Extrait de la 4e édition

AVERTISSEMENT AU LECTEUR

    Cher lecteur, si vous avez ouvert ce livre c'est que la question qui y est posée ne vous a pas laissé indifférent. Que vous soyez d'un tempérament optimiste et attendiez d'être conforté par la lecture d'un texte qui se veut lui aussi optimiste ou que vous soyez au contraire d'un tempérament plus pessimiste et donc curieux de savoir en quoi les auteurs se sentent légitimes à oser être optimistes.

    Attendez-vous dans les deux cas à la lecture d'un texte qui se démarque des discours que vous avez l'habitude d'entendre. Nous ne développons pas les constats déprimants de ce qui se passe actuellement, chacun le voit et l'entend suffisamment. Nous partons simplement de ces constats et nous décrivons comment nous renforçons à notre insu une organisation sociétale injuste et violente. Nous sommes convaincus que lorsque nous comprenons cela nous acceptons plus facilement de changer notre façon de vivre, ce qui est un préalable pour se donner une chance d'adoucir notre société.

    Nous expliquons comment nous pouvons dépasser nos conditionnements éducatifs et les influences sociales actuelles pour mettre notre intelligence au service de l'invention d'un nouveau mode de vie. Un mode de vie qui permette à chacun d'avoir sa place dans la société et de vivre dignement de son activité, quelle qu'elle soit.

    La question sociétale dépasse les frontières de l'hexagone car toutes les activités humaines se sont développées à l'échelle planétaire : les transports, les communications, l'économie, la finance, les institutions de gouvernance, etc. C'est donc à l'échelle du monde que nous raisonnons, d'autant plus que les désordres climatiques liés à l'activité humaine ne connaissent pas de frontières non plus. Nous pourrions décider de mettre nos connaissances scientifiques et techniques au service de l'invention d'un mode de vie qui préserve la nature et qui prenne soin de tous les humains.

    Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous faire part de vos remarques sur le site dédié à la dif­fusion de cette analyse : www.quellesociete.fr

Anne CHESNOT et Gilles ROULLET



LE RISQUE D'EMBRASEMENT DE LA VIOLENCE

Le constat de la violence

Paris : un adolescent poignardé dans un bar, le patron est en garde à vue.

Haguenau : retranché chez lui, il éventre son chien et le jette par la fenêtre. Sa femme était venue se plaindre dimanche matin de violences conjugales auprès du commissariat de Haguenau.

Pau : boulangerie braquée à Pau, le 3è commerce ciblé en deux mois. 

    Nous sommes confrontés quotidiennement à la violence par le biais des informations, mais aussi directement et très concrètement dans nos vies. Notre grande faculté d'adaptation fait que nous n'essayons pas de corriger cela, nous nous adaptons. Nous nous enfermons chez nous, nous évitons de sortir à certaines heures ou dans certains quartiers, sans avoir clairement conscience que nous nous auto-limitons.   

    Il faut reconnaître que lorsque nous (les auteurs) parlons de l'augmentation de la violence dans notre société, certaines personnes nous rétorquent que la société est bien moins violente qu'auparavant. Elles s'appuient sur le fait que nous ne sommes plus en guerre sur notre sol ce qui est indéniable, bien que cela soit tout de même discutable si nous regardons l'expansion du terrorisme. Quoi qu'il en soit, est-ce que le fait de ne pas être véritablement en guerre justifie de refuser de voir la violence presque quotidienne que nous subissons ?   

    Précisons ce que nous mettons sous ce mot « violence ». Nous y mettons toutes les formes d'agression physique, mais aussi tout ce qui relève du passage en force verbal et du manque de respect. Les personnes qui travaillent au contact avec le public sont particulièrement exposées à cette sorte de violence, mais il n'y a pas qu'elles. Chacun de nous peut y être confronté au détour d'une discussion avec un collègue, en famille, voire même avec un ami.  Nous pouvons avoir du mal à y accorder de l'importance tellement c'est banalisé.

    Les façons d'user du langage pour passer en force ou pour manquer de respect à quelqu'un sont multiples. Cela peut être en haussant le ton ou en utilisant un ton autoritaire pour le soumettre. Cela  peut être en utilisant volontairement des mots trop compliqués ou des arguments cinglants qui le dévalorisent. Cela peut être en ignorant ce qu'il dit, en lui coupant la parole ou en la monopolisant pour l'empêcher de parler. De façon plus subtile cela peut être par de la manipulation, en jouant sur ses sentiments ou en lui donnant des informations fausses ou partielles.

    Au travail, nous retrouvons l'équivalent de tout cela dans la communication écrite et notamment les courriels. Le ton autoritaire est remplacé par des formules sèches, voire par des mots écrits en lettres capitales. La dévalorisation peut se faire en mettant en copie largement un mail réprobateur, etc. Le but étant toujours de prendre l'ascendant sur l'autre pour obtenir quelque chose de lui ou pour se montrer supérieur.

    A partir du moment où nous banalisons ces formes parfois insidieuses de violence, nous créons les conditions favorables à des embrasements de violence. Cela peut être dans notre environnement social de proximité avec des altercations qui dégénèrent, comme ça a dû se produire dans ce bar à Paris avec cet adolescent. Cela peut être aussi entre deux groupes, car nous retrouvons à l'échelle collective les mêmes phénomènes qu'à l'échelle des relations individuelles. Ils sont simplement amplifiés par l'effet de groupe. La violence peut flamber entre deux bandes rivales dans un quartier tout comme entre deux pays.

    Comment pouvons-nous limiter le risque d'embrasement de la violence ? La première chose à faire est de poser clairement les différents aspects du problème. Ce risque se situe dans un contexte global qu'il faut prendre en compte.

Le contexte global de la violence   

    Nous sommes environ 7 milliards et demi d'humains à vivre dans un espace limité, la Terre, avec des ressources naturelles limitées elles aussi. Ces ressources, dont l'eau en particulier, sont indispensables à notre survie. D'autres sont indispensables pour maintenir notre mode de vie actuel qui est très coûteux en ressources naturelles. Or nous savons que certaines personnes s'accaparent ces ressources, ce qui fait augmenter inévitablement le risque d'embrasement de la violence.

    Sachant cela, il faudrait user de notre intelligence pour faire en sorte que personne ne puisse s'accaparer ces ressources naturelles tout en inventant un mode de vie qui les préserve. Cela  contribuerait à limiter le risque d'embrasement de la violence et nous permettrait aussi de relever le défi de vivre tous ensemble en paix sur cette Terre.

VIVRE TOUS ENSEMBLE EN PAIX SUR LA TERRE

La paix mondiale, un vœu pieux ?

    C'est un vœu pieux nous a-t-on dit, qui serait impossible à atteindre à cause de la nature humaine. Il est vrai que de nombreux exemples montrent que l'humain est capable du pire. Pour autant, l'expression « l'homme est un loup pour l'homme » nous semble être acceptée parfois un peu trop rapidement comme une position de principe, car il y a aussi des exemples qui montrent que l'inverse est vrai. L'homme est aussi empathique et pacifique.

    L'histoire de l'humanité est jalonnée de conquêtes de territoires qui ont été facilitées par le fait que les autochtones n'étaient au départ ni méfiants, ni belliqueux. Le colonialisme a bénéficié de cela au début, puis lorsque ces populations ont compris qu'elles se faisaient flouer, elles sont devenues méfiantes voire violentes. C'est alors la supériorité technique et militaire qui a servi les velléités de domination des pays colonisateurs. Les populations annexées se sont alors éloignées de leur capacité à être empathiques et pacifiques. D'autre part, en observant les très jeunes enfants entre 1 an et 2 ans, nous pouvons les voir prendre un jouet des mains d'un autre enfant tout comme nous pouvons les voir aussi donner leur propre doudou à un enfant qui pleure. Pour finir, l'expression « l'homme est un loup pour l'homme » fait référence à la nature. Or des études récentes démontrent qu'il y a dans la nature, à côté de la loi du plus fort, une autre loi qui fonctionne. Deux biologistes ont publié un livre en 2017 qui s'intitule « L'entraide. L'autre loi de la jungle ».   

    En poussant un peu plus loin l'observation des jeunes enfants nous pouvons comprendre comment se construit la relation de rapport de force...





Préface de la 4è édition

Dans ce livre vous ne trouverez pas de solutions toutes faites mais plutôt un désir d’enclencher pour vous-mêmes une prise de conscience, une réflexion sur les conséquences de vos actes au sein de notre société.

Les deux auteurs, comme bien d’autres, partent du constat que dans notre société la violence est banalisée, que la loi du plus fort l’emporte. Ils décrivent clairement deux postures éducatives courantes enfant-adulte et leurs conséquences. Ces postures nous entraînent dans des modes relationnels de rivalité ou d'apparentement. Dans le mode relationnel d’apparentement, que ce soit dans nos relations familiales, amicales ou professionnelles, il y a véritablement de la confiance. Cela peut changer considérablement notre société en nous guidant dans la résolution de conflit, l’échange et la nouveauté. Cela peut paraître difficile à croire pour quelqu'un qui a toujours vécu dans des rapports violents... un peu comme ce qui se passait pour les hommes enfermés dans la fameuse caverne de Platon.

Nous pouvons avoir aussi le sentiment qu’un retour à la nature nous est difficile, comme si la modernité et la technologie pouvaient remplacer la nature. Le plaisir de l’homme à créer des machines de plus en plus performantes fait de lui un être ingénieux, seulement toutes ces créations sont faites au détriment de notre planète. La situation est proche de l'état d’urgence, mais il est encore possible de rectifier notre trajectoire et de nous rapprocher de la nature.

Les auteurs attirent aussi fortement notre attention sur les organisations pyramidales qui sont centrales dans nos sociétés. Ils nous encouragent à dépasser nos peurs pour instaurer des relations plus horizontales. Ce livre nous permet de comprendre que si nous sommes majoritairement dans le mode relationnel d'apparentement nous pourrons ensemble bâtir un monde basé sur un sens commun et en harmonie avec ce que nous sommes réellement.

En tant qu’artiste, j’ai fait le choix de suivre une voie qui semble contraire à celle de notre société qui contraint les artistes à produire énormément et à courir sans cesse afin de conserver leur statut d’intermittent. J’ai découvert il y a cinq ans l’enseignement pianistique de Marie Jaëll. C'est une approche qui prend en compte le pianiste entièrement. Elle est basée sur la conscience des gestes et non sur des répétitions mécaniques qui finissent par créer des mouvements automatisés. Cette approche amène le musicien à l’introspection, à la découverte de terrains inconnus qui ne sont pas compatibles avec la comparaison, la compétition, la superficialité. Elle demande un lâcher prise, du temps, de la patience. Grâce à cet apprentissage, j’ai pris conscience que j’avais un corps. Souvent, nous traitons notre corps comme un objet. Nous l’exploitons pour des raisons économiques. Je pense à toutes les personnes dans le monde qui l’épuisent pour gagner trois sous ou pour simplement survivre. Pourtant quand nous lui prêtons une vraie écoute, nous nous apercevons qu’il a sa propre intelligence. Il aime apprendre, faire, respirer, se tenir, se mouvoir, se détendre. Quand nous en sommes conscients, toute violence peut disparaître et notre esprit change, nous ralentissons. Nous arrêtons de nous comparer et de la joie peut s’exprimer librement.

Mon expérience personnelle est transposable à une multitude de métiers, car c’est une question de posture face à ce que nous sommes profondément. Comme vous le verrez dans ce livre, les grandes entreprises ont très bien compris que lorsque les salariés peuvent se détendre, être dans de bonnes conditions  de  travail,  leur  productivité augmente et cela développe aussi une bonne ambiance dans les équipes.

Dans tous les métiers du monde et dans notre vie quotidienne, nos actions passent par des gestes physiques. Si ces gestes sont exécutés avec violence, impatience et raideur, notre corps se rigidifie et cela entraîne des maladies, voire des troubles psychologiques. A l'inverse, développer des gestes qui nous correspondent est un premier pas vers le respect de nous-mêmes. C'est une nouvelle sorte de  découverte et d’apprentissage, la violence diminue et l’esprit devient clair.

Ce livre est précieux car il nous rappelle que nous avons la main sur notre vie, que nous n’avons pas besoin de consommer autant, que le bonheur est à l'intérieur de nous. Il provient de la maîtrise de nous-mêmes et de ce que nous apportons autour de nous.
  

Noémie OCHOA – Pianiste

Le livre

La 4è édition est disponible dans les librairies  - 7 euros. 

Elle sera présentée au Salon du livre de Paris, du 15 au 18 mars 2019 - stand P49 

Vous pourrez bientôt la commander sur ce site en version e-book - 1 euro.

Préface de la 2è édition

Extraits

« Voici enfin un ouvrage qui porte de l’attention sur les symptômes de mal-être de notre société, sans s’arrêter au diagnostic. Avec une approche analytique tout à fait inédite de la « société sur le divan », ce texte présente aussi un scénario de sortie de crise, vers moins de violence et plus de justice [...]

Cet ouvrage très pragmatique, nous donne des outils pour s’orienter vers un modèle de société pour tous. Telle une thérapie pour soigner notre société à la source de ses maux, le programme ne propose pas de rentrer en résistance, ni même de s’opposer à l’état de notre société. Ce programme propose une évolution pacifique en évitant les solutions réductrices ou exclusivement politiques qui renforcent les mécanismes de défense.
Sans partis pris, cet ouvrage propose une vraie prise de conscience et une mise en responsabilité collective vers la voie de l’adaptation pour une société résolument plus juste.»

Laurence LOULMET
Maître de Conférences Sciences Économiques

Préface de la 3è édition

« Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple ! » (Intermède 1951) nous suggérait très subtilement Jacques Prévert… Peut-être devrions-nous, de la même manière, décider d’être optimiste, pour donner l’exemple et pour ne jamais renoncer à transformer le monde, ce monde, cette société dans laquelle nous vivons et qui nous laisse parfois tellement insatisfaits !

Au croisement de l’analyse sociologique, économique, politique et de la compréhension des phénomènes psychiques, c’est à dire dans une approche éclairée de la complexité du monde où nous vivons, Anne Chesnot et Gilles Roullet nous placent avec bienveillance devant nos responsabilités personnelles de citoyens, d’électeurs, d’acteurs de cette société que tous, sans doute, nous critiquons mais que nous ne nous engageons pas suffisamment à faire évoluer vers plus de justice sociale.
Comment parvenir à cet optimisme nécessaire ?

Chacun a l’intuition confuse qu’il ne maitrise pas tout dans la dynamique psychique qui est la sienne et chacun se sait pourtant capable de progresser vers cet optimisme qui lui changerait la vie et qui contribuerait à changer celle des autres.
Chacun observe des fonctionnements sociétaux qui progressivement pervertissent le fonctionnement démocratique auquel nous aspirons et que nous peinons à faire vivre. Alors pour cultiver, pour construire l’optimisme, les auteurs osent ouvrir à la question : quelle société voulons-nous ? Et pour y répondre, ils donnent à voir et à comprendre plusieurs modèles de société et se dirigent progressivement, simplement, vers un modèle où les valeurs républicaines retrouveraient véritablement leur sens et inspireraient la vie.

Les événements dramatiques que nous avons eu à vivre ces derniers temps et auxquels nous sommes durablement confrontés, jusque dans l’horreur, soulignent s’il en était besoin l’actualité, la pertinence et la nécessité de ces questionnements.
Tout est alors mis en question : notre rapport au monde, à l’environnement, à la planète, à l’argent, bien sûr et par conséquent au travail, au pouvoir, aux autres, à l’humour même… C’est d’une philosophie qu’il s’agit, c’est à dire d’une recherche de sagesse susceptible de venir apaiser nos vies.

Il s’agit donc de tenter de comprendre pour agir, pour pouvoir éduquer différemment nos enfants ou petits enfants pour aller avec eux vers une société plus juste, plus équitable, au plus près de soi et globalement dans le monde.
Chacun, dans cette démarche, est invité à penser ou re-penser sa vie, ou du moins, modestement d’abord, quelque chose dans ses façons de vivre, jusqu’à retrouver, ressentir un bien être communicatif contribuant alors à une transformation sociétale profonde.

Oser l’optimisme c’est sans doute, dans la lecture de ce livre, s’engager dans cette philosophie, y cueillir quelques « bonnes nouvelles » et recevoir une sorte d’invitation à l’intelligence, à la liberté mais à une liberté cultivée dans le rapport aux autres parce que c’est dans la relation que se construit l’humanité…


Michel Billé. Sociologue.