RENONCER À LA RIVALITÉ, VIVRE MIEUX,

PRÉSERVER LA PLANÈTE

 

Avant-propos

Cher lecteur, si vous ouvrez ce livre c'est que le projet vous intéresse. Agissez-vous déjà  dans ce sens ou êtes-vous plutôt sceptique mais désireux tout de même de savoir s'il est vraiment possible de faire quelque chose ? Nous (les auteurs) avons entamé une réflexion à ce sujet en partant de nos craintes et incompréhensions au regard de ce qui se passait autour de nous et dans le monde, c'était en 2011. Depuis, nous transmettons régulièrement le fruit de notre travail par des conférences, la publication d'un petit essai1, un site internet, des stands lors d'événements grands publics, etc. Ce nouveau livre présente l'aboutissement de notre réflexion.

Partis de ce qui se passe en France (la crise sociale passée au second plan derrière la pandémie) nous avons globalisé notre réflexion au niveau mondial. À ces deux échelles le mécontentement s'enracine dans l'injustice sociale il s'exprime souvent violemment. Il nous semble impossible d'endiguer cette violence sans changer de paradigme politico-économique. Nous proposons quatre clés pour comprendre et agir en vue de construire une Société* juste et apaisée. Ce mot écrit avec une majuscule signifie que nous parlons de la communauté humaine dans son ensemble, les humains ayant développés les transports et les les communications à l'échelle planétaire ils font Société de fait.  

Nous avons nourri notre réflexion en écoutant de nombreux intellectuels, scientifiques, philosophes et personnalités politiques, en échangeant avec des personnes compétentes dans les domaines visités (économie, politique, psychologie, écologie) et avec nos auditeurs et lecteurs. Nous les remercions tous chaleureusement. Nous citons parfois la pensée d'auteurs connus sans avoir lu leurs livres pour autant car ce qui nous intéresse ce sont leurs idées. Nous n'indiquons alors que le nom des personnes à qui elles ont été attribuées. Les mots écrits en italique et suivis d'un astérisque lors de leur première apparition renvoient au lexique en fin de livre.

Certains thèmes abordés rapidement dans le livre peuvent être approfondis en se référant aux  articles de notre site internet www.quellesociete.fr.

Bonne lecture à vous.

Gilles ROULLET – Anne CHESNOT

1 Quelle société voulons-nous ? Osons l'optimisme ! - Auto-édition en 2014 - 2015 - 2016 - 2019.

2 Société : mot écrit avec une majuscule pour signifier que la communauté humaine fait Société du fait du développement planétaire des transports et des communications.

Introduction

Nous, les humains, avons la capacité de nous penser nous-mêmes, de retracer notre histoire et de nous projeter dans le futur. L'espèce humaine s'est développée démographiquement, nous sommes presque huit milliards et approchons peut-être d'un seuil critique. Nous avons évolué techniquement et réussi à dompter la nature, mais nous l'avons ensuite pressurisée au profit d'une sur-consommation irraisonnée et insoutenable à bien des égards. Écologiquement, nous puisons trop dans nos ressources naturelles et nous créons une pollution qui nous porte préjudice. Politiquement, les modèles économiques que nous avons développés sont injustes socialement et source d'une augmentation de la violence. Certes, ce n'est plus une violence guerrière comme celle que nous avons connue avec les deux guerres mondiales, ni comme l'esclavage institutionnalisé, ni comme les affrontements de classes de l'ère industrielle. C'est une violence plus sporadique, parfois insidieuse et qui envahit notre vie quotidienne. L'enjeu est de cerner précisément les facteurs qui la sous-tendent.

La situation actuelle : la (grande) Pyramide*

Nous, les humains, avons fait advenir une immense organisation pyramidale qui nous englobe tous et dans laquelle les 1% les plus riches détiennent maintenant plus de la moitié de la richesse mondiale3, tandis qu'un grand nombre de personnes n'ont pas de quoi manger suffisamment ni se loger décemment.

Dans cette Pyramide, l'argent est un critère majeur de hiérarchisation des humains. Les plus riches étant admirés (ou vilipendés) tandis que les plus pauvres sont plaints dans le meilleur des cas ou rendus responsables de leur situation. Ce contexte peut donner envie de gravir les échelons de la Société, mais il y a toujours moins de places à l'étage supérieur que de prétendants à vouloir y monter. La Pyramide est donc porteuse d'une violence structurelle, mais notre attention est  détournée de ce problème par la notion d'ascenseur social. Qu'il soit présenté comme permettant à certaines personnes de progresser dans l'échelle sociale ou comme étant en panne, l'idée d'ascenseur occulte le fait qu'il n'y aura jamais suffisamment de places en haut.

3 50% de la richesse mondiale aux mains de 1% de la population - Article L'express.fr (17/11/2017)

À la violence structurelle de la Pyramide s'ajoutent deux violences systémiques. Dans la Pyramide l'argent a pris trop de place dans nos vies. La recherche de rentabilité financière s'est généralisée à tous les échelons de la Société, chez les actionnaires autant que chez la majorité des consommateurs. La consommation au moins cher est devenue la norme, que ce soit pour l'achat d'objets, de services ou de loisirs. La vie économique a donc prospéré sur ce principe de recherche de rentabilité maximum. Certaines entreprises se sont développées à l'échelle planétaire et ont réduit leurs coûts de production pour augmenter leurs marges. Elles ont aussi répondu à la demande des consommateurs qui voulaient tout au moindre prix, si bien qu'elles se sont enrichies énormément grâce à l'augmentation du volume de leurs ventes. La généralisation de ces pratiques a provoqué un processus d'aspiration de l'argent vers le haut de la Pyramide. C'est la première violence systémique, voyons la deuxième. Des entreprises devenues des grands groupes multinationaux ont acquis de l'influence au point de supplanter les pouvoirs politiques nationaux. Ces grands groupes ont maintenant la capacité d'attaquer les États en justice si ces derniers prennent des décisions qui porteraient préjudice à leurs intérêts. Nous pouvons représenter visuellement la Pyramide et ses deux violences systémiques (aspiration de l'argent vers le haut – suprématie des intérêts privés sur les pouvoirs politiques nationaux).

La structure pyramidale de la Société et son fonctionnement systémique perdurent depuis des décennies. Nous nous sommes épuisés à essayer d'y introduire de la justice sociale en cherchant à réparer l'ascenseur social, à favoriser le ruissellement de la richesse ou sa redistribution vers le bas. Ces pseudo-solutions n'ont fait qu'entretenir cette conjoncture. En énonçant clairement ce problème nous nous donnons des chances de le résoudre.

Que risquons nous à continuer sur la même voie ?


La Pyramide n'est pas figée, elle évolue. À défaut de corriger le facteur structurel et les problèmes systémiques, les écarts de revenus déjà indécents continueront de se creuser et les classes moyennes de s'appauvrir. Sur notre schéma cela revient à resserrer les cotés de la Pyramide vers l'intérieur. En extrapolant nous arriverons à une nouvelle structure de Société en forme de Chapeau de Merlin* dans laquelle il y aura plus de pauvres.

Dans une telle Société, les classes moyennes restantes et les pouvoirs politiques subiront de plein fouet la violence grandissante des classes populaires. Pris en sandwich ils feront rempart pour protéger les plus riches. Nous sommes déjà engagés sur le chemin menant au Chapeau de Merlin. Des personnes appartenant encore aux classes moyennes ont peur de basculer dans la pauvreté. Nous subissons tous l'augmentation de la violence concrètement dans notre vie quotidienne et par le biais des informations : incivilités, vandalisme, agressions verbales et physiques, conflits sociaux, trafics illicites (drogue, proxénétisme, etc ), migrations forcées et  terrorisme. L'accroissement de ces violences est un indicateur de l'aggravation de l'injustice sociale. Les gouvernements tentent de juguler l'augmentation de la violence par des mesures autoritaires sans corriger véritablement les injustices sociales en amont. Ils favorisent ainsi l'entrée dans un cercle vicieux d'escalade de la violence*.

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La Pyramide est apparue à notre insu, c'est pourtant nous qui l'avons faite advenir. Nous pouvons éviter d'aller vers le Chapeau de Merlin, il convient pour cela d'approfondir l'analyse de la situation actuelle. 

Changer de trajectoire collective

La grande Pyramide est constituée d'organisations sociales plus ou moins importantes en taille, allant de la famille monoparentale aux organisations internationales, en passant par les écoles, les entreprises, les associations, les nations, etc. Si la Pyramide est advenue c'est parce que la majorité des organisations sociales se sont structurées elles aussi de façon pyramidale.

Il existe des organisations très hiérarchisées et pyramidales qui fonctionnent très bien. C'est le cas des corporations destinées à des missions très spécifiques comme par exemple une compagnie de sapeurs-pompiers. La hiérarchie y est acceptée car indispensable pour répondre au mieux à sa mission (sauver les personnes et les biens) et la compagnie fonctionne bien parce qu'il y a un lien de confiance entre tous. Pendant le temps de l'action les ordres venant du haut de la pyramide sont exécutés au mieux et sans discussion. Ensuite lors du débriefing systématique, la base exprime ses difficultés et ses éventuelles propositions pour y remédier. La mission de la compagnie fait consensus, elle guide les décisions et les actions de chacun pour une meilleure efficacité tout évitant les risques inutiles.

Malheureusement ce n'est pas cette sorte d'organisation que nous avons développée dans la Pyramide. Ce sont plutôt des organisations dans lesquelles les personnes étant en haut ne se soucient pas (pas assez) des difficultés de celles qui sont en bas. Elles sont souvent survalorisées et ont des privilèges tandis que les personnes étant en bas sont dévalorisées et défavorisées. Ce type d'organisation sociale peut donner envie d'en gravir les échelons, créant ainsi une compétition sociale redoutable, fréquemment masquée par une apparente collaboration et une pseudo-bienveillance.

Allons jusqu'à la racine du problème. Les organisations sociales sont constituées d'individus qui les font vivre. Or les humains ont souvent adopté une posture relationnelle de rivalité* pour tenter d'être des gagnants de la compétition sociale. C'est là que se situe l'origine de nos difficultés. Dans la posture de rivalité les relations sont perçues comme un rapport dominant-dominé qui engage la personne toute entière. Une supériorité ou une infériorité dans un domaine particulier est perçue comme une supériorité ou infériorité de la personne elle-même. La rivalité hiérarchie les personnes sous prétexte que nous sommes tous différents en terme de capacités physiques, mentales ou artistiques. Elle hiérarchise aussi les personnes sur des bases idéologiques selon leur origine, richesse, beauté, religion, orientation sexuelle, etc. C'est  pourquoi la posture de rivalité a des effets délétères sur nous-mêmes, sur nos relations, sur le climat social et par voie de conséquence sur la Société. Nous allons l'expliciter.

Au niveau individuel : la personne étant dans la rivalité* se fait une représentation d'elle-même par comparaison avec les autres, se sentant supérieure ou inférieure selon les situations, consciemment ou inconsciemment. Quand elle se sent supérieure elle doit tenir sa place pour garder une bonne estime d'elle-même, quand elle se sent inférieure elle le vit mal. Dans les deux cas c'est source de stress, mais pour elle il n'existe que ces deux alternatives.

Au niveau des relations : une personne qui doit tenir sa place (supérieure) cherche à se mettre en avant en dévalorisant les autres éventuellement, à s'arc-bouter sur ce qu'elle affirme comme étant la vérité (même si elle n'en n'est pas sûre) et à s'imposer. Si au contraire elle se sent inférieure elle peut chercher l'occasion de prendre (reprendre) la position de supériorité ou s'accommoder tant bien que mal de sa pseudo-infériorité. Les relations sous-tendues par un tel enjeu sont inévitablement compliquées.

Au niveau du climat social : les personnes étant dans la posture de rivalité créent des tensions et entretiennent la compétition sociale dans les organisations (famille, classe, équipe, association, entreprise, etc.). Les désaccords deviennent des conflits ouverts ou larvés qui peuvent générer des camps, chacun d'eux prétendant avoir raison. Quant aux personnes qui ne veulent pas prendre parti, elles sont méprisées. Lorsqu'une personne étant dans la rivalité se retrouve à la tête d'une organisation sociale, il y règne automatiquement un climat délétère. Dans le film "Corporate"4, un patron galvanise ses cadres pour qu'ils développent la confiance en soi, l'esprit d'équipe et la loyauté envers l'entreprise, y compris lorsque c'est au détriment de leurs collègues.

Au niveau de la Société : la posture relationnelle de rivalité renforce la compétition sociale et inversement. Les 1% les plus riches et les PDG des grands-groupes d'intérêts privés agissent pour leur propre compte. Même lorsqu'ils investissent dans des œuvres socialement utiles ils en retirent des avantages pour eux-mêmes et pour le groupe. Narcissiquement par la médiatisation de leurs actions, financièrement car la valorisation de l'image du groupe augmente ses revenus, et même fiscalement. Les organisations pyramidales ont la même dynamique. Dans ce contexte sociétal les parents, soucieux de l'avenir de leurs enfants, les encouragent souvent à s'imposer, se faire valoir et cacher leurs faiblesses. L'expression commune disant qu'il faut "armer nos enfants pour la vie" peut nous aider à prendre conscience que nous  sommes nombreux à avoir été conditionnés à la rivalité.

Au niveau politique en France, actuellement et sommairement il y a deux camps qui s'opposent. Le premier valorise et admire les personnes qui réussissent et gravissent les échelons de la Pyramide, sans chercher à savoir si leur réussite sociale est faite au détriment du bien commun et des autres. L'autre camp vilipende ces mêmes personnes, les suspectant d'avoir réussi en agissant sciemment au détriment du bien commun et des autres, sans prendre en compte le fait qu'elles pourraient ne pas en avoir conscience ayant été formatées par leur éducation et leur environnement social.

Au niveau économique, il y a aussi sommairement deux camps qui s'opposent. L'un valorise le capitalisme, affirmant que la "concurrence libre et non faussée"5 est la seule voie capable d'apporter le bien-être, chacun rivalisant avec son voisin pour produire les biens et les services les meilleurs et au moindre prix. L'idéologie sous-jacente est que l'humain serait bon par nature6. L'autre camp, versus communisme, considère qu'il est indispensable de contrôler drastiquement l'économie, l'idéologie sous-jacente étant que l'homme serait un loup pour l'homme7. C'est donc l'État qui peut garantir le bien-être de tous. Seul point commun entre ces deux camps, l'affirmation d'agir pour le bien-être de tous. Force est de constater qu'ils ont échoué tous les deux. Ils ont été mis en échec par la posture de rivalité qui sous-tend l'individualisme. Les humains ont donc fait leur propre malheur faute d'avoir vu le piège qui est en eux et dans lequel la rivalité s'enracine : l'ego.

4 Corporate - Nicolas SILHOL - 2016.

5 Théorie d'Adam SMITH, réputé être le père du capitalisme.

6 Théorie de Jean-Jacques ROUSSEAU au 18è siècle.

7 Théorie de Hobbes au 17è siècle.

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À défaut de remettre en cause simultanément la grande Pyramide et la posture du rivalité  nous nous condamnons à subir de plus en plus d'injustices et de violences. Pour se donner des chances d'enrayer l'évolution vers le Chapeau de Merlin nous proposons d'approfondir la question de l'ego.

Première clé du changement : l'apparentement*

Nous, les humains, détenons à la fois le problème (l'ego) et sa solution. C'est encourageant et rassurant. Nous sommes en effet tous porteurs de quatre exigences fondamentales* de sens, justice, paix et amour8, présentes en nous dès la naissance. Voyons comment elles se manifestent.

8 Amour au sens large, partant de l'amour d'autrui qui fonde l'empathie jusqu'au sentiment amoureux.


Ces exigences fondamentales sont observables chez les enfants dès qu'ils commencent à maîtriser le langage. Ils cherchent à comprendre ce qui se passe autour d'eux et posent des questions, souvent perçues par l'adulte comme de l'impertinence. Un enfant se faisant régulièrement rabrouer lorsqu'il interroge les adultes peut renoncer à vouloir comprendre ce qui se passe autour de lui. Il renonce donc à son exigence de sens. Il peut aussi se départir de son exigence de justice s'il est témoin d'injustices tout en constatant que les adultes s'en accommodent. Pour finir, il peut se détourner de son exigence de paix s'il vit dans un environnement tendu dans lequel il y a de nombreuses disputes. Il est rare qu'il renonce à son exigence d'amour. C'est même souvent par amour pour ses parents et pour obtenir leur amour, qu'il peut se soumettre à un mode éducatif de rivalité. Un enfant ayant renoncé à ses trois premières exigences fondamentales grandit avec l'idée qu'aimer l'autre c'est lui céder. Il attendra en retour que l'autre lui cède aussi en preuve d'amour. En revanche lorsque l'exigence d'amour reste connectée aux trois autres (sens – justice – paix) l'amour n'est pas conditionné à une soumission. Il est un lien inconditionnel encore bien mystérieux.

L'ego se construit dès la petite enfance, lorsque le bébé commence à comprendre qu'il est une personne à part entière du fait que ses parents lui parlent, parlent de lui et parce qu'il commence à se reconnaître dans un miroir. Il est dans les bras de ses parents et n'étant pas sûr que c'est lui qu'il voit dans le miroir, il se tourne vers son parent pour en avoir la confirmation9. Il s'appuie donc sur la parole de son parent pour construire son sentiment d'existence, puis dès qu'il commence à parler il veut que sa propre parole compte. C'est pourquoi il fait des demandes et refuse de faire ce que ses parents lui demandent. C'est l'entrée dans la période appelée "période du non", appellation inappropriée car elle suggère que l'enfant aurait un besoin impérieux de s'opposer pour construire son identité, alors qu'il ne fait que vérifier la capacité de son parent à tenir compte de ce qu'il dit. La façon dont ses parents lui répondent est déterminante pour son développement.

Lorsque le parent est attentif aux demandes de l'enfant, discutant avec lui pour trouver un terrain d'entente, il est dans ce que nous appelons la posture relationnelle d'apparentement* avec son enfant. Pour ce dernier, le fait d'être régulièrement entendu constitue une fondation identitaire solide lui permettant d'accepter une éventuelle déception lorsque son parent ne peut pas accéder à sa demande. Il sait que son parent a des raisons pour dire non car il lui attribue depuis le début une plus-value-de-savoir*10. Ce qui le rassure, c'est de constater que son parent est capable de reconnaître qu'il a parfois raison. Il parle de sa place subjective de petit enfant et veut gagner de la liberté très tôt, quand il demande par exemple à descendre d'un trottoir tout seul sans donner la main. Lorsque son parent lui dit après avoir vérifié qu'il n'y a pas de danger "Bien, oui tu as raison mon chéri tu peux le faire tout seul !", l'enfant est content et rassuré. Si son parent diffère l'expérience pour des raisons de sécurité, il le comprend. L'enfant calque son attitude sur celle de son parent et ils accèdent ainsi au mode relationnel d'apparentement*. Chacun y a une place symbolique assurée et de même valeur, indépendamment de son âge car par principe la parole de chaque interlocuteur compte. Les désaccords sont exposés et discutés à l'aune des quatre exigences fondamentales, c'est donc une relation détendue. L'enfant s'approprie la posture relationnelle d'apparentement qu'il adopte avec tous les autres (frères, sœurs, copains, autres adultes, etc.).

9 Expérience théorisée par Jacques LACAN sous le nom de "stade du miroir".

10 Plus-value-de-savoir : terme emprunté à Jacques LACAN, que nous nous sommez approprié.

Revenons à la période du non. Lorsque le parent ignore ou rejette régulièrement les demandes de l'enfant, se mettant dans une posture relationnelle de rivalité pour le faire céder, l'enfant se soumet ou fait pareil. Il peut tenter de passer en force lui aussi en insistant, criant, mentant si besoin. Quoi qu'il en soit (soumission ou rébellion) cela conduit au mode relationnel de rivalité* dans lequel il y a un dominant et un dominé. La place occupée dans la relation engage toute la personne au travers de son ego, lequel est flatté ou dégradé selon les situations. Plus le mode éducatif des parents est autoritaire, plus le socle identitaire de l'enfant est fragilisé. Le fait que sa parole ne compte pas ou trop peu lui donne l'impression qu'il n'a pas de valeur. L'enfant peut aussi être débordé par un sentiment d'injustice de ne pas être écouté et commettre un acte violent pour lequel il est souvent puni. C'est donc sa violence visible qui est sanctionnée, tandis que celle invisible subie en amont (ne pas être écouté) est ignorée. L'enfant puni ressent encore plus fortement son sentiment d'injustice, il peut devenir violent à nouveau et se faire punir de plus en plus fort, etc. Le risque est d'entrer dans un cercle vicieux similaire à celui de l'escalade de la violence sociétale11. L'enfant s'approprie la posture relationnelle de rivalité et l'adopte avec tous les autres, versus domination ou soumission selon les situations.

Revenons une dernière fois à la période du non pour envisager le cas de figure d'un parent changeant régulièrement de posture relationnelle*, passant de l'apparentement à la rivalité et inversement. C'est une configuration très fréquente. L'enfant ne peut pas s'installer dans la sérénité de l'apparentement mais il s'adapte. Quand son parent est dans l'apparentement il fait valoir son point de vue et tient compte de celui de son parent. Dès que ce dernier change de posture, il se soumet ou cherche à passer en force lui aussi. Prenant l'habitude de calquer sa posture relationnelle sur celle de la personne en face de lui, il est sous son influence. Si elle est dans la rivalité, il peut se laisser entraîner à dire ou faire des choses qu'il peut regretter ensuite. Devenu adulte il aura des difficultés à se distancier des climats sociaux de rivalité.

Prendre conscience de ce qui nous a été transmis par nos parents est un premier pas dans la connaissance de nous-mêmes. L'ancrage ou l'absence d'ancrage de notre socle identitaire (dans nos exigences fondamentales ou notre ego) a des effets sur notre façon de penser et d'agir. Nous sommes influencés aussi par les autres, d'où l'intérêt de détecter leur posture relationnelle afin de repérer à qui nous pouvons faire confiance.

11 Cercle vicieux : injustice sociale – violence réactive (incivilités, vandalisme, délinquance, terrorisme) – répression – sentiment d'injustice – nouvelle réaction violente – répression de plus en plus sévère – etc.

Différencier les postures relationnelles d'apparentement et de rivalité

Une personne étant dans la rivalité se compare, se croyant mieux ou moins bien que les autres selon les situations. Puisque c'est sa personne entière qui est engagée dans cette comparaison, elle peut avoir un complexe de supériorité ou d'infériorité. Alors qu'une personne étant dans l'apparentement peut reconnaître ses points forts et ses points faibles sans se sentir ni supérieure ni inférieure, elle sait que sa personne ne se réduit pas à cela. Le regard porté sur les autres dépend aussi de la posture relationnelle. Une personne étant dans la rivalité aura tendance à les disqualifier, mépriser ou au contraire les admirer et sur-valoriser. Dans la posture d'apparentement les jugements sont moins globalisants. Pour le dire autrement, la rivalité peut nous pousser à traiter quelqu'un de méchant ou de gentil selon qu'il répond ou non à nos attentes, alors que si nous sommes dans l'apparentement le qualificatif ne portera que sur ce qu'il a fait ou dit.

Observer l'usage du langage permet aussi de distinguer les deux postures relationnelles. Dans l'apparentement la personne parle avec son interlocuteur d'égal à égal, avec empathie et bienveillance quelles que soient les différences d'âge, de sexe, de niveau d'étude, etc. Elle s'exprime posément, veillant à se faire comprendre de son interlocuteur sans chercher à le heurter, lui laissant du temps pour parler, argumentant éventuellement pour trouver un terrain d'entente avec lui. Elle peut changer d'avis sans difficulté si ce que l'autre dit fait sens pour elle et sa parole l'engage. Les mots sont utilisés pour penser et ordonner ce qui se passe en nous, autour de nous et pour en dire quelque chose à l'autre sans chercher à le dominer. C'est ce que nous appelons le Rapport Symbolique au Langage* (RSL).

Dans la rivalité, l'usage du langage est tout autre. La personne parle pour prendre l'ascendant sur son interlocuteur. Elle peut hausser le ton ou prendre un ton autoritaire pour l'intimider, employer des mots trop compliqués ou des arguments cinglants, monopoliser la parole (la couper) et ignorer ce que dit son interlocuteur, manipuler ses sentiments ainsi que les informations qu'il lui donne et elle peut aussi dire une chose et son contraire. Ce qui compte c'est ce qu'elle dit dans l'immédiateté de la relation, si son interlocuteur lui rappelle ce qu'elle a dit précédemment elle nie l'avoir dit ou l'accuse de n'avoir pas compris. Cette manière de parler, que nous appelons le Langage au Service de l'Ego* (LSE), caractérise la posture relationnelle de rivalité versus domination (pour obtenir quelque chose de l'autre ou se montrer comme étant supérieur). Versus soumission la personne se tait devant son interlocuteur, le conforte par principe dans ce qu'il dit ou s'auto-dévalorise.

Il est facile de repérer lorsqu'une personne fait acte d'autoritarisme envers nous, c'est plus compliqué si elle nous manipule. Quand elle joue avec nos sentiments nous manquons de recul pour nous en apercevoir et quand elle nous ment ou nous cache quelque chose nous ne le savons pas. Nous pouvons malgré tout détecter sa posture de rivalité en étant attentifs à nous-mêmes. Si nous avons du mal à comprendre ce qu'elle nous dit, ce qu'elle pense vraiment et où elle veut en venir, c'est un signe de rivalité. De même lorsque nous sentons que nous nous épuisons à essayer de nous faire entendre ou que nous avons peur de lui dire certaines choses par crainte de sa réaction.

La posture de rivalité peut être habituelle (en cas d'ancrage identitaire) ou de circonstances. Un personne sans ancrage agit sous l'influence de son interlocuteur ou du climat social, nous l'avons déjà évoqué. Dans le film "Violence des échanges en milieu tempéré"12 nous voyons un jeune homme intelligent et sensible s'éloigner peu à peu de ses exigences fondamentales sous l'emprise de son milieu professionnel. Son ego est valorisé par son salaire, la notoriété de son entreprise et le discours flatteur qu'elle distille, si bien qu'il finit par s'accommoder au sale travail qui lui est demandé. La posture de rivalité peut aussi est le fait d'une personne étant habituellement dans l'apparentement mais qui se trouve dans une situation qui la fait craquer. Elle est ensuite capable de s'en excuser et de se ressaisir. Nous sommes malheureusement assez nombreux à avoir été conditionnés à un ancrage dans la posture de rivalité par l'éducation et les influences sociales et sociétales.

Il est salutaire de repérer notre éventuel conditionnement à la rivalité car cela peut nous permettre de nous recentrer sur nos exigences fondamentales. Nous pouvons alors, face à une agression verbale qui nous blesse dans notre exigence de justice, ne plus répondre sur le même terrain que notre agresseur et nous faire respecter autrement. Face à quelqu'un qui veut prendre l'ascendant sur nous, nous arrivons à ne pas nous soumettre sans envenimer la relation pour autant13. Il n'est jamais trop tard pour se déconditionner de la rivalité, il suffit de le désirer. À partir de là nos représentations de nous-mêmes, des autres et du monde changent et de ce fait nous agissons différemment. Désirer ce changement et l'initier nous procure un mieux-être immédiat. Réussir à se déconditionner prend plus de temps. Il ne nous reste qu'à nous appliquer à nous-mêmes la bienveillance et l'empathie que nous nous entrainons à avoir pour les autres.

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L'apparentement est la première clé pour pacifier notre Société. Il serait illusoire de vouloir une Société juste et paisible sans nous appliquer à trouver nous-mêmes un positionnement relationnel intègre et mesuré. La généralisation de ce changement aura non seulement des effets bénéfiques sur nous-mêmes mais aussi sur les organisations sociales et sur la Société. Leur structure pyramidale peut évoluer vers une structure non-pyramidale, c'est la deuxième clé. Elle est  nécessaire pour réduire les injustices sociales. 

12 Film de Jean-Marc MOUTOU - 2004.

13 Voir les conseils dans l'article Penser nos relations.

Deuxième clé du changement : le modèle permaculturel (la Fleur)

Nous avons déjà énoncé en quoi la Pyramide est porteuse d'injustices, poursuivons le raisonnement. Elle induit l'idée que réussir sa vie c'est s'enrichir. Toutes sortes de moyens d'y arriver se sont développés à coté de l'économie réelle (qui répond à des besoins). Une économie de l'actionnariat pour toucher des dividendes, une économie de la finance faisant de l'argent avec l'argent par de simples transactions et une économie de l'ombre prospérant avec des commerces illicites. D'innombrables jeunes ont été incités à faire un "Bac + 5" voire une thèse avec la promesse d'une future rémunération avantageuse, ils sont nombreux à déchanter car il n'y a pas de places pour tous à l'échelon des rémunérations annoncées. Des personnes talentueuses (en art, sport, etc.) gagnent beaucoup d'argent et sont sur-valorisées, pour peu qu'elles soient propulsées au rang des stars leurs revenus s'envolent. De multiples concours avec des gains d'argent à la clef apparaissent dans tous les domaines : culture générale, beauté, cuisine, danse, capacité d'adaptation en milieu hostile, etc. Quant aux personnes n'ayant pas de compétences monnayables, il leur reste les paris ou les jeux de hasard qui entretiennent l'illusion que chacun a sa chance. Il est pourtant clair qu'il ne peut pas y avoir d'égalité des chances dans la Pyramide, ni dans les organisations sociales pyramidales telles que nous les avons développées.

Il existe un modèle non-pyramidal inventé par deux Australiens14 dans les années 70. Il est compatible avec nos exigences fondamentales de sens, justice, paix et amour et peut se décliner à toutes les échelles. Le voici à celle de la Société.

14 Modèle permaculturel de Bille MOLLISON et David HOLMGREN.

Avec ce modèle, la Fleur*, aucun domaine de compétences n'est sur-valorisé puisqu'ils ont  une place d'égale importance dans un pétale. Il n'y a donc pas de personnes sur-valorisées non plus. C'est un modèle fondé sur l'interdépendance de tous avec en son centre l’Éthique et les trois principes fondamentaux de la permaculture : prendre soin de la nature – prendre soin de l'humain –  partager les richesses. Les auteurs de ce schéma considèrent que c'est nous tous qui construisons la Société. Ils l'ont signifié par la flèche circulaire partant du centre et traversant tous les secteurs d'activité. Nous pouvons tous agir dans le respect de ces trois principes quelle que soit notre place dans la société : agriculteur, enseignant, entrepreneur, avocat, policier, artiste, homme politique, etc. C'est possible parce que ces trois principes sont en cohérence avec nos quatre exigences fondamentales (sens – justice – paix – amour). Les auteurs parlent de "révolution douce", cette expression peut surprendre mais à la réflexion elle est pleine de sens. Il s'agit bien d'une révolution menant à un changement radical de paradigme ; pour autant cette transformation peut s'opérer sans passer en force contre quiconque.

Nous sommes loin, très loin de la Fleur, tellement loin que cela peut paraître utopique. Mais l'utopie a une utilité, elle peut nous aider à tendre vers ce qui fait sens pour nous, elle nous montre le chemin. Nous n'atteindrons pas la Fleur demain car, partant de la grande Pyramide, le chemin sera long. Le simple fait de nous y engager individuellement signifie que nous sommes en train de lâcher prise au niveau de la rivalité et de la compétition sociale. S'y engager collectivement indique que nous cherchons des alternatives à l'organisation pyramidale de nos organisations sociales.

Commençons par envisager comment insuffler une transition dans une organisation pyramidale. C'est assez facile lorsque les personnes étant à son sommet s'emparent du modèle permaculturel et s'ancrent dans l'apparentement car elles donnent le ton. Les personnes étant dans la rivalité finissent par comprendre qu'elles doivent opérer un changement en elles. Là encore, acceptons que l'évolution se fasse progressivement. La transformation peut aussi être enclenchée par la base à partir du moment où un nombre suffisant de personnes s'ancrent dans la posture d'apparentement. C'est plus difficile car la structure pyramidale de l'organisation n'est pas remise en cause et la rivalité continue d'être valorisée.

Aborder le fonctionnement des organisations pyramidales d'une manière stratégique permet d'analyser ce qui s'y passe, de se protéger tout en développant des évolutions. L'ascension des personnes étant dans la rivalité ayant été facilitée, elles sont majoritaires aux postes décisionnaires. Elles mènent une politique visant à maintenir le statu quo pyramidal qui leur procure des privilèges, pour cela elles favorisent les personnes qui jouent le jeu de la hiérarchie. Ces dernières en retirent aussi des avantages, c'est du "donnant-donnant" même si les bénéfices s'amenuisent en descendant les échelons.  Quant aux personnes étant dans l'apparentement, elles sont en difficulté car motivées principalement par la bonne exécution de leur mission. Elles s'épuisent à faire remontrer les problèmes de fonctionnement et postulent parfois à des grades décisionnaires pensant pouvoir améliorer la qualité du travail. Elles sont souvent déçues voire frustrées devant des décisions insensées et/ou injustes provenant des échelons supérieurs. Il ne leur resterait qu'à partir mais ce n'est pas toujours possible, alors elles s'accommodent. Certaines désinvestissent leur travail, ne le faisant qu'a minima mais en le vivant mal. D'autres prennent une posture d'opposition radicale, passant de l'apparentement à la rivalité parfois violente. Dans ces cas là, c'est leur violence visible qui est sanctionnée, la violence structurelle et systémique de l'organisation étant ignorée. Nous retrouvons là encore le cercle vicieux que nous avons déjà décrit : violence invisible (structurelle et systémique) – débordement violent visible (passage à l'acte isolé ou conflit social) – sanction de la violence visible sans prendre en compte la violence invisible – nouveau débordement violent – montée en puissance des sanctions contre les violences visibles, etc.

Face à ces difficulté, le mieux est de commencer à parler avec les personnes identifiées comme étant dans l'apparentement, ce qui permet de libérer la parole en toute sécurité. Ensuite il peut y avoir des prises de paroles collectives pour promouvoir de nouvelles pratiques, par exemple la prise de décision par consentement chaque fois que c'est possible. C'est une alternative à la recherche d'unanimité qui est difficile à obtenir, ainsi qu'au vote qui favorise les alliances et les rapports de force (donc les egos). Les animateurs de la réunion15 sont garants du fait que l'ego de chacun est mis en sommeil afin que les discussions se déroulent dans l'apparentement. Chaque participant est alors en capacité de remettre en cause son idée lorsque quelqu'un démontre qu'elle n'est pas compatible avec l'objectif commun. Chacun peut aussi reconnaître la pertinence d'une idée énoncée par une personne perçue auparavant comme rivale. L'intelligence collective est alors à son efficience maximum, les décisions actées sont mises en œuvre dans un climat paisible. Les prises de paroles collectives guidées par les exigences fondamentales, peuvent faire résonner ces dernières chez des interlocuteurs qui s'en étaient éloignés. Ils peuvent alors éventuellement réorienter leurs actions dans le sens de ces exigences. 

Des personnes sont ainsi amenées à changer radicalement leur mode de vie. Elles sont de plus en plus  nombreuses et témoignent de leur expérience. Elles ne regrettent rien et y gagnent quelque chose qui n'a pas de prix, l'accès à la joie. La joie est impossible à ressentir au détriment de quelqu'un, donc impossible à ressentir dans le cadre d'une relation de rivalité (dans laquelle il y a toujours un dominé), impossible à ressentir quand notre réussite sociale se fait au détriment de d'autres personnes. C'est l'émotion par excellence qui participe de ce qui nous rend heureux et elle  est amplifiée lorsqu'elle est partagée. Vous comprenez pourquoi il y a de plus en plus de personnes qui ré-orientent leur vie pour la mettre en cohérence avec leurs exigences fondamentales.

Il n'est pas possible d'appliquer le modèle permaculturel à toutes les organisations sociales ni dans toutes les circonstances. Des organisations pyramidales peuvent fonctionner de façon satisfaisante, nous l'avons vu avec les compagnies de sapeurs-pompiers. En dehors des temps d'intervention pendant lesquels les ordres venant du haut sont appliqués à la lettre, c'est le mode relationnel d'apparentement qui fonctionne bien que l'organisation soit pyramidale. Quoi qu'il en soit, l'apparentement et le modèle d'organisation permaculturel permettent de développer des pratiques sociales plus justes et créent les conditions pour que la confiance s'installe.     

15 Un co-animateur reste un peu en retrait pour avoir du recul et aider l'animateur si nécessaire.

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Avec les deux premières clés, l'apparentement et le modèle permaculturel nous pouvons pacifier notre environnement social. L'apparentement peut aussi corriger les dysfonctionnements systémiques de la grande Pyramide.

Troisième clé du changement : un système vertueux

Le système* est souvent invoqué pour justifier des injustices et des incohérences tout en nous laissant entendre que nous n'y pouvons rien. Par exemple si l'argent va toujours aux plus riches c'est à cause du système. Quant à nous (les auteurs), nous avons évoqué le rôle des actionnaires et des consommateurs dans ce processus d'aspiration de l'argent. Pour essayer de comprendre plus précisément ce qui se passe au niveau du système nous allons en donner une définition, en nous appuyant sur les connaissances issues de la psychologie des groupes.

Il est admis qu'un groupe est constitué de la somme de ses membres et d'une dynamique collective15. Cette dynamique collective est le reflet des comportements les plus répandus dans le groupe. En tant que dynamique, elle produit un système qui se développe pour lui-même à l'intérieur du groupe, quelle que soit sa taille.

15 Le psycho-sociologue Kurt LEWIN (1890-1947) est à l'origine de cette théorie que nous nous somme appropriée.

Il y a donc un lien entre le système et nous les individus. Bien qu'étant indirect (la dynamique collective étant au milieu), il permet de comprendre que nous pouvons intervenir sur le système à condition d'agir en amont.

Pour l'instant, que constatons-nous ? Les comportements les plus répandus chez les humains sont : se mettre en rivalité avec les autres, favoriser les apparences, rechercher l'enrichissement en tant que but. C'est donc cela que nous retrouvons dans notre dynamique collective planétaire, laquelle alimente le système qui lui ne fait que développer ces comportements.

Voyons cela plus précisément. Lorsque la rivalité prédomine dans un groupe sa dynamique collective est dans l'affrontement. En cas de conflit interne entre deux camps, le discours dominant* du groupe est clivé entre les "pour" et les "contre" mais est unifié autour de l'idée qu'il faut choisir son camp. Si le groupe affronte un rival extérieur, le discours dominant est une injonction de loyauté envers le groupe. Toute personne cherchant à faire entendre un discours plus nuancé est ignorée tant qu'elle n'est pas dangereuse pour l'unité du groupe, si elle le devient elle peut en être exclue ou devenir la cible de ses attaques. La dynamique collective d'affrontement peut devenir violente parce que les guerres d'egos sont pourvoyeuses de jouissance. De ce fait la violence peut être potentiellement sans limite, d'autant plus lorsqu'elle est majorée par l'effet de groupe. A partir du moment la rivalité est développée par le système les humains perdent la main et en subissent les conséquences.

Comprendre le système actuel

Nous sommes tous témoins de la fragmentation croissante de la communauté humaine en  sous-groupes qui s'opposent et s'affrontent parfois violemment. Nous sommes nombreux à subir des climats de rivalité dans lesquels tout peut devenir prétexte à affrontements et divisions. Face à l'ampleur de ce phénomène systémique nous pouvons nous sentir impuissants. Pour pouvoir reprendre la main sur ce système nous devons comprendre ce qui se passe en amont. Remontons la chaîne de cause à effet qui produit le système. Nous arrivons à nos comportements individuels guidés par la rivalité :

- Se comparer : vouloir "être plus" (riche, fort, beau, performant, ...) que les autres et "avoir plus" (d'argent, de pouvoir, de notoriété, ...) ;
- S'imposer : passer en force par l'autorité, l'intimidation ou la manipulation pour arriver à ses fins ;
- Se soumettre : laisser dire et faire les personnes qui s'imposent, pour avoir la paix ou en les admirant de savoir s'imposer ;
- Comparer les autres entre eux : les admirer ou les mépriser selon qu'ils sont perçus dans le "plus" ou le "moins".

La rivalité est donc prégnante dans notre dynamique collective. Elle s'exprime au travers un discours dominant dans lequel il est convenu que certaines personnes valent plus que d'autres, que les chefs sont une nécessité, que la compétition sociale est naturelle, qu'il est normal que les plus forts s'en sortent mieux que les plus faibles et en soient favorisés, qu'il faut des gagnants et des perdants, que pour être un gagnant il faut savoir s'imposer, se faire valoir et masquer ses faiblesses, etc. C'est nous-mêmes qui créons ce discours dominant et qui le diffusons dans les réseaux sociaux, les médias, les films, les séries et la publicité, lesquels nous influencent à leur tour. Si la publicité met en scène la rivalité pour déclencher l'acte d'achat, c'est que cela fonctionne bien. Si nous excusons des comportements égoïstes ou irrespectueux de la part de certaines personnes au prétexte qu'elles ont un talent ou un statut élevé, c'est aussi un signe de rivalité. Par principe il est difficile de critiquer le discours dominant d'un groupe car il nous procure un sentiment d'appartenance et de sécurité, nous en avons besoin. Le fait d'adhérer au discours dominant actuel nous procure un sentiment d'intégration à la Société mais c'est au prix d'une uniformisation. Quant à ceux qui le critiquent violemment ils valident inconsciemment dynamique de rivalité qui est celle de l'affrontement. 

Suite logique de cette dynamique collective de rivalité, notre système développe le "toujours plus" sans limite :

- Toujours plus d'argent par tous les moyens (« la fin justifie les moyens ») ;
- Toujours plus de pouvoir et de notoriété par tous les moyens aussi ;
- Toujours plus vite car le temps c'est de l'argent. Plus vite pour travailler afin de réduire les coûts, plus vite pour être informé avant les autres ou cacher des informations, plus vite pour régler des problèmes quitte à en créer d'autres par ailleurs (qui seront réglés tout aussi rapidement), etc.
- Toujours plus de communication. Exister dans les médias et sur les réseaux sociaux est devenu indispensable pour développer une activité. Nous sommes sur-sollicités pour nous exprimer, évaluer, voter, « liker » (aimer). Communiquer sur notre travail est devenu plus important que ce que nous faisons réellement, à.  tel point que la communication pervertit le langage. Nous n'en sommes pas dupes, c'est ce qui ressort de l'expression commune disant d'un discours qu'il n'est "que de la communication".

Ce système a gangrené toutes les activités humaines. Il s'auto-entretient pour lui-même, il faut que ça tourne, toujours plus vite et peu importe si ça ne tourne pas rond. Il est temps de reprendre la main.

Développer un système vertueux

En nous emparant massivement de la première clé du changement, l'apparentement, nous changerons de comportements. Les plus répandus seront donc :

- Se comparer en prenant en compte nos points forts et en acceptant de reconnaître nos points faibles.
- Chercher un terrain d'entente au lieu de s'imposer. Argumenter pour faire comprendre à l'autre notre point de vue et écouter le sien. Changer d'avis s'il a des arguments convaincants au regard de nos exigences fondamentales.
- Résister à ceux qui veulent passer en force, en veillant à ne pas envenimer la relation pour autant.
- Comparer les autres entre eux en reconnaissant leurs points forts tout autant que leurs points faibles. Les aider éventuellement s'ils le souhaitent et si nous en sommes capables.

Nous retrouverons ces nouveaux comportements dans notre dynamique collective, le discours dominant sera donc dans leur continuité. Nous avons tous des points forts ainsi que des points faibles et ce n'est pas grave. Les échecs font partie de la vie, de l'apprentissage, ils peuvent nous permettre de progresser. Nous apprenons tout au long de notre vie. La réussite de choses exceptionnelles (en sport, art, artisanat, ...) est le résultat d'un parcours fait de renoncements, de doutes et d'échecs surmontés. Nous sommes tous porteurs d'un ego qui nous pousse à l'individualisme mais nous sommes aussi porteurs de quatre exigences fondamentales qui nous aident à contenir l'ego et à cultiver  la justice sociale et la paix, etc.

Avec un tel discours, notre dynamique collective produira un système qui développera la recherche de sens, de justice, de paix et d'amour et qui s'inscrira dans une nouvelle temporalité. Nous aurons ainsi du temps pour :

- Réfléchir aux conséquences de nos choix (paroles et actions) pour s'assurer qu'ils sont en cohérence avec nos exigences fondamentales.
- Chercher des solutions à nos problèmes en les historisant (ils ne surgissent jamais de nulle part) et en globalisant la réflexion pour ne pas impacter négativement d'autres domaines.
- Faire bien ce que nous entreprenons, ce qui est une source de satisfaction.
- Prendre soin de soi et des autres, pour se remettre de la perte d'un être cher, accueillir un nouvel être au monde, cultiver l'amour, contempler la beauté de la nature ou de l'art, etc.

Nous sommes à la croisée des chemins entre deux systèmes. L'actuel discours dominant est de plus en plus remis en cause mais souvent violemment, ce qui nous fait entrer dans le cercle vicieux sociétal d'escalade de la violence. Heureusement il apparait des contre-discours* non violents qui commencent à se faire entendre. Ils sont argumentés, font sens pour de nombreux citoyens et représentent maintenant un danger pour le discours dominant. C'est pourquoi celui-ci se défend de plus en plus violemment tout en évitant le débat. Il taxe ces contre-discours d'être non-scientifiques et/ou mensongers et ils disqualifient leur auteurs en les accusant d'être irresponsables, complotistes, etc.

Écouter de véritables débats ferait vaciller les représentations que les citoyens se sont faites en entendant uniquement le discours dominant. Leurs comportements, la dynamique collective et le système en seraient transformés. Nous attendrions des experts dans tous les domaines qu'ils cherchent à surmonter leurs différends sur la base d'arguments et qu'ils mettent à la portée des citoyens des synthèses de leurs avancées. Un candide à la table du dialogue serait au service de cette idée. Laissons-nous imaginer qu'il pourrait y avoir des degrés de vulgarisation variables permettant de rendre ces controverses accessibles aux enfants. L'éducation scolaire s'en trouverait aussi transformée, nous tisserions avec eux un lien de confiance transgénérationnel au lieu de les soumettre à notre système de rivalité.

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C'est la première clé du changement, l'apparentement, qui permet d'obtenir les deux autres. Il en faut une autre, la dernière.

Quatrième clé du changement : un objectif consensuel mondial

L'évolution de l'humanité a commencé il y a plusieurs millénaires. Nous avons progressé démographiquement et techniquement jusqu'à fabriquer des armes de plus en plus sophistiquées et efficaces aboutissant à des destructions massives. Ce cheminement est évidemment en corrélation avec la rivalité qui s'est développée aussi entre les nations. Le progrès technique et scientifique a toujours été mis au service de la compétition internationale. Il nous a aveuglés par son coté brillant et attrayant, nous a attirés dans la passion de l'innovation en tant que telle. Faisons une rétrospective rapide de l'évolution de deux grands courants de pensée dans l'histoire de la civilisation occidentale pour comprendre les raisons de cette évolution mondiale. 

Le courant scientifique et technique

Des personnes se sont engagées dans le développement technique, ce qui a permis dans un premier temps de résoudre des problèmes de survie de l'espèce. La sédentarisation et l'accès à une relative sécurité a ouvert les voies de la science, de la philosophie et de l'exploration de la planète, tandis que le progrès technique épargnait à l'humain des tâches éprouvantes et peu épanouissantes. Tout récemment, le progrès informatique a contribué à l'accélération de la mondialisation de l'économie et à l'entrée dans l'ère de l'économie de la finance. Pour finir, des recherches scientifiques et techniques ont été accaparées par des personnes déjà riches pour spéculer sur les futures découvertes. Toutes les activités sont concernées : le numérique, la médecine, le spatial, la génétique, la production agricole et industrielle, etc. 

Concernant l'industrie, l'extraction des ressources naturelles devenant de plus en plus difficile, les multinationales investissent dans des procédés innovants. Elles ne se préoccupent pas des dégâts collatéraux qu'ils provoquent sur la nature et sur les populations environnantes. Les collusions d'intérêts avec les politiques et/ou les pressions s'exerçant sur eux, aboutissent à la signature des autorisations d'extractions. Ces nouveaux procédés nous sont d'ailleurs présentés par les hommes politiques et par les grands médias comme étant de belles avancées, "c'est le progrès" nous dit-on.

Le courant scientifique et technique revendique et clame que le progrès est infini. Il serait l'extension sans limite de nos connaissances et de nos capacités techniques. L'expression commune "il n'y a pas de problèmes il n'y a que des solutions" nous incite à aller de l'avant sans nous préoccuper des problèmes que nos inventions pourraient engendrer. Nous avançons à toute vitesse avec les œillères de cette idéologie : la croyance en la toute-puissance de l'innovation. Le progrès a finalement été mis au service de la consommation, de la sur-consommation et de notre paresse. Les robots agissent à notre place et l'intelligence artificielle est vantée comme pouvant remplacer notre réflexion, sous prétexte qu'elle est plus performante que nous dans de nombreux domaines. Cette course en avant nous fait oublier une question pourtant cruciale : au service de quoi le progrès est-il mis ? Ceux qui osent la poser sont taxés de vouloir « revenir à l'époque de la bougie ». Les tenants du courant scientifique et technique tentent, avec ce type de réponse, d'invalider la pertinence de cette interrogation pour s'exempter d'une discussion argumentée.

Revenons au début de l'histoire de notre civilisation pour envisager l'autre courant de pensée et son évolution.

Le courant philosophique

Les religieux et les premiers philosophes se sont toujours interrogés sur le sens de leur existence et de leurs actions. Ces premiers penseurs raisonnaient à l'échelle d'une vie humaine, de l'organisation sociale de leur communauté et de ce qu'ils percevaient du cosmos à l’œil nu. Lorsque la planète a été appréhendée dans son ensemble, ils ont pensé la complexité du monde. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que certains penseurs ont interrogé l'impact de l'activité humaine sur la planète et sur l'humanité. En 1931, Paul Valéry ouvre cette question avec une phrase devenue  connue "Le temps du monde fini commence". Elle n'a pas eu les effets attendus... faisons un dernier retour en arrière pour en comprendre les raisons.

Conséquence dramatique de la scission des deux courants

Au cours de l'histoire, des personnes ont incarné l'unité de la connaissance dans laquelle étaient réunis le courant scientifique et technique et la réflexion philosophique. Hippocrate et Léonard de Vinci, entre autres, étaient à la fois des scientifiques et des philosophes. Avec le développement de la science, il est devenu impossible à une seule personne d'appréhender toutes les connaissances de son époque. Ces dernières ont alors été réunies dans des encyclopédies. Il est apparu ensuite une césure entre le courant scientifique et le courant philosophique. Elle est repérable au niveau du langage avec d'un coté les "sciences exactes" opposées aux "sciences humaines" ou encore les "sciences dures" et les "sciences molles". Ces nominations ont induit une hiérarchisation qui a relégué le courant philosophique au second plan.

La science et la technique, débarrassées du frein de la philosophie, se sont développées pour elles-mêmes et ont été mises au service de la compétition sociale. Au niveau individuel par l'affichage d'objets derniers cris et/ou onéreux censés nous donner de la valeur, au niveau des organisations sociales pour gagner la compétition économique et au niveau international pour la domination mondiale. Nous allons tout droit vers le Chapeau de Merlin.

Le courant altruiste et bienveillant*

Heureusement, l'avertissement de Paul Valéry est maintenant pris au sérieux. Un grand nombre de personnes et de mouvements citoyens s'en emparent. Parmi ces derniers, l'un nous semble particulièrement pertinent, c'est le mouvement qui prône de ralentir les activités humaines, le mouvement "Slow"16. La slow life (vie lente) se développe dans tous les pays, elle permet de prendre le temps de travailler, manger, se déplacer, contempler la nature et les beaux ouvrages, etc. En ralentissant, nous réduisons de facto notre empreinte écologique car c'est l'accélération de l'activité humaine (et sa futilité) qui nous a placés face à l'urgence climatique. Ralentir est à la portée de tout le monde, cela ne nous coûte rien et nous fait du bien.

Faisons une petite parenthèse pour évoquer la pandémie Covid-19 qui a contraint l'humanité à ralentir brusquement et drastiquement son activité. L'aviation, emblème de notre mode de vie pressé, est restée clouée au sol. Bien sûr la Covid-19 a provoqué et provoque encore des drames, mais il ne faudrait pas que cela nous empêche de réfléchir posément à la situation. Les grands médias ne nous y aident pas, ils surfent sur les guerres d'egos et réduisent les  débats à une question primaire et récurrente "êtes-vous pour ou contre (telle ou telle chose) ? Nous pourrions prendre un peu de hauteur et interroger le discours dominant qui oriente toute la lutte contre le virus vers des mesures liberticides (confinement, obligation du port du masque partout, limitations des déplacements et des rencontres, obligation de se faire vacciner, etc.) tout en assénant qu'il n'y a pas d'alternatives. Nous pourrions interroger aussi son volte face concernant les leçons à tirer de cette pandémie. Lors du premier confinement il était admis que nous tirerions les leçons de cette pandémie et que rien ne serait comme avant, maintenant (après un deuxième confinement plus éprouvant que le premier) il est admis que seuls les vaccins permettraient de reprendre notre vie d'avant. Le discours dominant actuel est labile tout autant que l'opinion. Nous commençons à entendre dire qu'il y aura d'autres pandémies et qu'il nous faudra apprendre à vivre avec. Au lieu d'accepter cette prophétie comme une vérité absolue, ne pourrions-nous pas tenter d'élucider l'origine de cette pandémie ? Réfléchir aux moyens d'éviter d'en subir une autre ? Agir pour régler les problèmes qui fragilisent notre système immunitaire et le rendent incapable de lutter contre un virus ? Les échanges internationaux sont tellement massifs qu'ils sont incontrôlables et favorisent la circulation des virus (entre autres) ; la pollution, la mauvaise alimentation et le stress nous rendent malades ; pouvons-nous en prendre conscience ? Pourrions-nous voir dans la Covid-19 une occasion de repenser toutes nos activités pour les ralentir progressivement, préserver notre santé physique et mentale, vivre sans rivalité tout en préservant notre planète ?

Des documentaires, des conférences, des livres, de plus en plus nombreux, nous invitent à réfléchir au sens de nos actes et à leur impact sur nous-mêmes et sur la nature. Un nouveau mode de vie apparaît, affranchi de la hiérarchisation et de la compétition sociale, libéré aussi de l'influence de la mode et de la publicité qui nous poussent à sur-consommer. En consommant moins nous pouvons payer le prix réel du travail et permettre aux acteurs économiques de vivre de leur activité, nous  désamorçons ainsi le processus d'aspiration de l'argent vers le haut. Nous faisons prendre à notre trajectoire collective un virage à 90° pour éviter d'aller vers le Chapeau de Merlin. Continuer dans cette nouvelle voie fera évoluer la Pyramide vers une structure moins pyramidale. Schématiquement, cela revient à en repousser les bords vers l'extérieur. En extrapolant, nous arriverons à une structure de Société trapézoïdale.

16 Mouvement né en Italie (1986), en réaction à l'émergence de la restauration rapide. Il s'est internationalisé et a gagné d'autres domaines : slow city, slow média, slow transports, slow voyages, etc.

 


Dans une société en Trapèze*, l'argent circulera pour alimenter l'économie réelle. Les écarts de revenus seront structurellement contenus dans des proportions raisonnables et la compétition sociale s'estompera. En veillant à ce que les pouvoirs politiques ne soient pas supplantés par des intérêts privés, nous stabiliserons cette nouvelle structure. L'injustice et la violence diminueront et nous pourrons avancer plus tranquillement sur le chemin menant à la Fleur. Cette première étape (le Trapèze) sera sans doute la plus difficile à atteindre car elle suppose que les humains réussissent à se déconditionner massivement de la rivalité.  

Des signes nous montrent que le monde bouge. L'apparentement reprend sa place, non seulement parce qu'il correspond à nos aspirations profondes mais aussi parce qu'il est efficace. Des chefs de petites et moyennes entreprises le savent depuis longtemps et le mettent en œuvre. Ils veillent à ce que leurs employés soient bien traités et trouvent du sens à leur travail. Ainsi ils les fidélisent et obtiennent une meilleure qualité de travail. Depuis quelques années nous assistons à un revirement dans le management au sein de très grandes entreprises. Elles se mettent à veiller au bien-être de leurs employés (salles de repos, de sport, ...) et favorisent la qualité des relations entre eux. Si elles le font, c'est qu'elles ont perçu la plus-value financière qu'elles peuvent en retirer. Le brainstorming17 (qui favorise la résolution de problème) est efficace uniquement si chacun se sent libre de parler sans peur du jugement des autres ou de l'exclusion. Leur bienveillance n'est donc pas gratuite mais prenons les choses du bon côté, si elles abandonnent le management par la rivalité c'est bien la preuve qu'il est contre-productif. L'apparentement est vraiment la première des clés. Non seulement elle permet d'aller vers le modèle d'organisation permaculturel et de créer un système vertueux, mais aussi de poser les bases nécessaires à un consensus mondial qui permettrait à chacun de vivre en sécurité et dignement.

17 Brainstorming : technique de résolution créative de problème.

Vivre sans rivalité sur la planète, notre bien commun


Puisque la Société est actuellement pyramidale, pourrions-nous nous inspirer du modèle des compagnies de sapeurs-pompiers ? Leur mission (sauver les personnes et les biens) fait consensus et guide les actions et les prises de décisions à tous les échelons de l'organisation. Pourrions-nous placer le "Vivre sans rivalité sur la planète, notre bien commun" à la même place que la mission des sapeurs-pompiers ? Comprendre qu'il est de notre intérêt de renoncer à nos avantages personnels immédiats au profit d'un intérêt supérieur ? Nous pourrions alors respecter des règles garantes du bien-être de tous, inventer un modèle économique régulé et équitable et choisir un mode de vie viable écologiquement. Nos exigences fondamentales sont nos alliées pour ce changement car il est impossible d'être pleinement heureux dans un monde produisant structurellement et de façon systémique de l'injustice et de la misère.

Certains pays se sont déjà engagés sur cette nouvelle voie avec leur concept du "Buen vivir"18 (Vivre bien). Il est en cohérence avec nos exigences fondamentales et introduit une notion supplémentaire devenue incontournable : la nécessité d'une relation harmonieuse des humains avec la nature. L'équateur et la Bolivie ont inscrit le Buen vivir dans leur constitution. Rien n'est parfait et ces pays ont des difficultés, mais le consensus autour du Buen vivir les aidera à rectifier leurs erreurs et à rester sur le chemin qu'ils ont décidé d'emprunter.

Nous les Français, qui avons gravé dans le marbre le triptyque Liberté – Égalité – Fraternité, avons aussi des choses à corriger. Le mot Liberté est trop souvent interprété sur le mode de la rivalité "Je fais ce que je veux", en fait c'est la loi du plus fort qui fonctionne. N'est libre que celui qui s'impose. L'idée à cultiver serait plutôt dans la veine du sage proverbe "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres", qui est du côté de la recherche d'un terrain d'entente, donc de l'apparentement. Montrons au monde que nous sommes capables d'accepter une limitation à nos désirs personnels lorsque nous en comprenons le sens. Concernant l'Égalité, elle est trop souvent interprétée au sens littéral de "La même chose pour tout le monde", ce qui est en contradiction avec notre exigence de justice. Illustration avec la mise en place de la la TVA19, elle est la même pour tout le monde y compris pour ceux qui n'ont pas de quoi vivre dignement, ce n'est pas juste. Dans certains domaines nous avons été capables de préférer l'Équité à l'Égalité, notamment avec la création des Maisons Départementales des Personnes Handicapées. Elles visent à compenser les handicaps des personnes au regard de leurs difficultés et non pas à donner la même chose à toutes. Quant au troisième terme de notre triptyque national, la Fraternité, la question est de savoir si elle concerne tout être humain ou si elle est réservée à certaines personnes sous conditions. Nous avons donc en France à discuter pour prendre des décisions éclairées par l'apparentement et nos exigences fondamentales.

Nous les citoyens des pays dits "riches", sommes-nous capables de reconnaître que nous avons fait fausse route avec notre modèle économico-politique et d'en tirer toutes les conséquences ? Nous avons une lourde responsabilité car certains pays en voie de développement marchent dans nos pas. C'est notre affaire à nous tous, pas seulement celle de nos gouvernants. S'il y a une urgence, c'est que chacun entre dans la dynamique de changement, l'essentiel étant de commencer. Cela peut être en effectuant nos déplacements à pied ou à vélo dès que possible plutôt qu'en voiture – en privilégiant les circuits courts pour que l'argent circule en bas – en limitant notre usage du numérique pour diminuer notre impact environnemental – en organisant nos vacances de façon écologique et éthique – en plaçant notre argent dans des organismes socialement responsables – en œuvrant pour qu'une organisation pyramidale devienne moins pyramidale  – en créant des entreprises coopératives qui partagent leurs bénéfices équitablement (les "SCOP") - en votant pour des personnes qui incarnent leurs exigences fondamentales –  etc. La liste est loin d'être exhaustive !

Ne sous-estimons pas le poids de ces actions individuelles. Nous, les citoyens, avons le pouvoir de provoquer des changements. Illustration en France avec la demande de bio. Elle s'est généralisée et a été entendue de ce fait par nos gouvernants, tous les partis politiques ainsi que par les grands groupes de l'agro-alimentaire. Ils évoluent dans le sens de la demande et la demande c'est nous. Ne soyons pas naïfs pour autant, ces changements sont opérés parce qu'il en va de la survie du politique et de ces grand groupes, pour autant ils vont dans le bons sens. Alors réclamons haut et fort par notre discours et par nos actes des pratiques commerciales et de production éthiques et écologiquement responsables, une organisation politique moins pyramidale et des lois qui régulent et contrôlent réellement la vie économique afin qu'il n'y ait plus d'intérêts privés au dessus des pouvoirs politiques. L'objectif est que chacun puisse vivre dignement de son activité professionnelle quelle qu'elle soit. C'est ainsi que nous pourrons accéder chacun à ce que nous appelons le Bien-être universel* :

18 Buen vivir : concept à visée universaliste créé par Alberto ACOSTA en 2014.

19 TVA : créée par la France en 1954 elle a été adoptée par de nombreux pays.




Ce bien-être n'est pas gourmand en ressources naturelles, il met au premier plan la qualité de nos relations et la question du sens de la vie. Il n'impose rien de contraignant si ce n'est le respect de l'autre, des autres. Dans ce cadre, chacun reste libre de donner à sa vie le sens qu'il veut lui conférer.

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La proposition de s'accorder mondialement autour de l'idée de "Vivre sans rivalité sur la planète, notre bien commun" vient compléter notre jeu de clés pour construire un monde où il ferait bon vivre. Ce consensus mondial, le Bien-être universel et le modèle permaculturel peuvent nous guider dans nos actes dès maintenant tout autant qu'ils peuvent constituer un but à atteindre. La technique et la science peuvent être mises au service de ce projet. Le véritable modernisme ne serait-il pas de progresser en humanité ?

Conclusion

Les quatre clés ouvrant la porte vers un véritable changement de Société sont évidemment complémentaires. L'apparentement, le modèle permaculturel, le système vertueux et l'objectif consensuel mondial convergent. Le courant altruiste et bienveillant se développe partout dans le monde, il est encourageant de constater la diversité des voies confluant vers lui. Certaines personnes rejoignent ce mouvement à partir de l'action politique, d'autres via la méditation en pleine conscience, d'autres par le chemin de la religion et d'autres (comme nous les auteurs) par leur simple exigence de sens, de justice, de paix et d'amour.

L'humain s'est piégé lui-même dans la rivalité et dans la grande Pyramide, pourtant il a toujours cherché un modèle de société le plus juste possible. Depuis Platon et son essai La République, nous avons testé (entre autres) le libéralisme au service du capitalisme, le communisme, les régimes autoritaires voire dictatoriaux associés parfois au capitalisme, sans parvenir à un régime satisfaisant. Pourrions-nous tenter le libéralisme raisonné et raisonnable, s'appuyant sur des citoyens raisonnés et raisonnables ?

Il ne tient qu'à nous de construire un monde juste et viable écologiquement. Pour agir dans ce sens nous pouvons solliciter notre réflexion mais aussi notre imaginaire. Emmanuel DOCKÈS décrit dans son roman "Voyage en Misarchie"20 un monde qui respecte véritablement la liberté de chacun.

20 Éditions du Détour - 2017

Sommaire
Avant-propos
Introduction
La situation actuelle : la Pyramide
   Que risquons nous à continuer sur la même voie ? 
Changer de trajectoire collective
Première clé du changement : l'apparentement
   Différencier les postures relationnelles d'apparentement et de rivalité  
Deuxième clé du changement : le modèle permaculturel (la Fleur)
Troisième clé du changement : un système vertueux
   Comprendre le système actuel 
   Développer un système vertueux
Quatrième clé du changement : un objectif consensuel mondial
   Le courant altruiste et bienveillant 
   Vivre sans rivalité sur la planète, notre bien commun
Conclusion

LEXIQUE


Apparentement : disposition à s'accorder avec les autres d'égal à égal, avec bienveillance et empathie au delà des différences quelles qu'elles soient (âge, sexe, niveau d'étude, origine, religion, orientation sexuelle, etc.). 

Bien-être universel : Intégrité physique ; Sécurité affective ; Pouvoir éduquer ses enfants ; Un sens à la vie.

Cercle vicieux d'escalade de la violence : injustice sociale – violence réactive – répression de la violence réactive en ignorant la violence invisible en amont (l'injustice sociale) – augmentation du sentiment d'injustice – nouvelle réaction violente – répression de plus en plus sévère – etc.  Ce cercle vicieux est présent à l'échelle des relations individuelles, des organisations sociales et de la Société*.

Chapeau de Merlin : cette expression écrite avec une majuscule désigne une organisation de la Société* dans laquelle la population est appauvrie au profit des plus riches, lesquels sont protégés de la colère populaire par les classes intermédiaires (classes politiques et classes moyennes). Cette organisation risque d'advenir si nous (les humains) continuons sur notre dynamique économico-politique actuelle.

Contre-discours : discours argumenté interrogeant voire contredisant le discours dominant d'un groupe.

Courant altruiste et bienveillant : mouvement citoyen planétaire ayant pour exigence que le progrès scientifique et technique soit mis au service du bien commun et du bien-être universel*.

Discours dominant : tout groupe produit un discours dominant qui reflète la posture relationnelle dominante des membres du groupe.  Quand la posture de rivalité est la plus répandue le discours dominant ignore les contre-discours* ou les attaque en évitant toute discussion argumentée. Quand c'est la posture d'apparentement qui est majoritaire, les contre-discours* sont écoutés et donnent lieu à une recherche d'entente sur la base de nos exigences fondamentales*.

Ego : une des deux parties constitutives de l'humain, la deuxième étant composée de nos exigences fondamentales* (sens – justice – paix – amour).  L'ego sous-tend la posture relationnelle de rivalité*, il s'exprime au travers du Langage au Service de l'Ego*.

Exigences fondamentales : elles sont au nombre de quatre et constituent l'une des deux parties constitutives de l'humain, la deuxième étant son ego*. Nos exigences de sens, justice, paix et amour sont au fondement de notre humanité. Elles sous-tendent la posture relationnelle d'apparentement* et s'expriment dans le Rapport Symbolique au Langage*.

Fleur : schéma d'organisation de la Société* emprunté à Bill MOLLISON et David HOLMGREN (fondateurs de la permaculture). Modèle fondé sur l'interdépendance de tous, aucun secteur de la Société n'étant sur-valorisé. Il pourrait advenir et perdurer par l'action des citoyens agissant selon les trois principes fondamentaux de la permaculture : prendre soin de la nature, prendre soin de l'humain, partager les richesses. Scénario envisageable car ces principes sont en cohérence avec nos quatre exigences fondamentales*.

Langage au Service de l'Ego (LSE) : le langage est utilisé pour passer en force vis-à-vis des autres (intimidation-manipulation) ou pour se montrer comme étant supérieur. Par défaut il  sert à acter une soumission. Le LSE est intrinsèquement lié à la posture relationnelle de rivalité*.

Mode relationnel d'apparentement : chaque interlocuteur a une place symbolique assurée et de même valeur indépendamment de son âge, sexe, niveau d'étude, origine, religion, orientation sexuelle, etc. Par principe la parole de chacun compte, les désaccords sont exposés et discutés posément, chacun cherchant un terrain d'entente avec l'autre sur la base de ses exigences fondamentales*. C'est un mode relationnel détendu.

Mode relationnel de rivalité : les interlocuteurs vivent la relation comme un rapport de comparaison et/ou rapport de force dans lequel il n'y a que deux alternatives : être dominant ou être dominé. Ils sont donc en rivalité* pour prendre l'ascendant dans la relation à moins que l'un des deux ne s'accommode de la place de dominé.

Plus-value-de-savoir : concept emprunté à Jacques LACAN que nous nous sommes approprié. Nous disons qu'avoir la plus-value-de-savoir est le fait d'avoir raison ou d'apporter une information ou un point de vue intéressant. Chacun peut donc potentiellement la détenir. Dans le mode relationnel d'apparentement* la plus-value-de-savoir circule par principe entre les interlocuteurs alors que dans le mode relationnel de rivalité* elle est accaparée par celui qui veut occuper la place de dominant.

Posture relationnelle : façon dont une personne se conduit au cours d'une relation. Sur un continuum il y a d'un côté la posture relationnelle d'apparentement* et de l'autre la posture relationnelle de rivalité*, ce qui signifie qu'il y a des degrés. Nous pouvons nous déplacer sur ce continuum en fonction des situations, aussi au cours de notre vie. Si nous étions spécifiquement ancré dans l'une de ces postures, notre évolution peut nous conduire à en changer.

Posture relationnelle d'apparentement : être disposé à composer avec l'autre d'égal à égal quelles que soient les différences et avec bienveillance et empathie. La posture d'apparentement est sous-tendue par nos quatre exigences fondamentales*, elle est intrinsèquement liée au Rapport Symbolique au Langage*.

Posture relationnelle de rivalité : s'engager dans la relation avec l'idée qu'il y aura un gagnant et un perdant. Cet enjeu nous incite à nous mettre en rivalité avec notre interlocuteur pour garder la main sur la relation. D'autant plus que dans la posture de rivalité c'est notre personne entière qui est engagée dans la relation par l'intermédiaire de notre ego*. Cette posture relationnelle est intrinsèquement liée au Langage au Service de l'Ego*.

Pyramide : écrit avec une majuscule ce mot désigne l'organisation actuelle de la Société*. Les places et les personnes y sont hiérarchisées par la fortune. L'argent y est aspiré vers les plus riches et les grands groupes d'intérêts privés ont supplanté les pouvoirs politiques nationaux ce qui rend toute recherche de justice sociale vaine.

Rapport Symbolique au Langage (RSL) : lorsque les mots sont utilisés pour penser et pour ordonner ce qui se passe en nous, autour de nous et pour en dire quelque chose à l'autre sans chercher à le dominer. Dans le RSL, le sens sert de point d'appui et la parole engage la personne.

Rivalité : disposition à se comparer à l'autre et à se sentir supérieur ou inférieur du fait de cette comparaison.  Le sentiment de supériorité justifie une prise d'ascendant sur l'autre ; le sentiment d'infériorité justifie une soumission.

Société : écrit avec une majuscule ce mot désigne la communauté humaine dans son ensemble. Les humains ayant développé les transports et les communications à l'échelle planétaire font de ce fait Société.

Système : tout groupe, quelle que soit sa taille, produit un système qui se développe de façon autonome dans le groupe, pour le meilleur ou pour le pire. La nature du système (délétère ou vertueux) est déterminée par les comportements individuels les plus répandus dans le groupe.

Trapèze : ce mot écrit avec une majuscule désigne une organisation de la Société* qui pourrait advenir du fait d'un renoncement à la rivalité de la part des humains et d'une réorganisation des organisations sociales. Dans une Société* en Trapèze les différences de revenus seraient contenues dans des proportions  raisonnables et les pouvoirs politiques nationaux ne seraient pas supplantés par des intérêts privés. Il y aurait donc moins d'injustices, moins de compétition sociale et moins de violence, ce qui permettrait d'avancer plus tranquillement vers la Fleur*.


 RÉFÉRENCES 

AZAM Geneviève Le temps du monde fini. Éditions LLL – 2010
BILLÉ Michel La société malade d’Alzheimer. Érès – 2014
COCHET Alain et HERLEDAN Gilles Jouissez ! C'est capital. Éditions du sextant – 2008
COSTE Nathanael et DE LA MENARDIÈRE Marc En quête de sens. Documentaire – 2015
DEJOURS Christophe Souffrance en France. La banalisation de l'injustice sociale. Seuil – 2014
DEMOULLE Jean-Paul Les dix millénaires oubliés qui ont fait l'histoire. Quand on inventa l'agriculture,la guerre et les chefs. Fayard – 2019
DION Cyril et LAURENT Mélanie Demain. Documentaire – 2015
DOCKÉS Emmanuel Voyage en misarchie. Essai pour tout reconstruire. Éditions du détour – 2017
LACAN Jacques Séminaires I à XI. Éditions Seuil. Nous nous sommes appropriés certaines notions lacaniennes, notamment celles de « stade du miroir » et de « plus-value-de-savoir ».
MEIGNANT Michel L'Odyssée de l'empathie. Documentaire – 2015
MOUTOUT Jean-Marc Violence des échanges en milieu tempéré. Film – 2004
POULAIN Henri, GOETZ Julien et LAPOIS Sylvain Démocratie(s). Documentaire – 2018
QUERALT Laurent et PERON Julien C'est quoi le bonheur pour vous ? Documentaire – 2017
RABHI Pierre Vers la sobriété heureuse. Actes sud – 2010
ROBIN Marie-Monique Le monde selon Monsanto. Arté éditions – 2008
SERSIRON Nicolas Dette et extractivisme. La résistible ascension d'un duo destructeur. Éditions utopia – 2014
SERVIGNE Pablo et CHAPELLE Gauthier L'entraide. L'autre loi de la jungle. Édition LLL – 2017
SILHOL Nicolas Corporate. Film - 2016
STERN André Semeurs d'enthousiasme. Manifeste pour une écologie de l'enfance. Éditions l'instant présent – 2014
TOUSSAINT Eric Bancocratie. Éditions aden – 2014
WEISMAN Alan Homos disparitus. Flammarion – 2007
ZIEGLER Jean L'empire de la honte. Livre de poche – 2007