainsi qu'au niveau national et international.

La structure pyramidale très répandue normalise la posture de rivalité. De plus, nous sommes trop nombreux à admirer les personnes qui s'imposent et se font valoir, particulièrement lorsqu'elles font preuve d'une grande maîtrise du langage. Actuellement, une personne instruite et parlant bien peut aisément manipuler autour d'elle pour ses intérêts personnels, la plupart du temps masqués : un appât du gain, une envie de pouvoir, un besoin de reconnaissance narcissique, une jouissance personnelle. Ces personnes arrivent donc à gravir les échelons d'une organisation pyramidale plus facilement que les autres.

L'humanité prise au piège

La généralisation de la structure pyramidale (notamment dans les institutions politiques et les entreprises), conjuguée avec la mondialisation de toutes les activités humaines a donné naissance à une immense méta-structure pyramidale qui englobe toute l'humanité. Elle nous est invisible car nous sommes pris dedans.

Précisons rapidement les facteurs ayant contribué à faire advenir cette méta-structure. La mondialisation et le développement de l'actionnariat ont provoqué un processus de financiarisation de l'économie. La recherche d'un très haut niveau de rentabilité financière, chez les actionnaires et chez la majorité des consommateurs, a gangrené la vie économique. Il est apparu un processus d'aspiration de l'argent vers les plus riches et un appauvrissement simultané de la population. L'explication de ce processus est simple. Pour répondre au désir des consommateurs d'avoir des prix toujours plus bas, les grandes entreprises ont réduit leurs coûts de production par des robotisations et des délocalisations. Elles ont créé un chômage de masse, tout en s'enrichissant grâce à l'augmentation du volume de leurs ventes. Les petites et moyennes entreprises,   quant  à  elles,   prises  au   piège  de  cette compétitivité déloyale, ont dû s'adapter. Beaucoup ont mis la clef sous la porte ou ont été rachetées par les grandes enseignes, avec les drames humains que nous connaissons. Ce processus d'aspiration de l'argent est aggravé par les activités spéculatives à grande échelle. Le développement de l'informatique et d'Internet, conjugué avec la recherche exacerbée de rentabilité financière a donné naissance à une nouvelle économie, une « économie de la finance » qui se développe à coté de l'économie réelle. Chaque personne et chaque organisation, bancaire ou autre, qui favorise cette économie de la finance est généreusement rétribuée. Pour finir, la collusion d'intérêts entre les plus riches et les hommes politiques explique (en partie) pourquoi ces derniers ont voté des lois de déréglementation financière.

Dans la méta-structure sociétale, les grandes organisations financières privées et les multinationales ont supplanté le pouvoir politique. Les fonds de pension (4) peuvent spéculer sur les difficultés d'un État en rachetant ses obligations à bas prix et en lui imposant des conditions de remboursement onéreuses (taux élevé, étalement de la dette). Les multinationales peuvent attaquer les États en justice si elles estiment être lésées par une décision gouvernementale. En fait, la majorité des gouvernements, quels qu'ils soient et quoi qu'ils en disent, n'ont pas la main pour changer les règles économiques. À défaut de remettre en cause le processus d'aspiration de l'argent et la puissance des intérêts privés qui les empêchent de fonctionner correctement, ils sont contraints de rogner les services publics, d'augmenter les impôts, de conduire une politique d'austérité dictée par les marchés.

C'est l'argent qui hiérarchise les places dans la méta-structure sociétale. Les très riches étant la plupart du temps admirés tandis que les plus pauvres sont plaints dans le meilleur des cas ou rendus responsables de leur situation dans le pire des cas.

Ce contexte nous incite à vouloir être le plus fort, le plus intelligent, à montrer que nous répondons efficacement aux attendus de la compétitivité. C'est-à-dire à prendre la posture relationnelle de rivalité pour « être un gagnant » dans cette grande compétition sociale, qui peut nous sembler normale ou inévitable.

(4) Fond de pension : organisme de placement qui gère des capitaux issus de l'épargne salariale afin d'assurer le financement des retraites.

Comprendre pour sortir du piège

Résumons. Nous avons trois influences qui peuvent nous pousser à prendre la posture relationnelle de rivalité. Notre éducation pour certains d'entre nous, l'influence des organisations pyramidales dans les-quelles nous sommes directement impliqués ainsi que cette immense méta-structure sociétale.

Les personnes ayant acquis un positionnement subjectif relationnel de rivalité sont en phase avec ce contexte social et sociétal. Elles y évoluent avec aisance, voire avec une certaine jouissance. Quant aux personnes ayant acquis un positionnement subjectif d'apparentement, elles ont la capacité d'interroger la pertinence des influences sociales et sociétales, mais elles se contentent souvent de se mettre en retrait pour se protéger des tensions.

Il y a aussi des personnes qui n'ont acquis ni le positionnement de rivalité ni celui d'apparentement. Retournons à la « période du non ». Nous avons évoqué brièvement que la réaction du parent est le plus souvent variable, alternant entre les deux postures de rivalité et d'apparentement. L'enfant ne peut donc se stabiliser dans la sérénité de l'apparentement car son parent bascule très souvent dans la posture de rivalité ; alors il s'adapte. Lorsque son parent est dans l'apparentement, il fait valoir son point de vue et tient compte de celui de son parent, mais dès que ce dernier change de posture il se soumet ou tente de passer en force lui aussi. L'enfant s'habitue à ces changements de posture et se les approprie. Il acquiert ainsi un « positionnement subjectif relationnel fluctuant ».

Les personnes ayant acquis un positionnement subjectif fluctuant sont très perméables aux influences sociales. Or dans les organisations sociales pyramidales, c'est la posture de rivalité qui est encouragée, donc elles l'adoptent facilement.

En fait, quel que soit le positionnement subjectif relationnel d'une personne, elle peut renforcer à son insu la rivalité induite par la structure pyramidale en l'entretenant ou en s'en accommodant.

Revenons à la méta-structure et continuons notre description. Nous avons déjà dit que l'argent hiérarchise les places et que des intérêts privés ont supplanté le pouvoir politique. Quant aux hommes politiques, ils sont soit dans une collusion d'intérêts avec les plus riches, soit sous leur pression. Les plus riches étant aussi les plus puissants, ils ont de tels pouvoirs financiers, médiatiques et politiques qu'il serait illusoire de penser que nous pourrions les contraindre à réduire les injustices avec un rapport de force comme l'ont fait nos ascendants. Ils ont lutté ; parfois avec succès. La Révolution française ainsi que l'obtention de droits sociaux pour les travailleurs en sont des exemples. Encore à ce jour,  des personnes continuent de s'engager pour plus de justice. Beaucoup s'y épuisent et finissent par baisser les bras. Le déclin des syndicats s'explique sans doute en partie par le fait que beaucoup de personnes perçoivent que le rapport de force n'est plus la solution.

Ce désengagement des actions collectives peut aussi s'expliquer par le fait que les révoltes sont souvent réprimées durement par les tenants du pouvoir. Il leur est facile de justifier une répression au regard des débordements que produit inévitablement toute révolte. Ignorant (volontairement ou inconsciemment) qu'un soulèvement est réactif à une violence structurelle de la société. Nous retrouvons, là encore, une similitude entre ce qui se passe à l'échelle collective et à l'échelle individuelle. Souvenez-vous de l'enfant qui se retrouve puni pour avoir été violent, alors qu'il était débordé par un sentiment d'injustice et d'impuissance face au fait de ne pouvoir se faire entendre.

Autre raison du désengagement des actions collectives : la méta-structure et toutes les organisations pyramidales favorisent l'individualisme. Les capacités individuelles, survalorisées, sont mises à profit pour l'intérêt personnel sans se préoccuper du bien commun ni de la qualité du lien social. De plus, ce ne sont pas simplement les capacités ou les qualités qui sont hiérarchisées mais les individus eux-mêmes. La publicité utilise fréquemment ce ressort narcissique pour susciter l'acte d'achat. L'individualisme et la rivalité constituent le ciment social des organisations pyramidales.

La plupart du temps, l'absence de recul nous empêche de voir la violence structurelle des organisations pyramidales. Pourtant c'est bien la structure elle-même qui nous est préjudiciable, parce qu'elle est incompatible avec nos exigences de sens, de justice et de paix. Ne pas le comprendre nous condamne à subir perpétuellement les injustices ou à lutter contre. La lutte sera vaine tant que la structure restera pyramidale. Disons-le clairement, penser qu'il pourrait y avoir de l'égalité des chances et de la justice sociale dans une organisation pyramidale est un leurre.

Nous avons de bonnes raisons de vouloir sortir du piège des organisations pyramidales, mais un changement de structure ne se décrète pas. En revanche nous pouvons affirmer notre souhait d'en changer. Partant de là, commençons par identifier si les organisations sociales dans lesquelles nous sommes impliqués sont de structure pyramidale ou pas. La structure ne se voit pas, mais elle peut être déduite de l'observation du fonctionnement de l'organisation.

Puisque nous savons que nous retrouvons à l'échelle collective les mêmes processus qu'à l'échelle individuelle, partons des caractéristiques de la posture de rivalité pour repérer si nous sommes dans une organisation pyramidale. Si tel est le cas, nous y trouvons le passage en force sous la forme d'ordres et de décisions imposés venant du haut de  l'organisation,  le fait d'empêcher certaines personnes de parler particulièrement lorsqu'elles veulent évoquer un dysfonctionnement ou discuter une décision, la rétention d'informations qui y est monnaie courante. Nous pouvons aussi regarder comment sont perçues et traitées les personnes situées à la tête de l'organisation et celles qui sont à sa base. Admiration et mépris sont des signes également d'une structure pyramidale. Faire ce diagnostic nécessite d'être capable de ne pas se laisser leurrer par une pseudo-gentillesse ou une pseudo-liberté de parole qui masquent souvent le fonctionnement pyramidal.

Une fois que nous avons identifié que nous sommes impliqués dans une organisation pyramidale, il nous revient de chercher à nous repositionner.  Quelles marges avons-nous pour nous mettre dans la posture d'apparentement le plus fréquemment possible ?  Parfois elles sont étroites mais souvent, à force d'observer et de réfléchir, nous nous apercevons que nous en avons plus que nous l'avions cru au départ.

C'est ainsi que nous pouvons œuvrer peu à peu, jour après jour, pour introduire un peu plus de sens, de justice et de paix dans les organisations. Agir en cohérence avec nos exigences fondamentales nous enracine dans notre humanité. Pour nous aider à aller dans cette voie, voyons plus précisément comment s'ancrer dans la posture d'apparentement.  

L'ANCRAGE DANS LA POSTURE RELATIONNELLE D'APPARENTEMENT

Le rapport symbolique au langage

La posture d'apparentement se caractérise par un rapport au langage qui n'est pas au service d'une prise d'ascendant sur l'autre. Les mots sont utilisés pour penser et pour ordonner ce qui se passe en nous, ce qui se passe autour de nous et pour en dire quelque chose à l'autre sans chercher à le dominer. C'est ce que nous appelons le « rapport symbolique au langage ».
Le rapport symbolique au langage régule la relation car le sens est un point d'appui et la parole engage. La régulation est efficiente malgré les imperfections et les  limites du langage.

Il est impossible de décrire en totalité nos pensées et nos ressentis avec des mots. C'est pourquoi l'art les exprime d'une autre manière. De plus, le langage est souvent source de malentendus du fait de la polysémie (5) des mots et parce que chacun de nous a un rapport affectif et personnel aux mots. Nous pouvons donc heurter l'autre sans le vouloir.  Néanmoins le rapport symbolique au langage, en donnant accès à l'intentionnalité de celui qui parle, lève les malentendus et lave les blessures involontaires simplement en continuant de parler, ce qui permet d'avoir des relations détendues.

Avec le mode relationnel d'apparentement et le rapport symbolique au langage, les conditions sont réunies pour que la confiance s'installe. Chacun peut donc parler librement, y compris de ses difficultés grâce à l'empathie. Le nombre d'interlocuteurs peut augmenter, chacun ayant une place symbolique assurée et de même valeur que les autres. Dans cette configuration relationnelle ouverte, la différence des points de vue est perçue comme une richesse. La circulation de la plus-value-de-savoir entre tous alimente l'intelligence collective, ce qui explique l'efficacité de ce mode relationnel pour solutionner des problèmes. Les désaccords sont discutés calmement et chacun peut aisément changer d'avis si cela fait sens pour lui. L'amour peut aussi prospérer sereinement parce qu'il est connecté à nos trois autres exigences fondamentales, de sens, de justice et de paix. Le mot amour est à entendre au sens large, il va du simple attachement aux autres en général, en tant qu'il fonde l'empathie, jusqu'à l'attachement amoureux qui se fixe souvent sur une personne en particulier.

Il faut reconnaître cependant que nous avons  trop peu souvent accès au mode relationnel d'apparentement car, du fait de notre conditionnement éducatif et social, la posture d'apparentement est moins répandue que la posture de rivalité.

(5) Polysémie : le fait qu'un mot puisse avoir plusieurs sens.

Le langage au service de l'ego

Dans la posture de rivalité les mots sont utilisés pour prendre l'ascendant sur l'autre ; pour obtenir quelque chose de lui ou se faire apparaître comme  supérieur. C'est ce que nous appelons le « langage au service de l'ego ». La description en a été faite dans le premier chapitre. La personne peut intimider son interlocuteur par le ton utilisé, lui faire perdre la face avec des mots trop compliqués ou des arguments cinglants, le mettre hors-jeu symboliquement en ignorant ce qu'il dit ou en l'empêchant de parler, le manipuler en jouant sur ses sentiments ou en lui donnant des informations fausses ou partielles. Il faut ajouter à cette liste le fait qu'elle peut aussi dire une chose et son contraire.

L'enjeu de place (dominant ou dominé) conduit la personne à comparer tous les attributs, elle peut vouloir se montrer comme étant plus intelligente, plus belle, plus rapide, plus instruite, plus riche, etc. Reconnaître qu'elle s'est trompée ou qu'elle ne sait pas quelque chose est vécu comme un aveu d'infériorité. Pour éviter cela elle peut se contredire en fonction des situations ; l'important étant pour elle de ne pas perdre la face dans l'immédiateté de la relation. Si son interlocuteur lui rappelle ce qu'elle a dit précédemment, elle nie l'avoir dit. C'est très déstabilisant parce qu'il est impossible de savoir ce qu'elle pense vraiment. Ses velléités de prise d'ascendant sont inavouées, voire inconscientes. Les non-dits sont très fréquents dans le langage au service de l'ego car ils sont une pièce maîtresse de la manipulation.

Petite parenthèse au sujet des non-dits. Il peut y en avoir aussi dans la posture d'apparentement, mais pas pour les mêmes raisons. La personne qui est dans l'apparentement peut éviter de dire quelque chose par empathie pour l'autre ou parce qu'elle n'a pas encore trouvé les mots justes pour exprimer ce qu'elle veut dire.

Revenons à la posture de rivalité et au mode relationnel de rivalité. Les disputes y sont fréquentes mais souvent banalisées, comme si elles étaient inhérentes à toute relation. La violence peut surgir lorsque les deux interlocuteurs veulent occuper la place  de dominant.  Elle peut aussi s'embraser, car la jouissance de l'agressivité conduit potentiellement à des brutalités physiques et psychologiques sans limites. Les exemples ne manquent pas avec les faits divers, ainsi que dans nos fictions littéraires et cinématographiques qui mettent en scène cela très fréquemment.

Le mode relationnel discordant

Voyons maintenant le cas de figure où l'un des interlocuteurs est dans la posture de rivalité tandis que l'autre est dans la posture d'apparentement. C'est le « mode relationnel discordant ». La personne qui est dans la posture d'apparentement a tout intérêt à identifier qu'elle est face à une posture de rivalité.

S'il est facile de reconnaître quand l'autre hausse le ton ou quand il nous dévalorise ouvertement, il est plus difficile de repérer quand il nous manipule en jouant sur nos sentiments et/ou en nous donnant des informations fausses ou partielles. D'une part nous sommes pris dans nos affects et d'autre part nous ne savons pas quand l'autre nous ment ou nous cache quelque chose (sciemment ou inconsciemment). La difficulté est encore plus grande lorsque la posture de rivalité est masquée par une gentillesse apparente, ou par une véritable entreprise de séduction.

Pour nous aider à identifier cette configuration relationnelle, au-delà des apparences, nous pouvons nous fier à l'observation du non-verbal de notre interlocuteur. Son non-verbal c'est son attitude. Nous pouvons repérer qu'elle est en discordance avec ce qu'il nous dit. Par exemple s'il prend une posture autoritaire pour nous dire de lui faire confiance.

Nous pouvons aussi nous fier à notre propre ressenti. Si nous sommes mal à l'aise d'être impliqués dans une action s'affranchissant des règles sociales que nous avons l'habitude de respecter, c'est un signal. De même lorsque nous sentons que nous nous épuisons à essayer de nous faire entendre, ou que nous n'osons pas parler par peur de la réaction de notre interlocuteur. Nous craignons sa réponse parce qu'elle est imprévisible. Il joue sur toute la gamme des usages du langage que nous avons listés, pouvant passer de l'un à l'autre brusquement. Il peut nous flatter puis hausser le ton, etc. La relation n'est pas tranquille.

Une fois que nous avons repéré que nous sommes dans le mode relationnel discordant, la prudence est de mise. Pour éviter d'être manipulés, il faut différer toute prise de décision chaque fois que c'est possible. S'octroyer du temps permet de s'interroger sur l'intérêt de notre interlocuteur à nous dire telle ou telle chose. N'oublions pas qu'il utilise le langage pour obtenir quelque chose de nous, cela peut être une action ou une simple approbation silencieuse.

Cette mesure de principe (exiger du temps pour réfléchir) permet de gérer le mode relationnel discordant a minima. Il n'est jamais facile de gérer une telle relation. Faisons l'inventaire des difficultés à surmonter.

Les malentendus sont nombreux car notre interlocuteur interprète tout ce que nous lui disons avec son logiciel dominant-dominé. Il peut par exemple prendre un conseil pour une injonction, une hésitation pour une approbation, etc. Nous devons donc souvent clarifier les positions de chacun.

Autre difficulté, notre interlocuteur peut utiliser ce que nous disons pour faire pression sur nous. Évitons donc de lui donner accès à nos pensées et nos ressentis comme nous pourrions le faire avec quelqu'un qui serait dans l'apparentement. Mieux vaut nous en tenir au minimum, en insistant sur notre exigence de respect, de cohérence et de fiabilité de la parole.

D'autre part, nous sommes parfois conduits à hausser le ton pour nous défendre, voire à nous montrer agressifs. Nous pouvons même avoir des réflexes d'autodéfense violents, notamment en cas d'agression physique. Néanmoins nous n'en ressentons aucune jouissance, nous regrettons plutôt de n'avoir pas pu agir autrement ; le positionnement d'apparentement visant à se défendre de manière non violente.  

Quand nous subissons une agression verbale, la première chose à faire est de garder notre calme en respirant profondément, ce qui permet de prendre du recul. Nous pouvons alors écouter ce que dit notre interlocuteur et comprendre ce qui le met en colère. Ensuite, en l'énonçant dans le rapport symbolique au langage, nous apaisons la relation. La recherche d'une solution consensuelle devient possible. Cette façon de gérer le conflit fait expérimenter à notre interlocuteur une nouvelle manière d'aborder un différend.

Lorsque que c'est une pression que notre interlocuteur exerce sur nous et que nous lui demandons du temps pour réfléchir, il ne l'accepte pas très bien. Cette réaction est le signe que nous avons raison de différer notre réponse. Concernant la non-fiabilité de sa parole, demandons lui de confirmer par écrit ce qu'il nous dit. S'il nous reproche de ne pas lui faire confiance, ce sera là encore un signe que nous faisons bien d'être prudents. Enfin, nous pouvons éventuellement aborder la question de fond : « est-ce que j'ai le droit de ne pas être d'accord avec toi ? ». En cas de désaccord persistant, faire appel à un tiers neutre aura pour effet de le faire avancer sur le terrain de l'argumentation, de la cohérence et la fiabilité de sa parole.

Le fait de ne pas céder à la pression tout en restant calme peut provoquer de la colère chez notre interlocuteur. Respirons profondément (là encore) pour prendre du recul ; sa colère lui appartient. Accrochons nous à l'idée que nous ne faisons rien de mal. Nous sommes simplement légitimes à vouloir un véritable dialogue. Si cela n'est pas possible, nous pouvons toujours interrompre la relation. Il est alors important de le faire sans s'effacer, c'est-à-dire en lui énonçant clairement que nous refusons de parler dans de mauvaises conditions. Si nous avons pu repérer que notre interlocuteur était dans une posture de rivalité de circonstances et non dans un positionnement subjectif de rivalité, il est alors envisageable de reprendre la discussion plus tard, dans un environnement plus propice à l'apparentement.

Autre difficulté dont il faut tenir compte, notre interlocuteur ne perçoit pas l'amour de la même façon que nous. Il supporte mal que nous n'accédions pas à ses attentes parce qu'il l'interprète comme un signe de désamour. L'enjeu pour nous est donc double. Nous devons veiller à ne pas nous soumettre tout en essayant qu'il ne se sente pas rejeté pour autant.

La dernière difficulté, c'est d'arriver à freiner notre interlocuteur dans ses velléités de prendre l'ascendant sur nous. Les personnes qui pratiquent la manipulation désirent aussi que nous soyons d'accord et/ou contents, ou que nous fassions comme si c'était le cas. En exprimant notre désapprobation, même a minima, nous mettons en échec la manipulation. Au début nous pouvons commencer par des petites phrases passe-partout permettant de ne pas rester sidérés et sans voix face à leur culot ou leur mauvaise foi. Par exemple « Je n'aime pas quand tu dis (fais) ça », puis nous prenons peu à peu de l'assurance et nous arrivons à énoncer plus clairement ce qui nous déplaît.

Fort heureusement le mode relationnel discordant peut évoluer vers le mode relationnel d'apparentement. Le simple fait d'incarner nos exigences fondamentales de sens, de justice et de paix devant l'autre peut les faire résonner en lui à nouveau. Lorsqu'il peut reconnecter l'amour avec ses trois autres exigences fondamentales, il n'a plus envie de nous dominer. Il peut alors se stabiliser dans la posture d'apparentement.

Pour autant la posture d'apparentement n'est pas tenable en permanence. Rappelez-vous que les postures relationnelles de rivalité et d'apparentement sont aux deux extrémités d'un continuum sur lequel nous pouvons nous déplacer. Il y des situations qui peuvent nous faire perdre la posture d'apparentement, provoquant chez nous des réponses réactives, agressives, voire violentes. Ce ne sont que des dérapages relationnels qui ne remettent pas en cause notre positionnement subjectif relationnel d'apparentement. Ils sont simplement le signe que nous sommes humains, pétris de réflexes, de sentiments et de contradictions internes parfois difficiles à gérer. Malgré tout, nous pouvons toujours revenir à la posture d'apparentement et nous excuser. Les excuses sincères réparent instantanément les blessures émotionnelles provoquées par un dérapage relationnel.

L'apparentement : une clé pour le changement

Nous avons déjà présenté les trois modes relationnels exposés dans ce livre lors de conférences. Nous savons que certaines personnes prennent conscience d'avoir été conditionnées à la posture relationnelle de rivalité, alors qu'au fond cela ne leur convient pas. En s'engageant dans la voie du changement elles en ressentent un bien-être immédiat.

L'ancrage dans le positionnement subjectif d'apparentement et dans le rapport symbolique au langage est à nos yeux un préalable indispensable pour faire évoluer la société vers plus de sens, plus de justice et plus de paix.

SORTIR DU PIEGE DES ORGANISATIONS PYRAMIDALES

Deux voies possibles

Une organisation pyramidale qui évolue pour fonctionner dans le rapport symbolique au langage améliore son climat social. Ce processus peut être initié par le haut si les personnes nommées ou élues au sommet ont un positionnement subjectif d'apparentement, parce qu'elles en valorisent toutes les caractéristiques.

Ce processus peut aussi être enclenché par la base, à partir du moment où un nombre suffisant de personnes s'ancrent dans la posture d'apparentement. Atteindre le seuil nécessaire se fait progressivement. Au début il vaut mieux être prudent, car les personnes favorables à ce changement sont face à des personnes attachées au maintien de la structure pyramidale ; qui agissent donc avec les procédés relationnels que nous avons déjà décrits. Nous retrouvons ici une configuration identique à celle du mode relationnel discordant, mais à l'échelle collective.

Les personnes souhaitant le changement peuvent commencer par observer et penser pour elles-mêmes ce qui se passe dans l'organisation. Leur avantage est qu'elles peuvent penser sans tabous car elles sont dans le rapport symbolique au langage. Celui-ci est efficient aussi à l'intérieur de nous-mêmes puisque nous pensons avec des mots. La grille de lecture des positionnements subjectifs relationnels est aussi un atout car elle permet de repérer les personnes vivant dans l'apparentement. Celles-ci sont les premières avec qui il sera possible d'échanger des informations au sujet de ce qui se passe dans l'organisation et des ressentis. La parole pourra se libérer peu à peu, avec des prises de parole collectives permettant d'éviter qu'une personne soit exposée trop ouvertement. Il ne s'agit pas d'un rapport de force mais plutôt d'une recherche de sens, de justice et de paix.

Les personnes ayant pu identifier qu'elles ont un positionnement subjectif fluctuant ont aussi la possibilité de contribuer au changement en s'appuyant sur leurs exigences fondamentales. Elles peuvent s'autoriser à porter un jugement personnel sur ce qui se passe autour d'elles. Elles sortent alors de l'influence du climat de rivalité qui règne dans l'organisation. De ce fait elles cessent de l'entretenir tout en se protégeant elles-mêmes, car elles ne se laissent plus entraîner dans des paroles ou des actes qu'elles pourraient regretter par la suite.

Les difficultés à surmonter

Nous avons identifié trois obstacles majeurs entravant l'évolution des organisations pyramidales et de la méta-stucture sociétale. Le premier est notre attachement à la posture de rivalité qui procure de la jouissance. Cette dernière peut être tout aussi importante chez les personnes qui agissent pour leur intérêt personnel que chez celles défendant une cause pour le bien commun. En imposant ses idées ou en s'imposant, la personne ressent une impression de puissance. Elle peut aussi croire qu'elle doit s'imposer pour exister. Cette idée n'est vraie que parce que nous vivons dans une société qui légitime actuellement le fait de se battre pour réussir dans la vie. Pour notre part, nous pensons qu'en restant fidèles à nos exigences fonda-mentales nous cultivons notre force intérieure, ce qui nous permet de réussir notre vie. Tenir cette posture en dépit des difficultés nourrit notre sentiment d'exister.

Le deuxième obstacle au changement, c'est l'admiration. Nous sommes souvent trop sensibles à l'apparence et au statut social, qui peuvent même nous fasciner. De ce fait, nous attribuons facilement aux personnes qui sont en haut d'une organisation sociale des qualités qu'elles n'ont pas forcément. Notre admiration nous incite à vouloir nous rapprocher d'elles en gravissant les échelons. A l'échelle de la méta-structure sociétale, s'approcher des personnes qui sont dans sa partie haute peut se faire par le biais de la lecture de la presse people. Elle nourrit notre narcissisme en fournissant un leurre d'appartenance à leur monde, voire un rêve d'en faire un jour partie. L'admiration nous entraîne sur le terrain de l'Imaginaire (6) qui peut envahir notre existence et nous aveugler. Nous sommes alors empêchés de voir que les personnes admirées sont des êtres tout aussi faillibles et vulnérables que nous. L'Imaginaire peut aussi nous détourner de notre vie réelle. En prendre conscience permet de nous recentrer sur ce que nous vivons pour en profiter pleinement. La vie n'est pas semée uniquement d'embûches et de peines mais aussi de réussites et de joies.

Enfin le troisième obstacle identifié est la peur. Trop forte, elle peut pousser à se placer du côté des puissants ou à se mettre en retrait pour se protéger. Dans les deux cas cela contribue au maintien de la structure pyramidale. Pourtant la peur peut être utile jusqu'à un certain point, car elle nous permet d'identifier un danger. C'est le premier pas indispensable pour pouvoir s'en protéger. En l’occurrence, nous avons vu qu'il est dangereux de mettre en cause trop ouvertement et individuellement une structure pyramidale. Heureusement, le premier changement se fait dans notre esprit et n'est donc pas visible. Nous pouvons prendre tout le temps nécessaire pour réfléchir avant d'agir, évitant ainsi de nous exposer inutilement par des prises de positions trop réactives.

La voie du changement d'une organisation est d'un coté délicate (lorsqu'elle est initié par la base) et de l'autre coté conditionnée au bon vouloir des personnes étant au sommet. Au niveau de la méta-structure, le changement par le haut est à priori peu probable. Néanmoins, notre optimisme vient du fait qu'il y a toujours eu des personnes aspirant à plus de justice sociale et agissant pour cela à tous les niveaux de la société, y compris dans les classes sociales privilégiées. Le roi  Henri IV (7), Victor Hugo (8), Paul Valéry (9) et Michel Onfray (10) en sont des exemples connus, mais il y a aussi heureusement une multitude d'inconnus qui s'investissent et agissent au quotidien en cohérence avec leur exigence de justice.

(6) Écrit avec un I majuscule, l'Imaginaire est un  concept lacanien que Jacques Lacan oppose au Réel et au Symbolique.
(7) Henri IV a oeuvré pour que les paysans  puissent manger une poule au pot tous les dimanches.
(8) Victor HUGO s'est engagé pour que les classes populaires aient des conditions de vie décentes.
(9) Paul VALERY s'est opposé à l'oppression des juifs sous l'occupation.
(10) Michel ONFRAY a créé l'université populaire de Caen pour démocratiser l'accès au savoir.

Où en sommes-nous ?

Actuellement, au sommet de la méta-structure, il y a quelques milliardaires qui ont éprouvé le besoin de se regrouper pour envisager de redistribuer une partie de leur richesse à leur mort, comme en témoigne le club de milliardaires « The Giving Pledge » (promesse de don) (11). D'autres investissent des fonds, de leur vivant, dans des œuvres socialement utiles. Nous n'ignorons pas qu'ils en retirent des bénéfices fiscaux et/ou narcissiques, car ils déclarent fiscalement leurs dons et les font connaître publiquement. Néanmoins, nous ne pouvons exclure le fait qu'ils cherchent peut-être sincèrement à corriger des injustices sociales. Nous serions alors légitimes à leur dire qu'il serait plus juste d’œuvrer pour que l'organisation économique permette à chacun de vivre dignement de son activité, que cela éviterait de maintenir une partie de la population sous la dépendance de leur générosité et des aides sociales. Malheureusement, les milliardaires sont trop éloignés de nous pour que nous puissions avoir ce type de discussion avec eux.

La méta-structure pyramidale n'est pas dotée d'instances de discussion entre sa base et son sommet, ce qui induit un sentiment d'impuissance face l'enrichissement structurel et indécent des plus riches. Ce sentiment provoque de la colère voire de la haine chez certaines personnes, s'exprimant souvent par des actes de vandalisme. Le sentiment d'impuissance peut aussi provoquer de la jalousie chez des personnes percevant qu'elles n'arriveront jamais à s’élever autant qu'elles le souhaitent. Alors elles jalousent celles et ceux qui réussissent mieux qu'elles dans leur entourage.

Désamorcer la violence en amont, nécessite de neutraliser le processus structurel d'enrichissement en cessant de l'alimenter. Nous pouvons vivre bien et même mieux sans rechercher systématiquement la rentabilité financière maximum. Consommer moins permet de faire vivre les acteurs économiques en payant le travail à sa juste valeur. Ce nouveau comportement en se généralisant aura des effets bénéfiques sur la méta-structure sociétale, nous les expliciterons ultérieurement. Avant cela, voyons plus précisément ce qui se passe actuellement dans notre environnement social de proximité.

Les organisations sociales ont des instances permettant une discussion directe entre le sommet et la base : les comités d'entreprise ou les CHSCT2 dans les entreprises, les assemblées générales dans les associations, etc. Il existe aussi des possibilités de faire remonter des informations ou des questions par les échelons hiérarchiques, à condition que le manager n'ait pas pour objectif principal de monter dans l'organisation. Si c'est le cas il n'importunera pas ses supérieurs avec des informations gênantes, il leur laissera plutôt croire que tout va bien. Heureusement, certains cadres assument ce rôle de transmission car ils sont soucieux de la qualité du travail ainsi que des conditions dans lesquelles il est effectué.

Nous avons bon espoir en la capacité d'évolution des organisations pyramidales, car le management par l'apparentement et le rapport symbolique au langage s'avère plus efficace que celui fondé sur la compétition sociale et la rivalité. De nombreux chefs de petites et moyennes entreprises le savent et fonctionnent ainsi depuis longtemps. Ils veulent que leurs employés trouvent du sens à leur travail, les traitent de façon juste et veillent à ce que le climat de travail soit serein. Ils savent qu'ils obtiennent ainsi une meilleure qualité de travail et qu'ils fidélisent leurs employés.

Depuis quelques années nous assistons à un revirement dans le management au sein de très grandes entreprises. Elles se mettent à fonctionner dans l'apparentement vis-à-vis de leurs employés et s'emploient à supprimer la rivalité entre eux. Elles veillent à leur bien-être, mettant à leur disposition  des salles de repos, de sport, des séances de yoga, de massages, etc. Si elles le font, c'est qu'elles ont perçu la plus-value financière qu'elles peuvent en retirer. Le « brainstorming »3 (qui favorise la résolution de problème) est efficace uniquement si chacun se sent libre de parler sans peur du jugement ou de l'exclusion. Néanmoins ne nous laissons pas duper par les apparences. L'apparentement et le rapport symbolique au langage sont aussi instrumentalisés ; ces grandes entreprises en attendent un retour sur investissement qui leur permettra de gagner la compétition économique. À l'extérieur, la rivalité reste de mise.

Prenons les choses du bon côté, si ces grandes entreprises abandonnent le management par la riva-lité, c'est bien la preuve qu'il est moins efficace que le management par l'apparentement. Plus il y aura d'organisations qui modifieront leur fonctionnement (pas uniquement les entreprises), plus cela pacifiera notre environnement social de proximité. La généralisation de cette évolution contribuera aussi au changement  de notre société. Avant de l'envisager de quelle manière, penchons nous sur une deuxième difficulté à identifier et à résoudre. Il s'agit de ce qui est appelé communément le « système ».

(11) The Giving Pledge : club de milliardaires créé par Bill Gates et Warren Buffet en 2010.
(12) CHSCT : Comité d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail.
(13) Brainstorming : technique de résolution créative de problème.

LA TRANSFORMATION DU SYSTEME

La référence au système sert souvent à justifier les injustices ou les incohérences qui sévissent dans la méta-structure, tout en nous laissant entendre que nous n'y pouvons rien.

Par exemple, il est dit parfois que si l'argent va toujours vers les plus riches c'est à cause du système. Nous avons déjà parlé du processus d'aspiration de l'argent vers le haut, faisons un petit rappel et ajoutons une précision.

Nous avons dit que l'argent est aspiré vers le haut de la méta-structure à cause de la généralisation de la recherche exacerbée de rentabilités financières, autant  chez les actionnaires que chez les consommateurs. Ajoutons que ce processus est renforcé par le fait que consommer est devenu un moyen de se rassurer narcissiquement, pour beaucoup de personnes. Cette dimension narcissique explique (pour une part) la frénésie consumériste qui concerne maintenant tous les biens de consommation, les loisirs et les services. Les grandes multinationales en sont les premières bénéficiaires. Pourtant cela ne leur suffit pas et elles jouent aussi sur la baisse de la quantité de produit (ou de service) pour le même prix ainsi que sur la baisse de la qualité (voire l'obsolescence programmée) pour  augmenter toujours plus leurs bénéfices.

Vous comprenez avec cet exemple que se contenter d'invoquer le système pour justifier nos problèmes n'est pas satisfaisant. Nous allons définir précisément ce que nous mettons sous ce mot, quels sont les effets du système actuel et comment nous pouvons les corriger.

Qu'est ce que le système ?


Nous considérons que les organisations, quelle que soit leur taille, répondent à la loi du fonctionnement des groupes. C'est à dire qu'un groupe est constitué de la somme de ses membres et d'une dynamique collective (14). Cette dynamique collective dé-passe chaque individu pris isolément et elle est le reflet des comportements les plus répandus dans le groupe. En tant que dynamique, elle produit un système qui se développe pour lui-même à l'intérieur du groupe. Il en est de même pour la société dans son ensemble.

Étant donné que nous sommes majoritairement dans des postures de rivalité nous retrouvons cette rivalité dans notre dynamique collective sociétale. De même, comme nous avons tendance à accorder massivement trop d'importance à l'apparence nous retrouvons la prépondérance du paraître sur l'être dans notre dynamique collective.

Cette dernière produit un système qui se développe pour lui-même à l'intérieur de la société. Le système dont nous entendons si souvent parler est là, déconnecté des humains puisque la dynamique collective s'intercale entre les deux. Sa seule logique est une logique d'expansion de lui-même. C'est la multiplication à l'infini des produits de consommation, c'est de l'organisation pour l'organisation, des procédures pour les procédures, des lois pour les lois, indépendamment du sens et indépendamment du fait qu'elles soient applicables et/ou appliquées.

(14) Le psycho-sociologue Kurt Lewin (1890 - 1947) est à l'origine de cette théorie que nous nous sommes appropriée.

Caractéristiques du système actuel

L'accumulation de lois, de règles, de procédures,  de normes, votées ou décidées souvent de manière hâtive, nous confronte à des décisions incohérentes qui viennent heurter notre exigence de sens. Nous présenter une solution à un problème qui ne règle pas vraiment le problème, ou qui est en contradiction avec des obligations que nous avons par ailleurs est une forme de violence.

Prenons un exemple dans le monde du travail avec  les  procédures.  Celles-ci  permettent de décrire la mise en œuvre d'une tâche pour ne rien oublier. Elles sont adaptées pour une tâche simple mais le sont moins, voire pas du tout, pour une tâche complexe. D'abord il est impossible de tout décrire dans une procédure. D'autre part ces dernières ne peuvent pas prévoir tous les imprévus, alors qu'un agent expérimenté saura les prendre en compte et adapter son action en conséquence. Pourtant la généralisation des procédures nous est présentée comme étant une garantie de la bonne exécution du travail.

Le principe du système est « toujours plus », il est donc apparu des « procédures-qualité ». Elles évoluent sans arrêt et se multiplient, si bien que leur mise à jour et leur application nous prend beaucoup de temps. Nous sommes donc contraints d’œuvrer ensuite dans la précipitation, or c'est incompatible avec un travail de qualité. Pourtant les procédures s'ajoutent les unes aux autres car la logique d'expansion du système n'a que faire de la véritable qualité.

Au niveau de la communication il y a aussi une surenchère. Nous sommes sur-sollicités pour nous exprimer, voter,  « liker » (aimer), etc. Il est quasiment impossible d'échapper aux enquêtes de satisfaction devenues systématiques après un contact avec un prestataire ou après un achat. Nous savons qu'une note inférieure à 9/10 sera préjudiciable à la personne qui nous a servi. Si nous voulions signifier un mécontentement portant plus largement sur l'ensemble du service, nous évitons de le faire pour ne pas la mettre en difficulté. Ces enquêtes ne reflètent donc pas la réalité, néanmoins nous sommes fortement incités à y répondre ; il est maintenant indispensable aux entreprises de fournir des statistiques de satisfactions.

Communiquer, c'est aussi être présents sur les réseaux sociaux. C'est devenu presque obligatoire pour exister, garder sa place dans les médias, éviter une éventuelle usurpation d'identité. Nous sommes invités à nous exprimer sur tout et n'importe quoi, si bien qu'Internet regorge d'expressions réactives, insensées, péremptoires, non respectueuses, violentes, d'autant plus qu'elles se font sous couvert d'un pseudo. L'important c'est de communiquer, le système n'a que faire de ce qui est dit.

Concernant les lois c'est pareil. Peu importe qu'il y en ait qui ne soient pas appliquées ou qu'elles se contredisent parfois, il en arrive toujours de nouvelles. À tel point que certains juristes reconnaissent qu'il y en a trop, parce que nous voulons en faire une pour chaque cas. La prolifération de lois de plus en plus précises conjuguée avec l’adage « tout ce qui n'est pas interdit par la loi est permis », produit des failles. La loi ne peut plus jouer son rôle, elle est censée prévoir toutes les formes d'infractions alors que c'est impossible. L'évolution de la société est trop rapide au regard du temps nécessaire pour faire évoluer le droit. Les lacunes sont donc nombreuses et les personnes qui veulent contourner la loi peuvent en profiter, d'autant plus lorsqu'elles ont les moyens de s'octroyer les services de juristes.

Autre effet délétère de la prolifération systémique des lois, il est impossible de les connaître toutes. Pourtant l’expression « nul n'est censé ignorer la loi » peut nous être opposable à tout moment. Il devient extrêmement compliqué d'organiser la moindre sortie scolaire ou petite manifestation populaire tellement les obligations légales à respecter sont nombreuses. Les organisateurs s'épuisent, se lassent et finissent par baisser les bras. Les petites manifestations culturelles et festives de quartier ou de village sont en train de disparaître au profit d'événements organisés à grande échelle, standardisés et tournant à grand renfort de publicité sur tout le territoire. Qu'importe, le système ne fait pas de sentiments, il n'a que faire des conséquences de cette déferlante législative.

Le système s'auto-entretient pour lui même, il faut que ça tourne, toujours plus vite et peu importe si ça ne tourne pas rond. Dans cet emballement, ceux qui veulent prendre le temps de réfléchir sont traités « d'enquiquineurs ». Nous sommes pourtant légitimes à vouloir une véritable qualité du travail, une communication qui engage la personne qui parle, ainsi que des lois sensées, justes, applicables et appliquées.

Comment changer le système ?

Remontons la chaîne de cause à effet qui produit le système, en partant de ce dernier. Nous passons par la dynamique collective qui n'est que le reflet de nos attitudes les plus répandues, pour arriver à nos propres postures individuelles. Nous avons vu que ces dernières sont modifiables puisqu'elles sont déterminées par notre éducation et par notre perméabilité à notre environnement social et sociétal. Donc, en nous reconnectant massivement à nos exigences fondamentales et en nous ancrant dans la posture d'apparentement, nous en retrouverons toutes les caractéristiques dans notre dynamique collective. Nous pouvons raisonnablement penser que cela impactera le système qu'elle produit. Le système peut être vertueux.

Que nous cherchions à corriger le système ou la structure des organisations, cela nous ramène toujours à la nécessité d'un changement de comportement de notre part. Cette idée qu'il nous faut changer nous-mêmes nous inflige une petite blessure narcissique, mais elle est vite compensée par la détente et le bien-être ressentis lorsque nous abandonnons la posture de rivalité. Elle est aussi vite relativisée au regard de la nouvelle voie qui s'ouvre à nous, car nous comprenons qu'il est possible de modifier l'actuelle méta-structure. L'apparition d'un espoir pour l'avenir favorise la cicatrisation de notre petite blessure narcissique. Nous pouvons alors nous approprier la phrase célèbre de Gandhi (15) « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. »

(15) Mohandas Karamchand Gandhi (1869 – 1948) : avocat de formation, il s'est investi pour la justice sociale et fut l'initiateur du mouvement pour l'indépendance de l'Inde. Il occupa des fonctions politiques dans ce pays.

QUELLE SOCIETE VOULONS-NOUS ?

Regarder le passé pour comprendre le présent et choisir l'avenir

Nous avons identifié deux grands problèmes de notre société : la structure pyramidale (des organisations et de la société) ainsi que l'emballement d'un système déshumanisé. Ils nous ont conduits à la situation actuelle. Une infime fraction de la population mondiale (1%) détient la moitié de la richesse mondiale (16) et cette injustice produit une violence qui augmente inexorablement. Faisons une rétrospective de l'évolution de deux courants de pensée dans l'histoire de la civilisation occidentale pour ouvrir un nouvel axe de compréhension et d'action.  

(16) « 50,1% de la richesse mondiale aux mains de 1% de la population. » - L'express.fr (17/11/2017).

Le courant scientifique et technique

D'un côté des personnes se sont engagées dans le développement technique, ce qui a permis dans un premier temps de résoudre des problèmes de survie de l'espèce. La sédentarisation et l'accès à une relative sécurité à ouvert les voies de la science, de la philosophie et de l'exploration de la planète, tandis que le progrès technique épargnait à l'humain des tâches éprouvantes et peu épanouissantes. Tout récemment, le progrès informatique a contribué à l'accélération de la mondialisation de l'économie et à l'entrée dans l'ère de l'économie de la finance. Pour finir, des recherches scientifiques et techniques ont été accaparées (elles aussi) par des personnes déjà riches pour spéculer sur les futures découvertes. Tous les domaines d'activités sont concernés : le numérique, la médecine,  le spatial,  la génétique, la production agricole et industrielle, etc.

Concernant l'industrie, l'extraction des ressources naturelles devenant de plus en plus difficile les multinationales investissent dans des procédés innovants. Elles ne se préoccupent pas des dégâts collatéraux qu'ils provoquent sur la nature et sur les populations environnantes. Les collusions d'intérêts avec les politiques et/ou les pressions s'exerçant sur eux, aboutissent à la signature des autorisations d'extractions. Ces nouveaux procédés nous sont d'ailleurs présentés par les hommes politiques et par les grands médias comme étant de belles avancées, « c'est le progrès » nous dit-on.

Le courant scientifique et technique revendique et nous fait croire que le progrès est l'extension sans limite de nos connaissances et de nos capacités techniques. Cette idée, conjuguée avec l'individualisme et le désir de sur-consommation, nous amène à penser que la clé de la liberté et du bonheur serait dans la satisfaction de nos désirs individuels sans restriction. Le désir ultime étant de vouloir ne pas vieillir, voire ne pas mourir.

L'expression commune « il n'y a pas de problèmes il n'y a que des solutions » nous incite à aller de l'avant sans réfléchir. Nous évitons ainsi la question suivante pourtant cruciale : au service de quoi le pro-grès est-il mis ? Ceux qui osent poser cette question sont taxés de vouloir « revenir à l'époque de la bougie ». Les tenants du courant scientifique et technique tentent, avec ce type de réponse, d'invalider la pertinence de cette question pour s'exempter d'une discussion argumentée.
Revenons au début de l'histoire de notre civilisation pour envisager l'autre courant de pensée et son évolution.

Le courant philosophique

Les religieux et les premiers philosophes se sont toujours interrogés sur le sens de leur existence et de leurs actions. Ces premiers penseurs raisonnaient à l'échelle d'une vie humaine, de l'organisation sociale de leur communauté et de ce qu'ils percevaient du cosmos à l’œil nu. Lorsque la planète a été appréhendée dans son ensemble, ils ont pensé la complexité du monde. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que certains penseurs ont interrogé l'impact de l'activité humaine sur la planète et sur l'humanité. En 1931, Paul Valéry ouvre cette question avec une phrase devenue très connue : « Le temps du monde fini commence ». Elle n'a pas eu les effets attendus... faisons un dernier retour en arrière pour en comprendre les raisons.

Conséquence dramatique de la scission des deux courants

Au cours de l'histoire, des personnes ont incarné l'unité de la connaissance dans laquelle étaient réunis le courant scientifique et technique et la réflexion philosophique. Hippocrate et Léonard de Vinci, entre autres, étaient à la fois des scientifiques et des philosophes. Avec le développement de la science, il est devenu impossible à un seul homme d'appréhender toutes les connaissances de son époque. Ces dernières ont alors été réunies dans des encyclopédies. Il est apparu ensuite une césure entre le courant scientifique et le courant philosophique. Elle est repérable avec l'apparition d'oppositions verbales. Il y eu d'un coté les « sciences exactes » et de l'autre les « sciences humaines », ou encore les « sciences dures » et les « sciences molles ». Ces nominations ont induit une hiérarchisation qui a relégué au second plan le courant philosophique.

Le développement sans frein de la science et de la technique a provoqué une augmentation de la consommation par l'invention sans limites de nouveaux produits. Il participe maintenant à l'accélération de la sur-consommation.

Si nous continuons dans cette voie (évitant d'interroger la finalité du progrès) et à cette allure, nous irons tout droit vers plus de dégradations de la planète, plus d'écarts de revenus, et plus de compétition sociale. Nombreux seront nos concitoyens qui basculeront dans la pauvreté, processus qui a déjà commencé. La classe moyenne est en train de se paupériser, ce qui revient schématiquement à resserrer le haut de la méta-structure tout en augmentant sa base. En extrapolant nous arriverons à une nouvelle méta-structure sociétale que nous appelons le « Chapeau de Merlin ». L'augmentation de l'injustice sociale ne pourra que provoquer de plus en plus d'embrasements de violence. C'est nous tous qui les subirons.

Le courant altruiste et bienveillant

Heureusement, l'avertissement de Paul Valéry  est maintenant pris au sérieux. Un grand nombre de personnes s'en emparent et de nombreux mouvements citoyens apparaissent. Parmi ceux-là, l'un nous semble particulièrement pertinent, c'est le mouvement qui prône de ralentir les activités humaines. Ce concept de « slow-life » (vie lente) permet de prendre le temps de travailler, manger, se déplacer, contempler la nature et les beaux ouvrages, etc. C'est très facile à mettre en œuvre et cela ne coûte rien. Nous réduisons de fait la pollution liée à l'activité humaine et nous pouvons prendre le temps de réfléchir au futur que nous voulons.

En freinant notre activité, nous nous donnons une chance de pouvoir négocier un virage à 90° pour éviter d'aller tout droit vers le Chapeau de Merlin. Nous ne sommes pas sûrs d'y arriver, mais l'enjeu étant considérable nous devons tout faire pour y parvenir. Le « Osons l'optimisme ! » du titre du livre est donc un appel.

Ce « Osons l'optimisme ! » vise aussi à rendre visible la montée en puissance de la mobilisation de nos concitoyens pour améliorer la société. Il apparaît  un nouveau mouvement que nous appelons « courant altruiste et bienveillant ». Sa dynamique réunit (à nouveau) la recherche scientifique et technique et la philosophie, pour mettre notre intelligence au service du bien commun et du bien-être pour tous.

Des documentaires, des conférences, des livres, de plus en plus nombreux, nous invitent à prendre conscience de la nécessité de réfléchir au sens de nos actes, ainsi qu'à leur impact à l'échelle de la planète. Un nouveau mode de vie apparaît, affranchi de la hiérarchisation et de la compétition sociale, libéré aussi de l'influence de la mode et de la publicité qui nous poussent à sur-consommer. En permettant aux acteurs de la vie économique de vivre (grâce à notre consommation modérée), nous désamorçons le processus d'aspiration de l'argent vers le haut. Nous collaborons au lieu de rivaliser, nous prenons le temps de profiter pleinement du présent, etc.

Continuer sur cette nouvelle voie revient schématiquement à repousser les bords de la méta-structure pyramidale vers l'extérieur. En extrapolant nous arriverons à une nouvelle méta-structure de société, trapézoïdale. Dans une organisation trapézoïdale, les écarts de revenus seront structurellement contenus dans des proportions raisonnables et la compétition sociale s'estompera. La peur puis la violence diminueront.

En veillant à ce que le pouvoir politique ne soit pas supplanté par des intérêts privés nous pourrons stabiliser la structure. Le pouvoir politique aura alors réellement les moyens financiers  de mettre en œuvre le programme pour lequel il aura été élu ; les élections reprendront donc du sens. Il revient aux citoyens, dès à présent, d'élire des personnes qui incarnent vraiment ce courant altruiste et bienveillant et/ou de créer une nouvelle offre politique.

Pour autant la structure trapézoïdale n'est pas totalement satisfaisante. Nous considérons qu'elle n'est qu'une première étape, qui sera difficile à atteindre parce qu'elle nécessite un déconditionnement. Changer de repères et modifier nos habitudes demande un effort que nous pouvons néanmoins accepter lorsque nous en comprenons l'intérêt. Une autre difficulté provient du fait que des personnes ne voient pas la nécessité d'un tel changement, voire en refusent l'idée.

Nous pouvons tout de même être rassurés en prenant conscience que le courant altruiste et bienveillant se développe bel et bien, partout dans le monde. Il est encourageant de constater la diversité des voies convergeant vers lui. Certaines personnes le rejoignent en arrivant par le chemin de la méditation, d'autres par celui de la politique, d'autres par la religion et d'autres (comme nous les auteurs) par leur simple exigence de sens, de justice et de paix.

Tenir le cap vers la méta-strucuture trapézoïdale, en dépit des difficultés sera plus facile en ayant une représentation claire et consensuelle de l'étape suivante. 

VERS UNE STRUCTURE DE SOCIETE DESIRABLE

Le modèle d'organisation permaculturel

Un modèle a été décrit depuis longtemps, il a une  structure en forme de fleur (17). Chaque pétale représente une partie constituante de l'organisation, ce qui induit qu'aucune partie n'est survalorisée. Ce modèle provient de la permaculture, il peut se décliner à toutes les échelles depuis les plus petites organisations jusqu'à la société dans son ensemble.

(17) Modélisation par deux Australiens, Bill MOLLISON et David HOLMGREN au cours des années 70.

A l'échelle de la société, l'égalité structurelle entre les différents secteurs d'activité est similaire à l'égalité symbolique entre tous les interlocuteurs du mode relationnel d'apparentement. Il y a donc une synergie positive entre la méta-structure permaculturelle et la posture d’apparentement.

Au cœur de ce modèle il y a l’Éthique associée aux trois principes fondamentaux de la permaculture qui sont : prendre soin de la nature, prendre soin de l'humain, partager les richesses. Les auteurs de ce modèle considèrent, tout comme nous, que c'est nous tous qui construisons notre société. Ils l'ont illustré par une flèche qui part du centre de la structure et qui traverse tous les secteurs d'activité. Cette flèche circulaire signifie que chacun peut s'emparer des trois principes fondamentaux et modifier son comportement en conséquence, quelle que soit sa place dans la société : agriculteur, policier, entrepreneur, avocat, artisan, artiste, homme politique, enseignant, etc. Les auteurs parlent de « révolution douce ». L'expression peut surprendre, mais à la réflexion elle est pleine de sens. Il s'agit bien d'une révolution menant à un changement radical de paradigme ; pour autant cette transformation peut s'opérer sans passer en force contre quiconque.

Le simple fait de ne plus alimenter le processus d'aspiration de l'argent permettra une meilleure répartition des richesses. Schématiquement cela revient à aplanir la méta-structure pyramidale. Arrêtons aussi d'admirer sans discernement les personnes qui gravissent les échelons de la méta-structure et celles qui sont propulsées au rang de stars. Nous pourrons ainsi sauvegarder notre capacité à interroger le sens et l'éthique de leurs actions. Nos changements de comportement et d'attitude porteront le message que nous voulons leur adresser. Gardons à l'esprit qu'elles ont les mêmes exigences fondamentales que nous. Elles pourraient comprendre, pour certaines d'entre elles, que l'intérêt commun est un intérêt supérieur qui est aussi finalement le leur.

Concernant les personnes que nous côtoyons  dans les organisations sociales pyramidales, n'hésitons pas à leur dire pourquoi nous voulons aller vers le modèle d'organisation permaculturel. Osons leur parler de ce qu'elles y gagneront. D'abord le bien-être de la détente lorsqu'elles ne seront plus tenues à l'hyper-vigilance pour conserver leur place. Un gain de temps quand elles ne désireront plus un train de vie excessif et ne seront plus obligées de se vouer entièrement au travail pour le maintenir. La liberté de circuler partout sans craindre pour leur personne ou leurs biens, car la jalousie, les rancœurs et la haine ne seront plus entretenues socialement. Elles pourront enfin goûter le temps passé avec ceux qu'elles aiment.

Les personnes qui resteront ancrées dans les process que nous devons abandonner (recherche exacerbée de rentabilité financière, accumulation, recherche exacerbée de reconnaissance narcissique) seront peu nombreuses, donc elles n'impacteront pas la société dans son ensemble.

Modèle pour penser notre action à l'échelle du monde

Nous pensons que la méta-structure permaculturelle peut faire consensus, hormis pour les personnes qui s’acharnent à vouloir conserver la jouissance de leurs privilèges. Elle répond à toutes les facettes du défi de l'humanité. En prenant soin de la nature, de l'humain et en partageant les richesses, nous pourrions vivre tous ensemble en paix sur notre belle planète. Ce souhait, en devenant un objectif, implique de relever un défi démographique en plus du défi écologique.

La planète étant un espace fini, il y a un nombre maximum d'humains au-delà duquel des conflits pour la survie de l'espèce risquent de surgir. C'est pourquoi nous devons anticiper la régulation de la population mondiale. Nous savons que dans les pays dits « riches », la natalité a baissé, mais nous ne devons pas généraliser notre mode de vie actuel trop coûteux en ressources naturelles. Pour vivre en sécurité, nous n'avons pas besoin de sur-consommer, nous avons plutôt besoin d'une organisation sociale et politique juste et raisonnable écologiquement. Pour qu'elle soit juste il faut qu'elle ne porte préjudice à personne, y compris à l'autre bout du monde. Pour qu'elle soit viable écologiquement, il faut qu'elle préserve les ressources naturelles, qu'elle protège la bio-diversité ainsi que l'équilibre entre la production de gaz carbonique et sa régulation par la végétation. Si ces nouvelles conditions de vie (sécurité et sobriété) ne suffisent pas à réguler la natalité, il nous faudra sans doute prendre une décision courageuse en légiférant sur le nombre d'enfants par couple au niveau mondial. Le double défi qui se présente à l'humanité (écologique et démographique) nous impose d'accepter des limites.

Arrêtons de vouloir accéder à nos désirs individuels sans restriction. Ces derniers génèrent des conflits, chacun se sentant dans son bon droit. Pour que nous puissions accepter et respecter des limites et des règles sociales il faut qu'elles soient sensées et justes. Nous y gagnerons alors une grande liberté de circuler en sécurité, partout et à toute heure. Il vaut mieux nous auto-limiter pour la paix sociale que par la peur comme nous le faisons actuellement (s'enfermer, éviter de sortir à certaines heures ou dans certains quartier, etc.).

Accepter des limites, y compris le fait que nous soyons mortels, nous permettrait de vivre mieux en formant une véritable communauté humaine. Nous pourrions nous octroyer prioritairement tout le temps nécessaire pour nous relever de la perte d'un être cher, ainsi que pour accueillir un nouvel être sur terre. En somme, nous aurions enfin la capacité de prendre soin de nous, des autres et de la société.

Agir pour la société a du sens car cela répond à notre attente qu'elle soit bienveillante envers nous. Nous allons, une fois n'est pas coutume, faire une proposition très concrète. Elle est facile à mettre en œuvre et ne coûte rien. Pour valoriser le fait de prendre soin de la société nous pourrions rajouter une rubrique « Action citoyenne » sur les curriculum vitae.

Voilà, nous arrivons au terme de notre analyse. Le modèle permaculturel peut nous guider, comme un point de mire, tout en constituant un objectif. Il peut en être de même pour la définition du bien-être universel que nous proposons :

Ce bien-être n'est pas gourmand en ressources naturelles, il met au premier plan la qualité de nos relations et la question du sens de la vie. Nous n'avons aucune raison de ne pas y arriver à partir du moment où nous le désirons massivement et mettons tout en œuvre dans ce but.

CONCLUSION

Nous espérons que la lecture de ce petit livre vous a permis de vous faire une représentation à la fois globale et précise de la situation à laquelle nous sommes confrontés, individuellement et collectivement. Nous souhaitons aussi vous avoir transmis quelques idées.

Une voie existe pour construire une société juste et apaisée. L'emprunter implique d'arrêter  de faire des efforts pour nous adapter au modèle actuel  qui ne pourra jamais être compatible avec nos exigences fondamentales de sens, de justice, de paix et d'amour.

L'intérêt commun et l'intérêt individuel vont dans le même sens, sauf quand des intérêts individuels excessifs prédominent.

Une fois cela compris, le changement s'opère jour après jour parce que nous nous repositionnons en modifiant nos comportements, notre posture relationnelle et notre façon de consommer. Nous en retirons un bénéfice immédiat en terme de détente et de bien-être.

Vivre tous ensemble en paix sur la Terre est un objectif atteignable et ce n'est pas à nos seuls dirigeants d’œuvrer pour cela ; c'est notre affaire à chacun de nous.

LEXIQUE


Notre analyse nous a amenés à définir des concepts.

Apparentement
Disposition à s'accorder avec les autres d'égal à égal, avec bienveillance et empathie au delà des différences.

Bien-être universel :
L'intégrité physique ;
La sécurité affective ;
Pouvoir éduquer ses enfants ;
Un sens à la vie.

Courant altruiste et bienveillant
Mouvement citoyen qui a pour exigence que le progrès scientifique et technique soit mis au service du bien commun et du bien-être universel.

Exigences fondamentales
Nous sommes tous porteurs de quatre exigences fondamentales : l'exigence de sens, l'exigence de justice, l'exigence de paix, l'exigence d'amour. Nous pouvons être amenés à y renoncer, souvent inconsciemment, quand elles sont trop mises à mal par nos expériences de vie.  

Langage au service de l'ego
Quand le langage sert à passer en force vis-à-vis des autres ou à se montrer comme étant supérieur.

Mode relationnel
Le mode relationnel est déterminé par la combinaison de deux postures relationnelles. Il existe trois modes relationnels : le mode relationnel d'apparentement (les deux interlocuteurs sont dans la posture d'apparentement) ; le mode relationnel de rivalité (les deux interlocuteurs sont dans la posture de rivalité) ; le mode relationnel discordant (l'un est dans la posture d'apparentement et l'autre dans la posture de rivalité).

Mode relationnel d'apparentement
La relation est régulée par ce que nous appelons le « rapport symbolique au langage » et la disposition de chacun à s'accorder avec l'autre. Les conditions sont réunies pour que la confiance s'installe, donc la relation est détendue. Chacun a une place symbolique assurée et de même valeur, ce qui permet de multiplier les interlocuteurs. L'intelligence collective se nourrit de leur diversité et il peut advenir de la joie ainsi que de la créativité face aux problèmes à résoudre.

Mode relationnel de rivalité
Le langage ne régule pas la relation car il est instrumentalisé pour prendre l'ascendant sur l'autre (« langage au service de l'ego »). Il n'y a que deux places possibles dans la relation, dominant ou dominé. Cet enjeu de place crée une tension qui procure de la jouissance. Cette dernière peut conduire à une violence physique et/ou psychologique sans limite. Multiplier les interlocuteurs aboutit à l'affrontement de deux camps avec une violence potentiellement majorée par l'effet de groupe.

Mode relationnel discordant
Relation dans laquelle l'un des interlocuteurs veut prendre l'ascendant sur l'autre. Ce dernier refuse de se soumettre tout en essayant de ne pas envenimer la relation. Ce mode relationnel est inévitablement tendu, du fait de la posture de rivalité de l'un des deux interlocuteurs. Dans un groupe, la présence de personnes qui veulent prendre l'ascendant sur le groupe (ouvertement ou non) crée un climat de tensions.

Plus-value-de-savoir
Nous nous sommes appropriés ce concept du  psychanalyste Jacques LACAN pour en donner la définition suivante. C'est le fait d'avoir raison ou d'apporter une information ou un point de vue intéressant. La plus-value-de-savoir s'appuie sur de la capacité de chacun à réfléchir, indépendamment de son âge, de son instruction, etc. Dans le mode relationnel d'apparentement, la plus-value-de-savoir circule entre tous les interlocuteurs. Dans le mode relationnel de rivalité et dans le mode relationnel discordant, elle est accaparée par l'un des interlocuteurs.

Positionnement Subjectif relationnel (PS)
C'est la façon d'être en relation, acquise pendant l'enfance. Une personne ayant acquis un PS d'apparentement, est principalement dans la posture d'apparentement ; si elle a acquis un PS de rivalité, elle est principalement dans la posture de rivalité ; si elle a acquis un PS fluctuant, elle change de posture sous l'influence de son interlocuteur ou du climat social.

Posture relationnelle
C'est la façon dont une personne se conduit au cours d'une relation. Sur une ligne représentant un continuum, la posture relationnelle d'apparentement (bienveillance et empathie) est à une extrémité et la posture de rivalité (jugement, domination ou soumission) à l'autre. La personne peut se déplacer sur ce continuum au cours d'une même relation.

Posture d'apparentement
Être disposé à composer avec l'autre d'égal à égal, dans une attitude bienveillante et empathique. La posture d'apparentement est intrinsèquement liée à ce que nous appelons le « rapport symbolique au langage ».

Posture de rivalité
Penser la relation comme un rapport de comparaison et de domination-soumission. La posture de rivalité est intrinsèquement liée à la jouissance procurée par la domination ainsi qu'au « langage au service de l'ego ».

Rapport symbolique au langage
Les mots sont utilisés pour penser et pour ordonner ce qui se passe en nous, autour de nous et pour en dire quelque chose à l'autre sans chercher à le dominer. Dans le rapport symbolique au langage, le sens sert de point d'appui et la parole engage la personne.

Rivalité
Disposition à se comparer à l'autre et à se sentir supérieur ou inférieur du fait de cette comparaison.  Le sentiment de supériorité justifie une prise d'ascendant sur l'autre ; le sentiment d'infériorité justifie une soumission.

Structure d'organisation permaculturelle
Structure en forme de fleur dans laquelle chaque pétale représente une partie de l'organisation, aucune  n'étant survalorisée. Au cœur de ce modèle il y a l’Éthique et les 3 principes fondamentaux de la permaculture : prendre soin de la nature, prendre soin de l'humain, partager les richesses. Chaque membre de l'organisation agit en cohérence avec ces principes, ce qui pérennise la structure.

Structure d'organisation pyramidale
Organisation dans laquelle les places sont hiérarchisées. Celles du haut sont survalorisées et assorties de privilèges tandis que celles du bas sont dévalorisées et défavorisées. Les personnes qui sont en haut de l'organisation sont admirées tandis que celles qui sont en bas sont méprisées. La structure pyramidale valorise l'individualisme, la compétition sociale et la rivalité. Elle porte en elle structurellement une forme de violence.

Structure d'organisation trapézoïdale
Organisation dans laquelle il y a moins de compétition sociale que dans la structure pyramidale. Les écarts de traitement entre les personnes qui sont en haut et en bas de l'organisation sont contenus dans des proportions raisonnables. Dans le processus d'évolution d'une organisation pyramidale, la structure trapézoïdale est l'étape intermédiaire qui permet ensuite d’œuvrer plus tranquillement pour accéder à la structure permaculturelle.

SOMMAIRE

PRÉFACE de Noémie OCHOA...............................................................7

Avant-propos...........................................................................................11

Le risque d'embrasement de la violence................................................13
- Le constat de la violence
- Le contexte global de la violence

Vivre tous ensemble en paix sur la terre.................................................17
- La paix mondiale, un vœu pieux ?
- Le mode relationnel de rivalité
- Le mode relationnel d'apparentement
- Accéder au mode relationnel d'apparentement
- Pacifier nos relations pour pacifier la société

Comprendre le piège des organisations pyramidales..............................27
- Le piège de la hiérarchisation
- L'humanité prise au piège
- Comprendre pour sortir du piège

L'ancrage dans la posture relationnelle d'apparentement........................39
- Le rapport symbolique au langage
- Le langage au service de l'ego
- Le mode relationnel discordant
- L'apparentement : une clé pour le changement

Sortir du piège des organisations pyramidales.........................................53
- Deux voies possibles
- Les difficultés à surmonter
- Où en sommes-nous ?

La transformation du « système »............................................................63
- Qu'est-ce que le système ?
- Caractéristiques du système actuel
- Comment changer le système ?

Quelle société voulons-nous ?..................................................................73
- Regarder le passé pour comprendre le présent et choisir l'avenir
- Le courant scientifique et technique
- Le courant philosophique
- Conséquence dramatique de la scission des deux courants
- Le courant altruiste et bienveillant

Vers une structure de société désirable.....................................................83
- Le modèle d'organisation permaculturel
- Modèle pour penser notre action à l'échelle du monde

Conclusion.................................................................................................91

Lexique......................................................................................................93

REFERENCES


AZAM Geneviève
« Le temps du monde fini » . Editions LLL – 2010

BILLÉ Michel
« La société malade d’Alzheimer ». Editions Erès – 2014

COCHET Alain et HERLEDAN Gilles
« Jouissez ! C'est capital ». Editions du Sextant – 2008

COSTE Nathanael et DE LA MENARDIÈRE Marc
« En quête de sens ». Documentaire – 2015

DEJOURS Christophe
« Souffrance en France. La banalisation de l'injustice sociale ». Editions Seuil – 2014

DION Cyril et LAURENT Mélanie
« Demain ». Documentaire – 2015

LACAN Jacques
Séminaires I à XI. Editions Seuil. Nous nous sommes appropriés certaines notions lacaniennes, notamment celles de « stade du miroir » et de « plus-value-de-savoir ».

MEIGNANT Michel
« L'Odyssée de l'empathie ». Documentaire – 2015

POULAIN Henri, GOETZ Julien et LAPOIS Sylvain
« Démocratie(s) ». Documentaire – 2018

QUERALT Laurent et PERON Julien
« C'est quoi le bonheur pour vous ? ». Documentaire – 2017

RABHI Pierre
« Vers la sobriété heureuse » . Editions Actes sud – 2010

ROBIN Marie-Monique
« Le monde selon Monsanto ». la découverte – Arté éditions – 2008

SERSIRON Nicolas
« Dette et extractivisme. La résistible ascension d'un duo destructeur ». Editions Utopia – 2014

SERVIGNE Pablo et CHAPELLE Gauthier
« L'entraide. L'autre loi de la jungle ». Editions LLL – 2017

STERN André
« Semeurs d'enthousiasme. Manifeste pour une écologie de l'enfance ». Editions L'instant présent – 2014

TOUSSAINT Eric
« Bancocratie ». Editions Aden – 2014

WEISMAN Alan
« Homos disparitus ». Editions Flammarion – 2007

ZIEGLER Jean
« L'empire de la honte ». Livre de poche – 2007


© 2019, Anne Chesnot
Édition : BoD – Books on Demand, 12/14 Rond-Point
des Champs-Élysées, 75008 Paris
Impression : BoD – Books on Demand, Norderstedt,
Allemagne
ISBN : 978-2-3221-6587-2
4è Édition Dépôt légal : janvier 2019
Version 4.6 juillet 2019








Préface de la 4è édition

Dans ce livre vous ne trouverez pas de solutions toutes faites mais plutôt un désir d’enclencher pour vous-même une prise de conscience, une réflexion sur les conséquences de vos actes au sein de notre société.

Les deux auteurs, comme bien d’autres, partent du constat que dans notre société la violence est banalisée, que la loi du plus fort l’emporte. Ils décrivent clairement deux postures éducatives courantes enfant-adulte et leurs conséquences. Ces postures nous entraînent dans des modes relationnels de rivalité ou d'apparentement. Dans le mode relationnel d’apparentement, que ce soit dans nos relations familiales, amicales ou professionnelles, il y a véritablement de la confiance. Celle-ci peut changer considérablement notre société en nous guidant dans la résolution de conflit, l’échange et la nouveauté. Un tel changement peut paraître difficile à croire pour quelqu'un qui a toujours vécu dans des rapports violents... un peu comme ce qui se passait pour les hommes enfermés dans la fameuse caverne de Platon.

Nous pouvons avoir aussi le sentiment qu’un retour à la nature nous est difficile, comme si la modernité et la technologie pouvaient remplacer la nature. Le plaisir de l’homme à créer des machines de plus en plus performantes fait de lui un être ingénieux, seulement toutes ces créations sont faites au détriment de notre planète. La situation est proche de l'état d’urgence, mais il est encore possible de rectifier notre trajectoire et de nous rapprocher de la nature.

Les auteurs attirent aussi fortement notre attention sur les organisations pyramidales qui sont centrales dans nos sociétés. Ils nous encouragent à dépasser nos peurs pour instaurer des relations plus horizontales. Ce livre nous permet de comprendre que si nous sommes majoritairement dans le mode relationnel d'apparentement nous pourrons ensemble bâtir un monde basé sur un sens commun et en harmonie avec ce que nous sommes réellement.

En tant qu’artiste, j’ai fait le choix de suivre une voie qui semble contraire à celle de notre société qui contraint les artistes à produire énormément et à courir sans cesse afin de conserver leur statut d’intermittent. J’ai découvert il y a cinq ans l’enseignement pianistique de Marie Jaëll. C'est une approche qui prend en compte le pianiste entièrement. Elle est basée sur la conscience des gestes et non sur des répétitions mécaniques qui finissent par créer des mouvements automatisés. Cette approche amène le musicien à l’introspection, à la découverte de terrains inconnus qui ne sont pas compatibles avec la comparaison, la compétition, la superficialité. Elle demande un lâcher prise, du temps, de la patience. Grâce à cet apprentissage, j’ai pris conscience que j’avais un corps. Souvent, nous traitons notre corps comme un objet. Nous l’exploitons pour des raisons économiques. Je pense à toutes les personnes dans le monde qui l’épuisent pour gagner trois sous ou pour simplement survivre. Pourtant quand nous lui prêtons une vraie écoute, nous nous apercevons qu’il a sa propre intelligence. Il aime apprendre, faire, respirer, se tenir, se mouvoir, se détendre. Quand nous en sommes conscients, toute violence peut disparaître et notre esprit change, nous ralentissons. Nous arrêtons de nous comparer et de la joie peut s’exprimer librement.

Mon expérience personnelle est transposable à une multitude de métiers, car c’est une question de posture face à ce que nous sommes profondément. Comme vous le verrez dans ce livre, les grandes entreprises ont très bien compris que lorsque les salariés peuvent se détendre, être dans de bonnes conditions  de  travail,  leur  productivité augmente et cela développe aussi une bonne ambiance dans les équipes.

Dans tous les métiers du monde et dans notre vie quotidienne, nos actions passent par des gestes physiques. Si ces gestes sont exécutés avec violence, impatience et raideur, notre corps se rigidifie et cela entraîne des maladies, voire des troubles psychologiques. A l'inverse, développer des gestes qui nous correspondent est un premier pas vers le respect de nous-mêmes. C'est une nouvelle sorte de  découverte et d’apprentissage, la violence diminue et l’esprit devient clair.

Ce livre est précieux car il nous rappelle que nous avons la main sur notre vie, que nous n’avons pas besoin de consommer autant, que le bonheur est à l'intérieur de nous. Il provient de la maîtrise de nous-mêmes et de ce que nous apportons autour de nous.
  

Noémie OCHOA – Pianiste

Le livre

La 4è édition est disponible dans les librairies (7 euros) et en version e-book (1 euro).

Préface de la 2è édition

Extraits

« Voici enfin un ouvrage qui porte de l’attention sur les symptômes de mal-être de notre société, sans s’arrêter au diagnostic. Avec une approche analytique tout à fait inédite de la « société sur le divan », ce texte présente aussi un scénario de sortie de crise, vers moins de violence et plus de justice [...]

Cet ouvrage très pragmatique, nous donne des outils pour s’orienter vers un modèle de société pour tous. Telle une thérapie pour soigner notre société à la source de ses maux, le programme ne propose pas de rentrer en résistance, ni même de s’opposer à l’état de notre société. Ce programme propose une évolution pacifique en évitant les solutions réductrices ou exclusivement politiques qui renforcent les mécanismes de défense.
Sans partis pris, cet ouvrage propose une vraie prise de conscience et une mise en responsabilité collective vers la voie de l’adaptation pour une société résolument plus juste.»

Laurence LOULMET
Maître de Conférences Sciences Économiques

Préface de la 3è édition

« Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple ! » (Intermède 1951) nous suggérait très subtilement Jacques Prévert… Peut-être devrions-nous, de la même manière, décider d’être optimiste, pour donner l’exemple et pour ne jamais renoncer à transformer le monde, ce monde, cette société dans laquelle nous vivons et qui nous laisse parfois tellement insatisfaits !

Au croisement de l’analyse sociologique, économique, politique et de la compréhension des phénomènes psychiques, c’est à dire dans une approche éclairée de la complexité du monde où nous vivons, Anne Chesnot et Gilles Roullet nous placent avec bienveillance devant nos responsabilités personnelles de citoyens, d’électeurs, d’acteurs de cette société que tous, sans doute, nous critiquons mais que nous ne nous engageons pas suffisamment à faire évoluer vers plus de justice sociale.
Comment parvenir à cet optimisme nécessaire ?

Chacun a l’intuition confuse qu’il ne maitrise pas tout dans la dynamique psychique qui est la sienne et chacun se sait pourtant capable de progresser vers cet optimisme qui lui changerait la vie et qui contribuerait à changer celle des autres.
Chacun observe des fonctionnements sociétaux qui progressivement pervertissent le fonctionnement démocratique auquel nous aspirons et que nous peinons à faire vivre. Alors pour cultiver, pour construire l’optimisme, les auteurs osent ouvrir à la question : quelle société voulons-nous ? Et pour y répondre, ils donnent à voir et à comprendre plusieurs modèles de société et se dirigent progressivement, simplement, vers un modèle où les valeurs républicaines retrouveraient véritablement leur sens et inspireraient la vie.

Les événements dramatiques que nous avons eu à vivre ces derniers temps et auxquels nous sommes durablement confrontés, jusque dans l’horreur, soulignent s’il en était besoin l’actualité, la pertinence et la nécessité de ces questionnements.
Tout est alors mis en question : notre rapport au monde, à l’environnement, à la planète, à l’argent, bien sûr et par conséquent au travail, au pouvoir, aux autres, à l’humour même… C’est d’une philosophie qu’il s’agit, c’est à dire d’une recherche de sagesse susceptible de venir apaiser nos vies.

Il s’agit donc de tenter de comprendre pour agir, pour pouvoir éduquer différemment nos enfants ou petits enfants pour aller avec eux vers une société plus juste, plus équitable, au plus près de soi et globalement dans le monde.
Chacun, dans cette démarche, est invité à penser ou re-penser sa vie, ou du moins, modestement d’abord, quelque chose dans ses façons de vivre, jusqu’à retrouver, ressentir un bien être communicatif contribuant alors à une transformation sociétale profonde.

Oser l’optimisme c’est sans doute, dans la lecture de ce livre, s’engager dans cette philosophie, y cueillir quelques « bonnes nouvelles » et recevoir une sorte d’invitation à l’intelligence, à la liberté mais à une liberté cultivée dans le rapport aux autres parce que c’est dans la relation que se construit l’humanité…


Michel Billé. Sociologue.